Collection : Patrick-Louis Vuitton : à cor et à cri

Le 10 septembre 2020, par Claire Papon

Le 25 septembre, à Drouot, une vente de tableaux et de bronzes sur le thème de la vénerie a toutes les raisons de faire parler d’elle, entre qualité des œuvres et provenance : la collection de Patrick-Louis Vuitton.

Xavier de Poret (1897-1975), Cerf au clair de lune, fusain et pastel sur papier, 54,5 36,5 cm.
Estimation : 2 000/3 000 

Un nom magique s’il en est… Représentant de la cinquième génération des créateurs de maroquinerie de luxe, Patrick-Louis Vuitton a succombé à un infarctus le 5 novembre 2019, à l’âge de 68 ans. Pierre-Louis et Benoit-Louis, ses fils, cèdent prochainement sa collection. Près de 300 œuvres, acquises durant une quarantaine d’années en ventes publiques, aux Puces et auprès des marchands, quittent les résidences familiales de Neuilly-sur-Seine et de Sologne. Aucune préface au catalogue, pourtant, ne conte la passion de Patrick-Louis Vuitton pour la vénerie ni ne rend hommage à ce personnage au franc-parler légendaire et au caractère bien trempé, peintre à ses heures perdues.
 

Isidore Bonheur (1827-1901), Cerf attaqué par quatre chiens, groupe en bronze à patine brune, fonte H. Peyrol Fbt, 51 x 66 cm. Estimation 
Isidore Bonheur (1827-1901), Cerf attaqué par quatre chiens, groupe en bronze à patine brune, fonte H. Peyrol Fbt, 51 66 cm.
Estimation : 3 000/4 000 


Ensemble exceptionnel
Pas de photo non plus, pipe au bec, en tenue d’équipage de La Roirie en forêt des Andaines ou dans les ateliers d’Asnières, où il dirigeait les commandes spéciales réservées aux clients les plus fortunés. Entré dans la maison à 23 ans, il a, en bon héritier de la tradition familiale, tout appris. «Comment voulez-vous que j’invente des malles sur mesure si je ne sais pas comment on les fabrique ?», avait-il coutume de dire. Dès l’annonce de la vente, l’expert André Marchand a reçu de nombreux appels pour cet «ensemble exceptionnel» réunissant les plus belles œuvres des ténors de la spécialité ou d’artistes moins prolifiques. Parmi les premiers, Édouard Doigneau, qui se lance dans la peinture à 30 ans après avoir brillamment réussi le concours de l’École polytechnique, jouit d’une reconnaissance presque immédiate grâce à ses paysages d’Afrique du Nord et du pays bigouden. Une petite dizaine de toiles et d’aquarelles à la palette et à l’atmosphère subtiles mettent en scène les chevaux de relais, les chiens et leurs valets, la retraite. Plus connu pour ses jolies amazones cheminant au pas de promenade, Jean-Maxime Claude dit Max-Claude (1824-1904), signe un Intérieur de chenil à Chantilly, saisissant par sa lumière matinale et par l’ambiance du réveil des animaux (1 000/1 500 €). En 1874 puis en 1876, le duc d’Aumale achètera à ce banquier devenu peintre des tableaux conservés aujourd’hui au château de Chantilly. Une belle reconnaissance… Talents de cavalier aidant, René Princeteau (1843-1914) fréquente assidûment les champs de courses, et manie avec autant d'habileté la cravache et le pinceau, excellant dans la traduction du mouvement. On en aura la preuve par l’image avec une grande Vénerie du sanglier (130 96 cm), pour laquelle 5 000/8 000 € sont demandés.
Portraits de chiens
Black and tan, poitevins, anglo-français tricolores, saintongeois, griffons vendéens, bleus de Gascogne, briquets d’Artois, saint-hubert… les chiens occupent ici, plus que les hommes, les chevaux, le gibier peut-être, le devant de la scène, tour à tour sujet d’étude ou œuvre aboutie. Au repos ou en pleine action, ils donnent lieu à de véritables portraits. Quelques représentations de fox-terriers, pour qui Patrick-Louis Vuitton avait une tendresse particulière, sont au rendez-vous. Tous les grands noms se prêtent à l’exercice, à commencer par le plus recherché qu'est Xavier de Poret. Ce fils de capitaine de hussards, né à Dinan mais dont l’enfance se passe dans la propriété de famille de Farcy, près de Fontainebleau, dans un décor de verger, d’écuries, d’orangerie et de volières, et qui fréquente ensuite le Jardin des Plantes, sait tout des allures des chevaux, des cracks des grandes écuries dont ceux de la reine d’Angleterre, des chamois – en 1930 il suit leurs chasseurs en Suisse – et de la vénerie, à laquelle il s’adonne avec le Rallye Vallière. Ses œuvres sont réputées pour leur atmosphère mais aussi pour la qualité du dessin. Pour preuve, ses feuilles d’études de chiens, de lièvres ou de chevreuils (500 à 2 500 €) et son Cerf au clair de lune (voir photo page 25). Moyennant 200 à 1 000 €, on pourra espérer repartir avec des portraits de canidés de Jules Bertrand Gélibert (1834-1916) et de son frère cadet Gaston (1850-1931). Prisées des Anglais, les œuvres de l’aîné sont bien représentées dans les musées français – Cambrai, Saint-Étienne, Toulouse, Bagnères-de-Bigorre, sa ville natale – mais plus rares sous le marteau. Voici donc une opportunité d’acquérir un tableau de cet artiste qui, en 1887, se fit construire à Capbreton la villa Saint-Hubert. Forcément… De Charles de Condamy, les œuvres sont classiques et emmenées par une paire d’aquarelles qui ne manquera pas de parler au cœur des veneurs. Le réveil des chiens sous l’œil du valet et du maître d’équipage, constatant que les animaux sont en bonne santé et déjà sur le qui-vive… Le 11 juin 2001, à Drouot, notre collectionneur les achetait 150 000 €.

Charles de Condamy (1847-1913), Le Réveil au chenil, aquarelle faisant partie d’une paire (avec Le Départ pour la chasse), 30,5 x 47,5 cm.
Charles de Condamy (1847-1913), Le Réveil au chenil, aquarelle faisant partie d’une paire (avec Le Départ pour la chasse), 30,5 47,5 cm.
Estimation : 6 000/8 000 € (la paire)


Figures incontournables
Gageons que la bataille d’enchères pour les acquérir aujourd’hui sera plus longue que les notices biographiques consacrées à Condamy, fils d’officier aux gardes du corps de Charles X, bon vivant et membre du Rallye Picardie. Enfin, plus que sur les figures incontournables telles que Charles Olivier de Penne (1831-1897), Karl Reille (1886-1975) et Georges-Frédéric Rötig (1873-1961), gardons l’œil sur quelques bronzes. Fonte, patine, qualité de ciselure, époque et bien sûr rareté du sujet sont leurs principaux atouts. Ainsi de Deux saint-hubert au repos de Camille Gate (1 500/2 000 €), d’un Piqueux et son chien de Pierre Jules Mène (800/1 000 €), de deux groupes d’Isidore Bonheur, Le Veneur et ses trois chiens (1 800/2 00 €) et Cerf attaqué par quatre chiens (voir photo page 26). Les collectionneurs français, américains, belges, hollandais, italiens et surtout anglais – sachant que la chasse à courre a été abolie en 2005 outre-Manche –ne devraient donc pas rentrer bredouilles…

vendredi 25 septembre 2020 - 13:30 - Live
Salle 1-7 - Drouot-Richelieu - 9, rue Drouot - 75009
Thierry de Maigret
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne