Bruxelles, nouveau spot pour l’art animalier

Le 20 septembre 2018, par Stéphanie Pioda

Pour sa quatrième édition, le SAB conforte la place de Bruxelles comme nouveau rendez-vous de l’art animalier et redore l’image de cet art souvent associé à la cynégétique.

Christian Laurent, Puma close-up, photo sur chromaluxe, 90 x 60 cm.
© Christian Laurent


On est bien loin ici des grand-messes où il est devenu impossible de s’arrêter devant toutes les œuvres, tant leur nombre donne le tournis. Au cœur du Sablon, la maison bourgeoise de la galerie Costermans est le cadre idéal pour découvrir les trente-deux artistes de cette nouvelle édition du SAB (Septembre Animalier Bruxelles), en un parcours intimiste au fil des cinq salles dédiées. Antiquaire depuis plus de vingt ans, Philippe Heim s’est lancé dans cette aventure il y a trois ans, alors qu’aucun événement ne privilégiait ce secteur de niche dans la capitale belge. Une aubaine, comme l’explique ce collectionneur chef d’entreprise  qui préfère rester anonyme , car «un salon comme celui-là est l’occasion de saisir la dynamique et l’activité de l’art animalier. Si l’on s’attend à trouver des artistes historiques et reconnus dans des foires comme la Brafa, le PAD ou la Tefaf, on prend plaisir au SAB à apprécier des œuvres actuelles et discuter avec des artistes vivants qui, pour certains, seront les grands maîtres que l’histoire de l’art retiendra dans cent ans !» Et en effet, Philippe Heim rappelle d’emblée que l’idée est de mettre en avant l’art animalier en tant qu’art et de le détacher de la cynégétique, contrairement à son concurrent ayant investi Bruxelles la même année que lui  au printemps  Animal art, «le salon des artistes animaliers, de chasse et de la nature», et les différents partenaires de presse spécialisée.


 

Jean-Claude Grignard, Stunning Lace. Gorgonia and Glass Fish. Utopia reef Quseir, Egypt, photographie, 80 x 120 cm.  
Jean-Claude Grignard, Stunning Lace. Gorgonia and Glass Fish. Utopia reef Quseir, Egypt, photographie, 80 x 120 cm.
 © Jean-Claude Grignard


le règne de la diversité
Certes, les frontières sont poreuses : certains artistes exposent dans les deux salons (mais pas uniquement)  citons Savina Gillès de Pelichy, Hervé t’Serstevens et Marie Thys, nouveaux venus au SAB  tandis que Damien Colcombet est consulté à titre d’expert par les commissaires-priseurs, lors de ventes de trophées de chasse par exemple. Les œuvres sélectionnées visent en tout cas l’excellence, dans la lignée des grands artistes animaliers du XIXe et du début du XXe siècle, tels Rembrandt Bugatti, François Pompon, Georges Guyot et Albéric Collin. Pratiquement tous les artistes ont d’ailleurs été récompensés des prix Édouard Marcel Sandoz, François Pompon, Rosa Bonheur, Évariste Jonchère, du Salon des artistes français… Ce qui justifie également la mise à l’honneur chaque année d’un sculpteur animalier important pour rappeler les filiations entre les artistes : ce sera cet automne Raymond de Meester de Betzenbroeck (1904-1995). Artiste belge soutenu par le renommé Albéric Collin, il est venu à la sculpture après de longues heures passées au zoo d’Anvers en autodidacte, point commun qu’il partage avec d’autres artistes de cette édition, à savoir Pascale Benéteau, Isabelle Thiltgès, Vassil ou Michel Audiard, ce dernier ayant même créé sa propre fonderie de bronze à la cire perdue, en 1978. Comme si la passion pour l’animal l’emportait à un moment donné, au point de se convertir à l’art et d’abandonner un métier (Savina Gillès de Pelichy était pour sa part investie dans le monde des médias et de la littérature) ou de maintenir deux activités en parallèle : Bertrand Fauconnet est vétérinaire, Patrice Le Hodey est patron du groupe de presse IPM (La Libre Belgique), Christian Laurent est ingénieur et photographie les félins dans la brousse africaine, les cervidés dans les Ardennes belges, les oiseaux au Costa Rica ou encore des chevaux dans les concours de jumping… Voilà un résumé de tous les territoires dont sont originaires les animaux que l’on retrouve, la plupart traduits en bronze  ce qui confirme une véritable tradition du genre , même si «le but est d’arriver, dans les années à venir, à un équilibre entre les différents médiums», promet Philippe Heim. Aujourd’hui, face aux vingt-deux sculpteurs répondent six peintres et quatre photographes, chacun s’attachant à différents aspects de l’animal. Certains saisissent sa puissance (David Hadrien, Vassil), sa fragilité (Sylvie Mangaud, Jean-François Gambino), son mouvement si délicat à retranscrire (Hélène Arfi), ou ses émotions (Christian Laurent) ; d’autres se démarquent par l’obsession du monde subaquatique (Jean-Christophe Grignard), le traitement réaliste des sujets (Damien Colcombet), le jeu des surfaces évoquant les reliefs d’une courbe de niveau (Michel Audiard), la texture ultra-lisse (Michel Bassompierre), les plaques d’acier de Bertrand Fauconnet, qui sont comme autant de touches de peinture, l’utilisation de la dorure à la feuille d’or par Malo A., qui renvoie aux paravents japonais appelés byõbu, ou l’association du bronze et des vitraux pour Isabelle Panélas-Huard. Au-delà des apparences et de l’esthétique, on peut lire certaines œuvres en creux. Les peintures de Sonia Sibet renvoient à son histoire personnelle : de père tutsi et de mère belge, elle poursuit une quête de ses racines en traquant les animaux de la savane, tout en intégrant de façon originale des éléments organiques tels que terres, végétaux et peaux rapportées de ses voyages. L’attitude figée des singes de Florence Jacquesson montre leur incapacité à agir face à l’absurdité des hommes. «Je tente d’interroger mes contemporains sur le devenir des grands singes pensifs, effrayés, consternés de constater les interventions négatives de l’homme sur notre planète», explique-t-elle. L’art animalier est bien vivant et l’engouement des amateurs et collectionneurs témoigne d’un regain d’intérêt pour cette thématique, à travers des œuvres de qualité qui n’ont pas encore atteint les prix des maîtres du début du XXe siècle. Et Bruxelles a tous les atouts pour faire croître ce rendez-vous de la rentrée.

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