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La Gazette Drouot Art et patrimoine - Expositions

Centre Pompidou-Metz : Écrire, c’est dessiner. D’après une idée d’Etel Adnan

Le 14 décembre 2021, par Céline Piettre

Certaines expositions s’imposent le plus naturellement du monde. «Écrire, c’est dessiner» est de celles-ci. On y pressent d’emblée l’harmonie entre…

Centre Pompidou-Metz : Écrire, c’est dessiner. D’après une idée d’Etel Adnan
Etel Adnan (1925-2021), Dhikr (détail), 1978.
© Etel Adnan © Centre Pompidou-Metz / Béatrice Hatala

Certaines expositions s’imposent le plus naturellement du monde. «Écrire, c’est dessiner» est de celles-ci. On y pressent d’emblée l’harmonie entre le propos, questionnant la proximité entre les deux pratiques – ambition pourtant vertigineuse –, et son déploiement dans l’espace. Les pièces présentées, pour 99 % d’entre elles des œuvres sur papier, ont été choisies par le commissaire Jean-Marie Gallais, qui a travaillé avec la plasticienne et poétesse Etel Adnan – adulée sur le tard, disparue en novembre dernier à 96 ans. «Si on faisait quelque chose ensemble au Centre Pompidou ?», lui avait demandé à son arrivée la nouvelle directrice des lieux, Chiara Parisi. Consacrer un étage entier à cet «ancien savoir» qu’est l’écriture fut sa réponse. Quelques mois plus tard, pour le plus grand plaisir des conservateurs de la BnF – l’un des principaux prêteurs –, lettres, manuscrits et œuvres graphiques, couvrant quelque cinq mille ans, cohabitent en un stimulant métissage. La salle inaugurale est dédiée aux leporellos de l’artiste libanaise, ces accordéons de papier qu’elle recouvrait de signes depuis 1960. Leur rythme ondulatoire bat la mesure d’un accrochage faisant alterner des «cabinets» intimes et des espaces plus ouverts. Ces derniers abritent de véritables pépites : un fragment du Livre des morts du Nouvel Empire aux pigments encore étincelants, des albums jamais montrés de Pierre Richard – un paysan du XIXe siècle ayant inventé sa propre langue –, le journal de Georg Daniel Flohr, précieux jalon de la littérature de voyage du XVIIIe, les derniers dessins de Louise Bourgeois, un recueil de grammaire arabe se lisant dans tous les sens, les rouleaux d’écriture ô combien confidentiels d’Annie Cohen et des graffitis inédits de Villeglé, conservés sur un tableau noir par les médiateurs du Centre Pompidou. Etel Adnan souhaitait s’effacer derrière les œuvres : elle est finalement partout. Le parcours en dessine un portrait en filigrane où se devinent son immense érudition, ses affinités électives avec les créateurs, sa passion des langues et une certaine nostalgie pour la chose écrite en cette ère du tout-numérique. Pour elle, l’écriture était le miroir de l’âme. D’une richesse inouïe, cette exposition semble en avoir une.

Centre Pompidou-Metz,
1, parvis des Droits-de-l’Homme, Metz (57), tél. : 03 87 15 39 39.
Jusqu’au 21 février 2022.
www.centrepompidou-metz.fr

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