Céramique chinoise, le feu sacré

Le 07 octobre 2016, par Sophie Reyssat

Alexandre Hougron nous entraîne dans un voyage initiatique parmi les chefs-d’œuvre de la céramique ancienne, placée au summum de la hiérarchie des arts par la Chine impériale, dont il retrace l’histoire en filigrane.

Vase de forme yuhuchunping (piriforme) aux émaux fencai et rehauts d’or à décor de brocarts fleuris peints et ajourés, laissant voir un vase intérieur, l’intérieur et la base turquoise, marque et règne de Qianlong (1736-1795), h. 38,5 cm. Musée national du Palais, Taipei.
© RMN-Grand Palais/ Musée national du Palais, Taipei.

Sept ans. Tel a été le temps nécessaire à Alexandre Hougron pour réaliser son ouvrage d’initiation à La Céramique chinoise ancienne. Un travail de recherche et de synthèse de longue haleine pour ce passionné, mettant par ailleurs sa connaissance des arts asiatiques au service de la galerie Beauté chinoise, installée aux puces de Saint-Ouen. Le but de l’auteur ? Proposer un panorama des collections de céramiques conservées par les musées, en France comme à l’étranger. L’un des plus beaux ensembles en la matière, celui du musée Guimet, occupe ainsi une place de choix dans les pages de son livre, illustré par près de six cents photographies. Alexandre Hougron a souhaité «reproduire beaucoup de pièces montrant la qualité de la production impériale. Elle est à part, les lecteurs de La Gazette le savent bien : la porcelaine chinoise est un art anonyme, mais c’est un art incarné». Certains empereurs, épris du matériau, ont en effet joué un rôle déterminant à la fois dans le développement de sa production et dans sa course à l’excellence.
Un amour de porcelaine
Chenghua (1465-1487), sous la dynastie Ming, donne ainsi une impulsion nouvelle à la spécialité, qui devient à partir de son règne un art de cour au raffinement exacerbé. Une femme aurait été à l’origine de cette consécration : Madame Wan, première concubine du souverain, à laquelle ce dernier se serait évertué à offrir chaque jour de petites pièces de porcelaine, toujours plus somptueuses, peintes en émaux doucai  littéralement, «couleurs contrastées». Ce type de décor polychrome, animant des sujets évocateurs choisis par l’empereur amoureux  à l’image du coq, de la poule et de ses poussins représentés sur une petite coupe à alcool, conservée au British Museum , font aujourd’hui perdre la tête aux collectionneurs de céramiques chinoises… Si notre empereur a laissé un souvenir très personnel, trois de ses successeurs ont porté la complexité de la porcelaine à son apogée.

 

  
  

Acmé impériale
Kangxi (1662-1722), le contemporain de Louis XIV, installe ainsi les Ateliers impériaux au cœur de la Cité interdite, et obtient la satisfaction d’assister à la mise au point des émaux falangcai  de la famille rose  à la fin de son règne. En témoignent les rares et délicats bols impériaux à décor floral du musée Guimet, pour la première fois réunis et reproduits. Malgré douze petites années de règne, Yongzheng (1723-1735) est quant à lui à l’origine de nombre d’inventions, l’empereur intervenant lui-même, tel un artiste, dans la production porcelainière. Qianlong (1736-1795), enfin, pousse le matériau dans ses derniers retranchements, multipliant les difficultés techniques à l’envi, comme l’évoque un vase ajouré, conservé à l’incontournable musée national du Palais à Taipei, laissant apparaître un autre vase intérieur, également décoré. Alexandre Hougron lui préfère cependant un modèle en forme de maillet, lui aussi remarquable pour la qualité et la précision de ses émaux fencai  autre nom pour la famille rose , qui adoptent ici les tons bleutés caractéristiques des porcelaines impériales polychromes de paysage, s’inspirant de la peinture classique shanshui («montagne-eau») et du style du Maître des rochers. Une œuvre guanyao («officielle»), qualifiée d’unique par l’auteur, qui avoue retourner l’admirer au musée Guimet deux à trois fois par an.
Une introduction à la céramique
Si les porcelaines impériales se taillent comme il se doit la part du roi, l’ouvrage ne néglige pas pour autant les productions antérieures, comme les terres cuites ou les grès. Suivant une progression chronologique, il remonte en effet aux origines de la céramique, lorsque les populations humaines se sédentarisent à l’époque néolithique (vers 9000 av. J.-C.), pour dérouler ensuite le fil de l’histoire des arts du feu chinois, dynastie par dynastie. Ses annexes rappellent en outre la définition des termes techniques sur le sujet, se penchent sur les marques et les inscriptions, abordent l’identification des copies et les méthodes de restauration et de conservation. De quoi faire de cette publication un ouvrage de référence, pour les amateurs comme pour les professionnels.

 

À LIRE
La Céramique chinoise ancienne, Alexandre Hougron, 24 x 31,5 cm, 400 pages, relié sous jaquette, les Éditions de l’amateur, 2015. Prix : 85 €.
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