facebook
Gazette Drouot logo print

Collectible, aux origines du design de collection

Le 16 mars 2018, par Mikael Zikos

La première édition de cette foire, axée sur le design contemporain de collection, renvoie tant bien que mal l’image d’un secteur évoluant entre les logiques de l’architecture d’intérieur et celles du marché de l’art.

Collectible, aux origines du design de collection
Le stand de la galerie Maniera (Bruxelles) à Collectible avec, de gauche à droite, une cloison textile de Richard Venlet, une chaise d’Office Kersten Geers David Van Severen, un lampadaire de Koenraad Dedobbeleer, un fauteuil de Studio Mumbai/Bijoy Jain, un tapis de Christoph Hefti, un paravent de Valérie Mannaerts, une console de Studio Anne Holtrop et un tabouret de Christ & Gantenbein.
Photo Jeroen Verrecht

À Bruxelles, Collectible s’est ouverte sur une note historique : le mobilier de Pierre Paulin. À première vue, il était difficile de séparer l’ancien de l’actuel au sein du stand de Paulin, Paulin, Paulin, qui diffuse l’œuvre du designer français. Ainsi, la table basse Rosace présentée datait de 2015. Une édition inédite, différente du modèle produit au début des années 1970 par le Mobilier national. D’autres meubles du créateur étaient à voir dans cette nouvelle foire de design «uniquement dédiée aux éditions limitées et aux pièces uniques contemporaines», selon Clélie Debehault et Liv Vaisberg, fondatrices de cet événement. Installée dans le bâtiment Vanderboght, Collectible faisait vœu d’une contemporanéité absolue, se voulait un forum d’échanges culturels et commerciaux pour tous les publics intéressés par le «design contemporain de collection» (sic). Des meubles et des objets fonctionnels, et parfois conceptuels (à la limite de l’usage), souvent haut de gamme dans leur facture, ou artisanal. Si les amateurs du genre étaient conquis d’avance, pas sûr que le public visé, celui de l’art contemporain et ses collectionneurs (qui s’ouvrent lentement à la création actuelle, aussi luxueuse soit-elle, préférant souvent le design du XXe siècle) s’y soit retrouvé. En tout, quinze galeries belges et étrangères (France, Italie, Suisse et États-Unis) et plus d’une trentaine de designers ont accueilli près de 13 000 visiteurs. Une édition 2019 est d’ores et déjà prévue.
Un panorama du design belge
La vitalité de la Belgique en matière de production et de diffusion du design contemporain de collection est extraordinaire et Collectible en a effectivement rendu compte. Une carte de visite tendue aux collectionneurs et aux architectes d’intérieur du pays et des États voisins. Invité par l’organisation de la foire pour une intervention in situ (une reconfiguration des espaces du building Vanderboght), l’artiste belge Richard Venlet avait ainsi également signé la scénographie, intelligente et spectaculaire, des nombreux mètres carrés occupés par Maniera (Bruxelles). Un croisement de cloisons textiles créant des semblants de pièces à vivre, «meublées» par les réalisations de cette galerie à l’avant-garde en ce qui concerne le mobilier d’architectes et d’artistes belges et étrangers. Figure importante du Plat Pays, le sculpteur Koenraad Dedobbeleer, jamais à court de références malicieuses tirées du monde de l’art et de l’architecture d’intérieur, y présentait son premier meuble : une lampe inspirée de l’œuvre du moderniste suédois Josef Frank. À l’ouverture de la foire, il restait un exemplaire sur trois seulement de cette nouveauté, partie pour 6 500 € auprès de collectionneurs d’art. La Chair n° 1 de la créatrice de mode japonaise Rei Kawakubo  un clin d’œil à l’exposition que Maniera tenait en ville avec le concours de la galerie A1043 (Paris)  y avait également sa place. Une pièce rare, datant de 1983. Du rez-de-chaussée au premier étage, Collectible avait ainsi déroulé le tapis rouge à plusieurs galeries de design clés en Belgique : Victor Hunt, puis Maniera et Valerie Traan (qui, à elles seules remplissaient les trois quarts du niveau 1). Cette dernière, anversoise, y déployait l’étendue de son offre, dont le prototype d’un rideau monumental de Chevalier Masson (deux Franco-Suisses installés à Bruxelles), créé pour un centre sportif olympique situé à Spa, en Belgique.
Un véritable potentiel
À Collectible, nombres de designers (jeunes ou confirmés) citaient le passé et s’en affranchissaient, parfois avec humour comme les designers islandais d’ABC Klubhuis (Anvers), qui revisitaient des objets domestiques avec des matériaux pauvres, ou avec une élégance toute classique à l’instar du Flower Stool de Xavier Lust (6 400 €) aux faux airs du Butterfly de Sori Yanagi (1954). À contre-courant des très courues éditions bâloises et américaines de Design Miami, où le design historique est partie prenante, et plus proche du modèle d’Operæ (Turin), plateforme pour le «design indépendant»  quoi que cette nouvelle dénomination puisse signifier , l’originalité de Collectible fut d’accueillir des galeries, dont des habituées de la foire turinoise, aux côtés de designers, majoritairement belges, conviés à exposer seuls, enchantés à l’idée d’étendre leur réseau mais curieux de voir si ce parti pris allait s’avérer avantageux. En effet, leur présence aurait gagné à se singulariser face aux écarts de prix à perdre la tête, quand ceux-ci se retrouvaient également présentés par leur galerie. Dans cette confusion, la foire avait également convié des magazines à soutenir des designers de leur choix, et des institutions belges et françaises à présenter leurs derniers projets. De ce point de vue, la venue du duo new-yorkais Chen Chen & Kai Williams (pour le webzine Sight Unseen) faisait justement état des pratiques expérimentales du design outre-Atlantique, et les assises géantes de Florence Doléac soulignaient l’importance de la collection du FRAC Nord-Pas-de-Calais dans ce domaine. Mais c’était sur le stand de Paulin, Paulin, Paulin que tout le monde venait se poser à l’ouverture de Collectible, inaugurée judicieusement trois jours avant la Tefaf. À Maastricht, on pouvait notamment trouver la galerie parisienne Kreo, aux origines du développement du design contemporain de collection depuis le début des années 2000. Reste donc, pour Collectible, à concrétiser l’unicité de sa vision en fédérant d’autres grands acteurs de ce marché en pleine «adolescence», avec toute la parcimonie et l’ouverture d’esprit qui font le talent des Belges. 

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne