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Calder-Picasso, la conquête de l’espace

Le 12 mars 2019, par Marie-Laure Castelnau

«Calder-Picasso», musée national Picasso-Paris, 5, rue de Thorigny, Paris IIIe, tél. : 01 85 56 00 36, www.museepicassoparis.fr - Jusqu’au 25 août 2019.

Calder-Picasso, la conquête de l’espace
Alexander Calder (1898-1976), Joséphine Baker IV, vers 1928, fil d’acier, 100,5 84 21 cm, Centre Pompidou, musée national d’Art moderne, Paris.
© 2019 Calder Foundation, New York/Adagp, Paris 2019

En 2016, la galerie Almine Rech inaugurait ses nouveaux espaces à New York avec une exposition consacrée à deux figures majeures du XXe siècle, Alexander Calder et Pablo Picasso. Sous les auspices de leurs petits-fils, Alexander S.C. Rower et Bernard Ruiz-Picasso, cette confrontation était la première à explorer le dialogue créatif entre ces deux maîtres, grâce à des œuvres issues de leurs collections privées respectives, pour nombre d’entre elles encore jamais montrées au public. Donnant une dimension internationale à cette initiative, les deux hommes ont décidé de faire voyager leur exposition jusqu’à Paris. Les œuvres présentées ici sont plus nombreuses, complétées notamment par celles du musée national Picasso-Paris. Au total, cent vingt pièces peintures, sculptures et dessins mettent en lumière les préoccupations formelles, politiques et philosophiques communes ayant nourri leur création. «C’est moins une question d’influence que d’approche similaire des artistes qui est étudiée ici», précise Émilia Philippot, co-commissaire de l’exposition et conservatrice au musée parisien. Chronologique et thématique, le parcours permet de suivre le travail des deux géants, avec comme fil conducteur l’exploration du vide et la manière dont ils ont exploité celui-ci. Les deux avant-gardistes désiraient représenter le «non-espace», tantôt en donnant forme à une soustraction de masse, comme dans les sculptures de l’Américain, tantôt en exprimant les contorsions du temps, à l’instar de nombreuses œuvres du Malaguène. «Calder aborde la notion de vide avec une curiosité et une ambition intellectuelle, et mobilise des forces inédites à travers ses mobiles. Picasso, lui, s’approprie cette recherche avec une dimension plus subjective», analyse Émilia Philippot. Certes, les deux hommes se sont rencontrés, et ont partagé la même galerie Percier dans les années 1930. En 1937, on les retrouve au pavillon espagnol de l’Exposition universelle de Paris, l’un avec son monumental Guernica, l’autre seul artiste étranger avec sa Fontaine de mercure : deux déclarations fortes attestant de leur soutien à la jeune République, et de leur conviction d’avoir un rôle clé à jouer en temps de guerre grâce à leur art. L’exposition parisienne s’ouvre sur un projet de Picasso de 1928, pour un monument à la mémoire d’Apollinaire : une maquette en fil de fer qui illustre parfaitement sa conception du volume comme un dessin dans l’espace. En vis-à-vis, une œuvre de Calder de 1931, qui met la sculpture en mouvement et donne forme à un type d’art entièrement nouveau, baptisé «mobile» par Marcel Duchamp. Ces deux œuvres témoignent d’emblée de la résonance entre les deux artistes. Au fil des salles se dévoilent les mêmes préoccupations : capturer le vide, dessiner l’espace, représenter la pesanteur et la grâce. Ici, Joséphine Baker danse, là, un acrobate s’étire, plus loin, une tête de femme bascule en arrière. Certaines qualités dynamiques similaires apparaissent entre les sculptures en fil chargées d’énergie de Calder et les dessins linéaires spontanés de Picasso. Des «Constellations» du premier aux assemblages du second, les œuvres des deux maîtres s’avèrent en parfaite harmonie et invitent à un parcours entre abstraction et représentation. Une exposition lumineuse, légère, atmosphérique, dont on ressort comme suspendu dans les airs, avec ou sans ailes.

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