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Charles Cordier, sculpteur orientaliste

Le 18 novembre 2021, par Vanessa Schmitz-Grucker

Le sculpteur du second Empire français, Charles Cordier, aura produit un nombre conséquent de bustes et de statues orientalistes. Nos deux chefs-modèles ont servi de base à des œuvres emblématiques.

Charles Cordier, sculpteur orientaliste
Charles Henri Joseph Cordier (1827-1905), Arabe d’El Aghouat, chefs-modèles en bronze à patine brune, vers 1856, hauteur : 48 cm, piédouche : 14 cm. 
Estimation : 20 000/30 000 

Ils n’ont pas quitté la famille de l’artiste depuis plus de cent cinquante ans, et c’est tout juste si nous soupçonnions leur existence : ces deux chefs-modèles exécutés par Charles Cordier sont à l’origine de pièces au parcours muséal. L’Arabe d’El Aghouat est, en effet, aujourd’hui exposé, coiffé d’un turban et drapé d’un burnous en marbre-onyx, dans la grande nef du musée d’Orsay. La tête du Cheik arabe du Caire, elle, est plus rare (même estimation). Les modèles de ces têtes en bronze, à patine brune sur piédouche d’origine, en bois noirci, ont été réalisés au cours de deux voyages, le premier en Algérie en 1856, le second en Égypte en 1866. Destinées à servir d’étalon pour les tirages postérieurs, ces œuvres revêtent une importance particulière dans le corpus de l’artiste puisqu’elles se devaient d’être absolument parfaites. Et elles le sont : la fonte est d’une qualité irréprochable, les ciselures et la patine exemplaires. Charles Cordier a beau n’être alors qu’un jeune trentenaire, il a appris à la perfection, auprès de François Rude, l’art de la taille, de la fonte et du ciselage. L’année précédente, en 1855, ses deux Chinois en bronze doré, argenté et émaillé, envoyés à l’Exposition universelle de Paris, font sensation. Au Salon de 1857, il réitère avec dix-huit bustes dont douze sont des études d’Algériens, la plupart en bronze, qu’il réalise in situ grâce à des bourses du gouvernement et à ses propres fonds, se garantissant une précieuse indépendance vis-à-vis des commanditaires. En 1866, c’est à l’impératrice Eugénie qu’il fait parvenir une Femme arabe en bronze pour son musée chinois à Fontainebleau. En quête de vérité et de rendu naturaliste, Charles Cordier fait fi des protocoles. Il est même à l’origine du retour de la polychromie bannie par la norme classique. Contre toute attente, l’œuvre est plébiscitée, le sculpteur Jean Garnier qualifie son contemporain de « guerrier de la beauté ». Nos têtes de Maures sont en rupture avec les bustes réservés jusqu’alors aux personnalités de la scène politique et économique. Paysanne égyptienne, moissonneur kabyle, pêcheur de corail maltais mais aussi l’esclave affranchi, Seïd Enkess, sont autant de sujets qui démontrent les risques pris par Cordier afin d’achever une œuvre visionnaire. Loin des principes moraux auxquels est alors soumise la sculpture, Charles Cordier, comme il l’écrit en 1865, saisit « la race telle qu’elle est dans sa beauté relative, dans sa vérité absolue, avec ses passions », dans un souci d’humanisme qui jalonne son œuvre.
 

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