Carracci, prénom Ludovico, profession peintre

Le 18 mars 2021, par Caroline Legrand

Réalisme, lumière et expressivité, autant de caractéristiques présentes dans ce tableau et qui témoignent de l’art précurseur de Ludovico Carracci dans les dernières années du XVIe siècle.

Ludovico Carracci (1555-1619), L’Adoration des Mages, cuivre, 36 26 cm (détail).
Estimation : 100 000/150 000 

Le nom des Carracci résonne d’une manière toute particulière au sein de la peinture ancienne italienne, et européenne. Ludovico et ses deux cousins germains, Agostino et Annibal, sont en effet à l’origine d’une école bolonaise de premier ordre, qui imposera son style tout au long du XVIIe siècle grâce à la postérité que lui offriront des artistes majeurs tels le Dominiquin, Guido Reni, le Guerchin ou l’Albane. Ces derniers assimileront parfaitement la leçon donnée par Ludovico Carracci dans son académie de peinture dite des Incamminati («les acheminés»), fondée en 1582, à Bologne, avec ses cousins. L'ensemble sa carrière se déroule dans sa ville natale, à la différence d’Annibal et d’Agostino, plus jeunes, qui travaillent également à Rome. Son credo ? Abandonner le maniérisme afin de renouer avec l’étude de la nature ainsi que celle des œuvres des grands maîtres du passé. Un choix dû à l’enseignement de son mentor, Prospero Fontana, mais également à l’influence du Flamand Denys Calvaert, installé à Bologne en 1570, ou encore à celle du Vénitien le Tintoret. Si ses premiers tableaux religieux, datés de 1588, affichent déjà une belle utilisation des couleurs chaudes et de la lumière, ceux des années suivantes démontreront tout le talent de Ludovico, à l’image de ce cuivre inédit. Il s’agit en réalité d’une reprise autographe, par l’artiste lui-même, de son grand retable de la chapelle Gessi, dans l’église San Bartolomeo di Reno, malheureusement détruit durant la Seconde Guerre mondiale. La décoration de cette chapelle, située à gauche de l’autel, faisait partie d’une commande passée auprès de l’atelier des Carrache vers 1590-1595. Agostino se chargea de la peinture du maître-autel sur le thème de l’Adoration des Bergers, tandis que Ludovico s’occupa de celles des deux chapelles latérales, la Circoncision et l’Adoration des Mages. On sait, d’après d'anciennes photos conservées à la Fototeca Zeri, que notre cuivre est très proche de la première composition, aujourd’hui perdue. Ludovico ne s’est permis qu’un unique ajout, pour le moins original : celui des deux têtes animales, l’une d’âne et l’autre de bœuf, en bas à gauche. Un détail naturaliste parfaitement dans l’esprit de sa manière audacieuse ! L’artiste s’attaque ici à un thème traité sur bien des chevalets au cours de la Renaissance. Il tente néanmoins de se détacher de ses prédécesseurs en élaborant une composition structurée par un jeu de contrastes, d’ombre et de lumière, mais aussi simplifiée par le petit nombre de personnages : les verticales des colonnes répondent à l'un des Rois mages, debout à droite ; la diagonale partant de la tête de saint Joseph, à gauche, traverse la toile pour s’achever dans le dos de l’homme âgé, courbé. Impressionnant par son ampleur proche des grandes figures de Michel-Ange ou de Giulio Romano, le Roi mage, avec sa longue barbe et son turban, se tourne vers le spectateur et, de la main, semble l’inviter à prendre part à l’action. Cette expressivité et ce sens de la mise en scène illustrent toute l’évolution de Ludovico Carracci, de même que son rôle dans l’élaboration de la peinture baroque.

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