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Cloe Piccoli

Publié le , par Alexandre Crochet

L’Italie remixe ses classiques avec une exposition d’art contemporain organisée à Milan dans un somptueux palais Renaissance. Parcours en compagnie de Cloe Piccoli.

Cloe Piccoli, commissaire de l’exposition milanaise.© Photo Ruy Teixeira  Cloe Piccoli
Cloe Piccoli, commissaire de l’exposition milanaise.
© Photo Ruy Teixeira

Placée sous le patronage du ministère des Affaires étrangères italien, de la mairie de Milan et de la prestigieuse académie des beaux-arts de Brera, l’exposition «I’ll be there Forever. The Sense of Classic», présentée au palazzo Cusani, coïncide avec l’ouverture de la Biennale de Venise et l’Exposition universelle de Milan. Cette manifestation marque le nouvel investissement du parfumeur Acqua di Parma, maison de luxe d’origine italienne, dans le champ de l’art contemporain. Chargée des projets de la marque dans ce domaine, la critique d’art et commissaire d’exposition indépendante Cloe Piccoli a, par le passé, collaboré avec de nombreuses institutions renommées tels le PS1, à New York, ou Art for the World à Genève. Cette spécialiste de la scène actuelle a choisi ici sept artistes autour de la notion de classicisme : Rosa Barba, Massimo Bartolini, Simone Berti, Alberto Garutti, Armin Linke, Diego Perrone et Paola Pivi. Mise en valeur par le cabinet d’architectes Kuehn Malvezzi et scénographiée par l’agence Leftloft, qui a notamment œuvré pour la Documenta de Kassel, cette pléiade de talents réinterprète l’héritage d’hier à la lumière d’aujourd’hui, puisant entre autres dans l’incomparable histoire de l’art italien.

Acqua di Parma est déjà mécène dans de nombreux domaines culturels, notamment la Peggy Guggenheim collection à Venise.
L’une de ses actions culturelles est en effet de soutenir la collection d’art moderne du Peggy Guggenheim. C’est la première fois qu’ils orga-nisent une exposition d’art contemporain. Je travaillais sur un prix décerné à Milan aux jeunes artistes, quand les représentants d’Acqua di Parma m’ont rencontrée. Je me suis associée à l’Académie des beaux-arts de Brera pour la préparer ainsi qu’avec la présidente de la marque, Gabriella Scarpa.

 

Diego Perrone (né en 1970), La Fusione della campana, 2007, résine, fer, mousse, 500 x 800 x 350 cm.© Photo Manuele Biondi Courtesy Massim
Diego Perrone (né en 1970), La Fusione della campana, 2007, résine, fer, mousse, 500 x 800 x 350 cm.
© Photo Manuele Biondi
Courtesy Massimo De Carlo, Milan/Londres


Pourquoi avoir choisi le palazzo Cusani comme écrin de cette exposition ?
Celle-ci tourne autour de l’idée du «classique». Ce n’est pas une exposition classique, mais je souhaitais montrer comment les artistes contemporains réinterprètent cette notion d’une façon personnelle. Donc, on ne verra pas d’éléments formels classiques, puisque c’est de concept qu’il s’agit. Les œuvres produites sont vraiment contemporaines : films, photographie, installations, sculptures… Pour les montrer, je ne voulais pas de white cube mais préférais un palais historique, afin de mieux créer une confrontation entre un cadre ancien et des créations nouvelles.

Avez-vous reçu des consignes de la part du mécène et comment le choix artistique s’est-il effectué ?
J’ai eu entièrement carte blanche. Je suis très heureuse, car j’ai pu choisir des artistes qui, à mes yeux, sont les meilleurs. Ils sont mid-career, établis mais encore jeunes. Certains d’entre eux ont participé à la Documenta de Kassel, d’autres à la Biennale de Venise, et ils ont eu d’importantes expositions dans de grands musées à travers le monde. Ainsi, par exemple, Rosa Barba est présente à Venise cette année avec une installation. L’idée de l’exposition a été développée en commun avec les sept artistes, dont une partie du travail porte justement de longue date sur ce concept. Toutes les œuvres sont conçues et produites pour cet événement. Elles se déploient sur une surface de 700 mètres carrés, ce qui signifie que chacun dispose d’un bel espace pour s’épanouir, sachant que les créations sont souvent monumentales.

