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Céramiste et artiste

Le 04 octobre 2018, par Caroline Legrand

La céramique des années 1950 sera abordée prochainement à Lyon au travers de ces deux tables d’André Borderie. Des œuvres qui abolissent les frontières entre les techniques.

Céramiste et artiste
André Borderie (1923-1998), Table basse à plateau triangulaire en carreaux de céramique émaillée blanc piètement en métal laqué noir, 40 x 83,5 x 83 cm.
Estimation : 10 000/15 000 €
Bout de canapé à plateau en céramique émaillée à décor stylisé en noir et bleu, 30 x 56,5 x 30,5 cm.
Estimation : 6 000/8 000 €

Toute une époque. Cette table basse triangulaire, datée 1957-1960, et ce bout de canapé de 1960-1961 appartiennent à cette riche décennie qui a vu les céramistes devenir des artistes, comme l’explique Pierre Staudenmeyer dans son ouvrage consacré à La Céramique française des années 50 (Norma, 2004). Du XIXe siècle, avec les apports de l’ère industrielle, à l’arrivée de Pablo Picasso à Vallauris, en 1948, plusieurs événements devaient conduire à la revalorisation des arts du feu. Sans oublier qu’au lendemain du conflit mondial s’ouvrait une période emplie d’optimisme et de bouillonnement culturel, qui allait donner naissance à des œuvres modernes propres à changer notre quotidien. Parmi les céramistes de cette période, André Borderie occupe une place originale. C’est dans l’immédiat après-guerre que le Bordelais décide de sa vocation, choisissant d’abandonner sa carrière de fonctionnaire, celle d’inspecteur adjoint aux télécommunications, pour se consacrer aux arts. Deux artistes ont influencé cette décision : Paul Klee  dont Borderie fait la découverte en 1939  et l’affichiste Paul Colin, qui lui conseille en 1945 de se lancer dans la peinture. L’année suivante, à l’occasion d’une mission des PTT en Autriche, il rencontre, à l’atelier de propagande graphique, le couple Székely. Vera, ancienne nageuse hongroise et graphiste, et Pierre, sculpteur et dessinateur, lui laissent entrevoir le champ des possibles en art ; bouleversé, il démissionne dès son retour en France.
D’un bestiaire surréaliste à l'épuration des formes
André Borderie retrouve bientôt les Székely, puisque ces derniers trouvent refuge à Paris en 1948. Ils s’installeront tous ensemble à Bures-sur-Yvette, puis à Marcoussis, dans l’Essonne. Mais le travail de Borderie s’inscrit dans le cadre d’une démarche plus globale ; il adhère ainsi en 1955 au groupe Espace, visant à promouvoir l’art en milieu urbain. Par ailleurs, il ne se limite pas à une technique. Réalisant de nombreuses sculptures monumentales, il travaille aussi bien le béton, l’acier, l’inox, la mosaïque et la peinture que la céramique. Sans oublier l’art mural, et notamment la tapisserie, qu’il aborde à la fin des années 1950 et qui lui vaudra un grand prix en 1962. Son travail dans ce domaine influence esthétiquement ses autres créations, en premier lieu la céramique, qui reste le fil conducteur de sa carrière. Avec les Széleky,il crée des pièces de forme figurant un bestiaire imaginaire à tendance surréaliste. Puis, son œuvre s’épure, notamment sous l’influence d’Élisabeth Joulia, à La Borne. En effet, lorsqu’il quitte ses colocataires de Marcoussis en 1957 afin de s’installer dans l’ancien presbytère de Senlis avec son épouse, Maria, l’artiste entame aussi une démarche de retour à la nature. Des fours installés dans sa nouvelle maison, en plein cœur de la forêt, sortiront des vases, lampes, plateaux, tables… aux formes et aux décors de plus en plus dépouillés. Cette simplicité ne supprime pas pour autant les innovations esthétiques. Comme en témoignent ces deux créations, datant de cette période, André Borderie utilise une palette d’émaux restreinte mais efficace, composé notamment de bleu, de noir et de blanc, pour des motifs très stylisés, voire géométriques. De l’abstraction utilitaire !

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