Christo ligote le Pont-Neuf

Le 26 novembre 2020, par Philippe Dufour

Comme un hommage à Christo, maître du Land Art récemment disparu, réapparaît cette composition issue d’une série d’œuvres réalisées en prélude à son monumental happening.

Christo Javacheff, dit Christo (1935-2020), The Pont Neuf Wrapped, 1976, photographie par Wolfgang Volz, tissu, ficelle, cire, fusain, pastel, crayon noir et carte, signé, daté et annoté, 56 71 cm.
Estimation : 80 000/100 000 

La silhouette empaquetée du Pont-Neuf, surréelle, est à jamais gravée dans la mémoire de tous ceux qui, Parisiens ou touristes, ont pu la voir du 20 septembre au 7 octobre 1985. Rien moins que l’ouvrage d’art le plus vénérable de Paris, terminé sous Henri IV et premier pont moderne de la capitale, doté des premiers trottoirs de la cité… Depuis des semaines, on assistait déjà à la préparation de l’événement, véritable spectacle avec son ballet de charpentiers et de cordistes, fixant des filins que des plongeurs arrimaient sous l’eau de la Seine. Pour habiller le Pont-Neuf, long de 238 mètres et large de 20,5, il a fallu 40 000 mètres carrés de toile de polyamide ignifugé, douze tonnes de câbles d’acier, ainsi que l’intervention de trois cents spécialistes supervisés par douze ingénieurs. Dès le milieu des années 1970, l’opération avait été soigneusement planifiée par Christo, l’auteur de ce happening démesuré, avec l’aide de son épouse Jeanne-Claude. Mais bien en amont de la réalisation du projet, toute une série d’œuvres préalables, peintes, dessinées ou mixant les techniques, avaient vu le jour. En témoigne cette production de 1976, intitulée The Pont Neuf Wrapped. Annotée, elle présente le pont avant et après emballage – une photographie le montrant au naturel, et une carte le resituant au cœur de la capitale. L’œuvre, d’une exécution brillante, rappelle également que Christo était un fabuleux plasticien, à la formation classique reçue aux Beaux-Arts de Sofia en Bulgarie, son pays natal. Par ailleurs, ces compositions ne sont pas de simples travaux préparatoires : vendues à des collectionneurs européens, américains, australiens ou japonais pendant dix ans, elles ont contribué à récolter les fonds nécessaires au projet, bientôt gérés par une société fondée par Jeanne-Claude, l’énergique organisatrice. Car l’opération n’aura pas coûté un sou aux contribuables français, comme tenait à le préciser l’artiste dans une interview au Figaro (20 septembre 1985) : «J’ai refusé tout mécénat, toute aide officielle. C’est un principe.» Depuis sa première intervention sur la Kunsthalle de Berne en 1968, Christo n’a cessé de vouloir empaqueter sites naturels et monuments historiques. On se souviendra particulièrement des onze îles de la baie de Biscayne à Miami, en 1983, et du Reichstag à Berlin en 1995, avant de découvrir – peut-être en 2021 – les habits neufs de notre Arc de Triomphe, projetés bien avant son décès, survenu le 31 mai dernier. Dans tous les cas, les dessins annonçant ces chefs-d’œuvre éphémères apparaissent désormais comme autant de précieux témoignages, dont la cote d’amour ne cesse de grimper…

mardi 08 décembre 2020 - 14:00 - Live
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