 

Le palais Cusani, à Milan. © A. Osio
Le palais Cusani, à Milan.
© A. Osio


Comment ont-ils interprété ce thème ?
Alberto Garutti a réalisé une installation à l’aide de lumières, connectées en direct avec les bulletins météorologiques de différents endroits d’Italie. À chaque fois qu’une tempête s’abattra quelque part sur notre sol, les lumières deviendront plus brillantes. Le public sera donc le témoin d’un événement cosmique lointain. C’est une idée de la Renaissance que de placer l’individu au centre des phénomènes naturels. Cela rappelle La Conversation sacrée de Piero della Francesca commandée par le duc d’Urbino, Federico de Montefeltro. En arrière-plan est suspendu un œuf, symbole de la perfection, mais aussi de la Création. Le concept de la Renaissance était de placer l’homme au centre de l’univers, ce que refait Garutti, grâce à la technologie.

L’exposition ne se réduit pas à des influences purement italiennes…
Paola Pivi vit en Inde depuis trois ans, après l’Alaska, Massimo Bartolini enseigne à la Penn University de Philadelphie, Rosa Barba vit et travaille à Berlin… Cette génération est très mobile et voyage beaucoup. Ils sont ouverts sur le monde. L’installation de Paola Pivi est faite de perles dégradant des nuances allant du rose au blanc, en passant par le gris, le noir, le violet… Ici, la référence est de traduire le même effet de flou, de sfumato, que chez Léonard de Vinci. C’est une œuvre qui parle aussi de densité. L’artiste a commencé ce type de travail lors d’un séjour d’un an à Shanghai, où elle a fait l’expérience de la densité des mégalopoles chinoises. D’un côté, les perles rappellent par leur délicatesse la Renaissance, et de l’autre, c’est une œuvre qui parle du monde contemporain. Diego Perrone, lui, s’est emparé du verre pour créer des sculptures de grande taille, placées dans la cour. Il travaille sur la création. Ces pièces énormes et lourdes renvoient au statut de la sculpture sous l’Empire romain ou grec, aux recherches de volumes, mais la transparence du verre remet en question cette masse. C’est une manière d’échapper au volume, qui a été la préoccupation majeure de tous les grands sculpteurs anciens, dont Rodin. En même temps, l’artiste reproduit sur ces pièces des poissons inspirés des tatouages contemporains japonais. C’est donc un mélange. Il y a plusieurs niveaux de lecture, comme dans les autres œuvres de cette exposition, qui aborde différentes traditions et cultures.

 

Armin Linke (né en 1966), Carlo Scarpa, Palazzo Abatellis, salle avec un buste de dame, Palerme, Italie, 2015. © Armin Linke, 2015
Armin Linke (né en 1966), Carlo Scarpa, Palazzo Abatellis, salle avec un buste de dame, Palerme, Italie, 2015.
© Armin Linke, 2015


S’agit-il d’un «one shot» ou sera-t-elle suivie par d’autres ?
Nous ne savons pas encore si ce type d’exposition sera reproduit dans l’avenir, car Acqua di Parma travaille dans beaucoup de domaines, du patrimoine architectural au théâtre, en passant par la danse. Nous verrons ensuite s’il faut organiser d’autres shows. Un aspect intéressant est qu’une partie de ces œuvres rejoindra la collection d’art de la maison. Une partie seulement, car toutes ne sont pas faciles à conserver et à exposer. La salle de bal du palais accueille ainsi l’installation de Rosa Barba, composée de trois vastes écrans, qui ne sont guère aisés à garder. L’idée est d’acheter uniquement les œuvres réalisées pour l’événement. La collection démarre à travers cette exposition. Nous sommes au tout début d’une nouvelle expérience qui prend forme.

À VOIR
«I’ll be there Forever. The Sense of Classic», palazzo Cusani,
15, via Brera, Milan, Italie,
Catalogue.
Jusqu’au 4 juin.
www.acquadiparma.com
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