Christian Vrouyr, un fidèle parmi les fidèles

Le 16 janvier 2020, par Harry Kampianne

Galeriste spécialisé en tapis anciens à Anvers, secrétaire général de la Brafa depuis une quinzaine d’années, membre du conseil d’administration depuis 2015, l’homme en est à sa 64e participation à une foire qui fête son 65e anniversaire.

© Rik Huybretchs

Quelles ont été les mutations majeures de la Brafa depuis sa création ?
Disons que la plus importante a eu lieu quand nous avons quitté le palais des Beaux-Arts à Bruxelles, très belle architecture de Victor Horta, mais pas très pratique pour y installer de longs corridors et recevoir plus d’exposants, pour emménager en 2004 à Tour & Taxis, un bâtiment industriel beaucoup plus spacieux qui nous a permis de passer de quarante-cinq exposants, principalement belges, à 133 à l’heure actuelle dont 83 viennent d’autres pays. Outre le point de vue géographique, c’est aussi une mutation vis-à-vis de l’internationalisation de la foire. Au fil des années, nous avons veillé à ce que la qualité soit toujours au rendez-vous. Tous les objets sélectionnés sont authentifiés par une commission d’experts, et avant l’ouverture de la foire, il y a un tour d’inspection pour savoir si certaines pièces vouées à être exposées ne sont pas inscrites en tant qu’objets volés ou spoliés. Parallèlement à cela, nous sommes passés en quarante ans de 10 000 à 70 000 visiteurs, ce qui peut être considéré à ce jour comme un gage de reconnaissance internationale.
Quelle est selon vous la force de la Brafa, qui lui permet d’accéder à cette réputation internationale ?
Ce sont les exposants qui font les meilleurs ambassadeurs d’un salon. Si l’atmosphère, l’hospitalité et le décor leur plaisent, s’il y a une clientèle de qualité et que le bouche-à-oreille fonctionne auprès de collègues prêts à venir postuler, nous n’avons quasiment plus besoin de notre bâton de pèlerin pour aller à la pêche aux candidats. Nous avons des listes d’attente, ce qui nous rend la tâche plus facile malgré une sélection qui n’est pas toujours évidente. L’objectif de la Brafa n’est pas de contenter un exposant plus qu’un autre : c’est avant tout de maintenir un équilibre, de veiller à ce qu’il n’y ait pas une prépondérance d’une spécialité sur une autre. Je pense que si nous laissions faire les choses, il y aurait une très grande majorité d’exposants d’art moderne et d’art contemporain. Nous conservons au minimum 50 % d’exposants d’art ancien. Ceux-ci ont toujours trouvé en Belgique la clientèle qui leur convenait. Nous avons aussi un conseil d’administration essentiellement composé de galeristes, qui ne dépend d’aucun actionnaire. Celui-ci veille à ce que tout le profit réalisé pendant la foire soit reversé dans la prochaine édition.
Peut-on dire que l’une des grandes constantes de ce salon est aussi la fidélité de ses exposants ?
Oui. Nous ne dépassons pas les 7 % de renouvellement chaque année, ce qui est peu. Je dirais que la Brafa est un arbre dont le tronc est très solide. Cela ne veut pas dire que nous soyons hermétiques à d’autres domaines. Nous avons eu aussi des stands exposant de la bande dessinée et du design. Le souci de renouvellement n’est pas une obsession mais il doit se faire en douceur.
La Brafa n’est-elle pas devenue une caisse de résonance de l’évolution et de la mentalité d’un public très spécifique à la Belgique ? Je constate surtout que nous avons grandi très lentement. C’est une force de ne pas vouloir faire des révolutions immédiates. La Brafa est un salon qui peut facilement se visiter en une journée sans avoir l’impression d’oublier la moitié des exposants. Il y a donc un côté convivial, un esprit plus détendu que nous souhaitons préserver. Il ne faut pas oublier que la Belgique est un petit pays. Gand, Anvers ou Bruges ne sont pas si éloignés que cela de Bruxelles… et peut-être que la particularité de l’identité belge est aussi de prendre son temps.

