Cléopâtre à Rome par Adolphe La Lyre

Le 13 mai 2021, par Caroline Legrand

Une peinture de deux mètres de hauteur révélera l’opulent style pompier d’Adolphe La Lyre. Un peintre également amoureux de Carteret et de sa région.

Adolphe La Lyre (1848-1933), L’Entrée de Cléopâtre dans Rome, 1922, huile sur toile signée, datée et située « Carteret », 200 149 cm (détail).
Estimation : 8 000/10 000 

Qu’on se le dise, les derniers feux de l’art pompier brûlèrent du côté de la Manche ! Pour preuve, cette immense et fantasque toile signée Adolphe La Lyre, peinte en 1922 à Carteret. C’est dans ce petit village de pêcheurs, devenu une charmante et attractive station balnéaire, d’à peine cinq cents habitants, que s’est installé le peintre. Originaire de la Meuse, Adolphe Lalire – dit Lalyre ou La Lyre – a découvert le Cotentin en 1872. C’est le coup de foudre, qui se poursuivra par des visites répétées à Carteret. Il loge à partir de 1883 au Grand Hôtel de la Mer avant d’acquérir un terrain sur la corniche, en 1897, où il fait construire en trois années une splendide villa, hardiment baptisée le « Château des sirènes ». Imaginé par l’artiste lui-même, elle impressionne par sa tour crénelée, ses grandes verrières, sa cheminée permettant de cuire un mouton entier, et sa vue imprenable sur la plage. Une demeure digne d’un artiste reçu premier au concours de l’École des beaux-arts de Paris en 1875, où il a notamment pour maître Puvis de Chavanne et Jules Lefèvre, avant de débuter sa carrière sous l’influence du peintre romantique Jean-Jacques Henner et de se spécialiser dans les représentations de naïades. Ses nus féminins, figures tantôt sensuelles tantôt fatales, peintes dans un style marqué par le symbolisme de l’époque 1900, lui vaudront le surnom de « peintre des sirènes ». À partir de 1897, il partage son temps entre son nouvel atelier de Courbevoie, en banlieue parisienne, et Carteret. Parmi les quelque 1 500 toiles de son corpus, on dénombre une centaine de paysages de la Manche parmi de prolifiques œuvres dédiées aux saintes, aux nus et aux sirènes. Ainsi, la femme se tient au centre de cette immense toile, où la pharaonne Cléopâtre fait son entrée triomphante à Rome, entourée de ses serviteurs et de ses servantes dénudées. Une composition très sensuelle et foisonnante, dans laquelle une multitude de détails viennent égayer l’œil. En outre, le chameau – dont on ne perçoit que l’étrange tête au fond du tableau –, le babouin, le tigre et les étranges volatiles au premier plan apportent une touche d’un exotisme désuet à ce raffinement. Un charme irrésistible ! La figure de Cléopâtre semble avoir particulièrement inspiré Adolphe La Lyre ; le musée Roybet-Fould, à Courbevoie, possède dans ses collections une autre œuvre sur ce thème. La souveraine égyptienne aurait-elle fait l’objet d’une série de l’artiste ? Il est difficile de répondre à cette question, puisqu’une grande partie de sa production fut détruite durant la Première Guerre mondiale, puis sa villa de Carteret réquisitionnée et pillée par les Allemands durant la Seconde. Malgré tout, certains musées possèdent des œuvres de La Lyre, comme ceux de Laval, Blois, Chartres et Courbevoie ; il convient d’ajouter la mairie de Carteret, pour laquelle l’artiste a réalisé plusieurs paysages de la région, destinés à la salle des fêtes inaugurée le 1er juin 1924 par le député de Seine-et-Oise et éphémère ministre de la IIIe République Franklin Bouillon. Voisin et grand ami de La Lyre, ce dernier lui racheta d’ailleurs après la Première Guerre mondiale le « Château des sirènes » afin de l’aider financièrement, tout en le laissant, ainsi que sa veuve Marthe, qui était de dix-huit ans sa cadette, y habiter jusqu’à leur mort.

samedi 05 juin 2021 - 13:00 - Live
Les Andelys - 9, rue Pierre Corneille - 27700
Hôtel des Ventes des Andelys
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