Chambord, d’hier et de demain

Le 25 juin 2019, par Marie-Laure Castelnau

Pour les cinq cents ans du château, une exposition retrace la genèse de sa construction et propose une projection utopique imaginée par de jeunes architectes d’aujourd’hui. Quand Chambord se conjugue au passé et au futur…

École française, François Ier roi de France, fin XVIe ou début XVIIe siècle, huile sur bois, 45,5 35 cm.
© Domaine national de Chambord Léonard de Serres

Il est à l’architecture ce que la Joconde est à la peinture. Œuvre unique, Chambord est en effet l’édifice civil le plus important de la Renaissance en France, pour sa conception comme pour sa vocation symbolique, esthétique et spirituelle. À l’occasion de l’anniversaire du début de son édification, en 1519, un programme de célébrations est organisé par le domaine tout au long de l’année 2019. Placée sous le double commissariat de l’architecte Dominique Perrault et du philosophe Roland Schaer, une exposition passionnante se déploie sur deux mille mètres carrés, dans les quatre ailes du château, pour raconter  pour la première fois  la genèse de sa construction, sous les auspices de l’utopie et des architectures idéales. Une exposition à double révolution, comme son escalier, puisqu’en parallèle, dix-huit projets imaginés par des étudiants architectes sont présentés tout au long du parcours, «pour montrer que le patrimoine bouge, se renouvelle», souligne Jean d’Haussonville, directeur des lieux. Cent cinquante manuscrits, maquettes, tableaux, dessins et objets d’art en provenance de 33 collections internationales (Galerie des Offices, British Museum, BnF) offrent au public les clés de lecture du château tel qu’il a été pensé par son fondateur François Ier. Le monarque tire son inspiration de la Jérusalem Céleste, cité légendaire offrant un répertoire de formes architecturales idéales. Elle est notamment représentée ici par une peinture sur bois du musée national des Azulejos de Lisbonne. Le contexte de la création de Chambord, baigné d’une effervescence politique, intellectuelle, philosophique et artistique, est évidemment fondamental. Le statut des architectes de l’époque se métamorphose : ils sont désormais les savants de l’harmonie du monde, à la fois peintres, ingénieurs, architectes. Le traité, le dessin et la maquette sont autant de voies par lesquelles l’architecture est conçue et représentée, avant d’être matérialisée. Elle est «chose mentale». Parmi eux, Vinci fait figure de visionnaire. Plusieurs dessins du maître italien, notamment trois feuillets originaux du Codex Atlanticus, témoignent de son influence certaine sur l’architecture de Chambord.
 

Chambord
Chambord © Domaine national de Chambord-Léonard-de-Serres

Le roi architecte
L’exposition s’intéresse aussi plus particulièrement à François Ier, dont l’ambition est avant tout d’occuper la place de chef temporel et militaire du monde chrétien, protecteur des arts et des lettres. Plusieurs portraits, dont celui peint par Titien, et la spectaculaire armure aux lions du souverain en provenance du musée de l’Armée en témoignent. Mais François Ier, pensant que sa magnificence se mesurerait à la qualité de ses entreprises architecturales, se voulait aussi «roi architecte». Il imprime ainsi sa marque sur onze chantiers en Val de Loire (Blois, Amboise, Chambord), puis en Ile-de-France (Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Villers-Cotterêts). La documentation sur la construction de Chambord reste néanmoins très lacunaire, l’essentiel des archives ayant été perdu au XVIIIe siècle. Plusieurs éléments archéologiques, ainsi qu’une spectaculaire reconstitution des fondations du château, permettent au visiteur d’entrer de plain-pied sur le chantier de cette œuvre collective. Un monument dont François Ier a tant rêvé, et dans lequel il passera finalement si peu de temps : quelques dizaines de jours, dit-on…

«Chambord, 1519-2019 : l’utopie à l’œuvre»,
château de Chambord (41), tél. : 02 54 50 40 00.
Jusqu’au 1er septembre 2019.
www.chambord.org
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