 

Pierre Bonnard, Jeune femme endormie, 1894, huile sur carton, 27 x 35 cm. GalerieAlexis Pentcheff
Pierre Bonnard, Jeune femme endormie, 1894, huile sur carton, 27 x 35 cm. Galerie Alexis Pentcheff


Quelles sont, selon vous, les œuvres phares qui marqueront cette 65e édition ?
Je ne vais pas vous citer une œuvre plus qu’une autre. Tout le monde n’a pas la possibilité d’acheter un Rembrandt ou un Picasso. L’attrait de la Brafa consiste avant tout à attirer un public de collectionneurs au portefeuille plus modeste, que les visiteurs se sentent à l’aise pour trouver des trésors à des prix abordables. Je pense qu’une foire ne doit pas tourner autour de pièces stars. Depuis quelques années, nous décernons un prix à des étudiants de l’école d’art de La Cambre, à Bruxelles, pour la réalisation de tapis qui décorent chaque année les corridors du salon. Nous les encourageons à dessiner un projet et après la sélection du meilleur d’entre eux, nous nous chargeons de l’exécution. Je dois vous avouer que j’ai soufflé cette idée au conseil d’administration, car je pense que le tapis est parfois un peu oublié…
Christo ainsi que Gilbert & Georges ont été les derniers invités d’honneur de la Brafa. Mais avant cela, vous avez notamment convié des musées… 
Oui, des musées qui ne jouissaient pas de la même notoriété que certains établissements nationaux, et qui avaient besoin d’un petit coup de pouce. Nous travaillons aussi régulièrement avec la Fondation roi Baudoin, très active d’un point de vue acquisitions dans le domaine de l’art. Mais nous n’avons pas d’idée préconçue. Cette année, nous avons acquis cinq morceaux du mur de Berlin qui vont être vendus aux enchères pendant la Brafa au profit d’œuvres de charité. Ils proviennent de Teltow (petite commune périphérique de Berlin, ndlr) suite au démantèlement du mur. Des pans entiers sont restés stockés sur le terrain de la société Klosters Baustoffwerke. Elmar Prost, directeur de la firme, les a numérotés et ensuite proposés à des artistes contemporains pour les peindre en hommage à Berlin. Tous n’ont pas été peints. Nous avons décidé, à ce moment-là, d’acquérir auprès d’Elmar Prost cinq de ces sections restantes non encore « revisitées » par un artiste contemporain.
C’est donc le point marquant de cette 65e édition ?
À mon avis, c’est une approche hors norme de la foire. Nous veillons à entretenir un dynamisme, à ne pas nous replier sur nous-mêmes ou sur nos acquis tout en privilégiant le public. Celui-ci change au fil des ans. Ce qui est intéressant, c’est de constater que de nouveaux collectionneurs, plus tentés par l’art moderne ou l’art contemporain, finissent par s’intéresser à l’art ancien et se fidéliser à ce salon. L’éclectisme et la qualité priment avant tout. Il n’y a plus beaucoup de stands aujourd’hui où un style ultra rigoureux domine. On mélange de plus en plus, et tant que la qualité côtoie de la qualité, il n’y a pas de problème. On ne cherche pas pour autant à s’aligner ou à rivaliser avec d’autres salons. Ce qui nous a réussi jusqu’à maintenant.
Ne craignez-vous pas qu’en supprimant une journée cela ne provoque une baisse de fréquentation du public ?
Le vendredi, tout le monde n’est pas libre et la Brafa commence toujours par une soirée et un dîner d’ouverture. Nous avions un problème de place et de temps plus réduit quand il s’agissait de recevoir le vendredi soir les invités, dont beaucoup le sont par des exposants. Nous avons préféré étaler cela sur le samedi et repousser l’ouverture au public le dimanche. Je ne pense franchement pas que cela aura un impact sur le nombre d’entrées. Notre but premier n’est pas d’obtenir du chiffre mais d’avoir une fréquentation de bon niveau. Cinq mille personnes de plus ou de moins, ce n’est pas ça qui compte. C’est l’intérêt de ceux qui viennent visiter la foire qui est important.

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