Gazette Drouot logo print

Cinéma : l’École des beaux-arts de Paris dans Maria rêve

Publié le , par Camille Larbey

Femme de ménage timide au quotidien gris, Maria s’éveille progressivement au contact de l’art contemporain et de la création. L’École des beaux-arts de Paris est le décor de Maria rêve, réjouissante comédie romantique d’émancipation.

Karin Viard dans le rôle de Maria, femme de ménage à l’École des beaux-arts de Paris.©... Cinéma : l’École des beaux-arts de Paris dans Maria rêve
Karin Viard dans le rôle de Maria, femme de ménage à l’École des beaux-arts de Paris.
© Julien Panié

Attention, hein, on n’est pas n’importe où. On est aux Beaux-Arts ! » Ainsi prévient la directrice en faisant la visite à Maria (Karin Viard) pour son premier jour de travail. L’avertissement est inutile tant la femme de ménage semble intimidée par la solennité des statues antiques, la démesure des lieux et l’ébullition des jeunes élèves. La cinquantaine éteinte, mariée au même homme depuis vingt-cinq ans, Maria mène une vie monotone entre son pavillon de banlieue et un appartement cossu de Paris où elle passe le plumeau. Le décès de sa patronne l’oblige à rejoindre l’équipe des femmes de ménage aux Beaux-Arts. Nouveau poste, nouvelles rencontres. Il y a d’abord Hubert (Grégory Gadebois), le taciturne gardien de l’école.
Ce fan d’Elvis troque ses services aux élèves contre des dessins originaux, espérant qu’un jour l’un d’eux devienne le prochain Jeff Koons et qu’il pourra revendre ses œuvres à prix d’or. Lui aussi a mis ses rêves de côté pour un quotidien terne. Mais l’arrivée de Maria va le sortir de sa torpeur. Cette dernière, qui jusqu’alors ne cherchait qu’à s’effacer, comme on enlève une tache d’un coup de serpillière, n’est pas insensible à la gentillesse de son collègue de travail. Maria fait également la connaissance de Naomie, une élève délurée qui la met à contribution pour ses installations fantasques, notamment un mobile constitué de moulages de vagins en terre cuite 
! L’énergie créatrice qui entoure Maria la contamine progressivement et des sentiments nouveaux l’assaillent.

La Gazette Drouot apparaît lors d’une scène située dans la très belle bibliothèque Stratis-Andreadis aux 60 000 ouvrages.

Multitude d’espaces cinématographiques
L’autre grand personnage du film, c’est évidemment l’École des beaux-arts de Paris. Les réalisateurs Lauriane Escaffre et Yvo Muller –qui jouent respectivement la directrice pédante et le professeur prétentieux – prennent un malin plaisir à filmer chaque recoin. L’établissement est presque à l’origine du long-métrage, raconte Lauriane Escaffre : « L’idée de ce film a vraiment germé lors d’une visite de cette école qui rassemble, comme dans un labyrinthe, une multitude d’espaces extrêmement cinématographiques. C’est un lieu visuellement très éclectique où plusieurs styles architecturaux et époques se superposent. Résultat, on passe d’un patio florentin à un bâtiment des années 1970 aux murs tagués depuis des décennies, d’un escalier majestueux orné de statues antiques à un hall doté d’une immense verrière, d’une chapelle ravissante à une bibliothèque incroyable… et on découvre avec le même émerveillement la salle de morphologie, où se côtoient des squelettes de toutes les espèces, ou le sous-sol : un musée souterrain où sont entassées, depuis des années, des milliers d’œuvres. »

 

© 2022 ADNP - TF1 STUDIO - FRANCE 3 CINEMA
© 2022 ADNP - TF1 STUDIO - FRANCE 3 CINEMA

La Gazette en guest star
Si le film ne cède pas à la caricature facile de l’art contemporain, c’est parce qu’il épouse le regard naïf mais particulièrement curieux de Maria. L’art est avant tout affaire de dessillement. « Y a plein de trucs qui moisissent, mais c’est fait exprès, hein ! En vrai, ça peut être très beau ! » raconte la femme de ménage à son mari, après avoir vu une exposition dans l’école. Comédie oblige, notre héroïne commet quelques bourdes et une plaquette de beurre fondu sur un socle finit malencontreusement à la poubelle. « Comme on ne sait pas toujours si ce sont des détritus ou des œuvres d’art, il y a des petits mots partout à l’attention des femmes de ménage : ne pas jeter », rappelle le coréalisateur Yvo Muller. Présentés comme un lieu vibrant de créativité, les Beaux-Arts sont, pour Maria, le catalyseur de son émancipation. En acceptant de poser nue pour la jeune Naomie, son regard sur son propre corps change aussi. C’est même à travers une œuvre – une installation numérique transformant les silhouettes du public en un poudroiement multicolore – qu’une jolie scène de baiser adviendra. Face au duo étincelant de simplicité Karin Viard et Grégory Gadebois, la jeune actrice Noée Abita s’illustre dans le rôle de l’élève extravertie aux œuvres puissamment féministes. Si vous êtes attentif, vous remarquerez la présence à l’écran de La Gazette Drouot, lors d’une scène située dans la très belle bibliothèque d’art contemporain Stratis-Andreadis aux 60 000 ouvrages.
En feuilletant l’hebdo, dont la couverture a été spécialement conçue pour les besoins du film, l’un des personnages verra son destin bouleversé. La
Gazette peut donc changer la vie ! Et si ce n’était pas que du cinéma ?

à voir
Maria rêve (2022), de Lauriane Escaffre et Yvo Muller, 93 min, avec Karin Viard, Grégory Gadebois, Noée Abita et Philippe Uchan.
Actuellement en salle.


 

Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 2 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne