Brigitte s’en va-t-en guerre

Le 05 juillet 2019, par Philippe Dufour

Une vente dédiée à l’indétrônable star française va bientôt nous replonger dans les années Bardot. De la photographie de vitrines de cinéma aux sublimes affiches, ces documents retracent la carrière courte mais dense du sex-symbol des sixties.

Lefor Openo, Babette s’en va-t-en guerre, 1959, affiche originale signée par Brigitte Bardot avec un dessin, 156 116 cm.
Estimation : 5 000/10 000 

Le 18 septembre 1959 sort le film du réalisateur Christian-Jaque, Babette s’en va-t-en guerre, avec, en vedette féminine, Brigitte Bardot. Elle y interprète le rôle d’une jeune ingénue, propulsée dans la Résistance depuis Londres. Après un solide entraînement militaire, Babette est parachutée en France, pour séduire le général allemand von Arenberg, et en tirer tous les renseignements nécessaires. Avec force imbroglios comiques, le film rencontre un grand succès, alors qu’il s’agit de l’une des premières comédies sur un sujet sensible ; on y retrouve Francis Blanche, dans le rôle du gestapiste Papa Schulz, et sa mythique «kolossale finesse»… Une affiche audacieuse va l’annoncer : sur un fond rouge, se détache le visage poupin de la star, réduit à une chevelure et une bouche rose bonbon. Il y a aussi ces deux grands yeux noirs, qui sont un peu la marque de fabrique de leur auteur : Lefor Openo. Un curieux pseudonyme, derrière lequel se cachent deux illustratrices travaillant ensemble, Marie-Claire Lefort et Marie-Francine Oppeneau. Ce tandem féminin inhabituel pour l’époque  insufflera son inventivité et sa fraîcheur à l’art de l’affiche des années 1950 et 1960, œuvrant pour des marques prestigieuses telles que Danone, Kodak, Le Printemps, etc. Portant un envoi signé par la star ainsi que sa petite marguerite fétiche , cette affiche de Babette devrait constituer le clou de la vacation niçoise, toute consacrée à l’image démultipliée de Brigitte Bardot.
Et Bardot inventa la femme moderne
Pendant plus de vingt ans, de 1952 à 1973, jamais actrice n’aura été autant photographiée, peinte ou dessinée que notre «BB» nationale. Il faut dire que l’apparition de cette femme-enfant à la moue boudeuse dans le paysage cinématographique de l’après-guerre, compassé, a retenti comme un coup de tonnerre. La dispersion de cet ensemble unique de documents  venus de l’Hexagone, mais aussi du reste du monde , permet de juger de la célébrité grandissante de l’actrice. Et également du rôle qu’elle a pu jouer dans l’évolution de la société de son temps. L’incontournable Et Dieu… créa la femme, réalisé par Roger Vadim en 1956, définit ainsi un nouveau modèle féminin, libre de ses choix et libéré sexuellement. À l’image de son format Cinémascope, une affiche néerlandaise du film, tout en largeur donc, devrait être accessible entre 2 500 et 5 000 €. Une vision sulfureuse que l’on retrouve aussi dans un autre long-métrage de Vadim, Le Repos du guerrier (1962), dont le visuel conçu par le dessinateur Gilbert Allard pourrait avoisiner les 3 000 €. L’année suivante, l’un des ténors de la «nouvelle vague», Jean-Luc Godard, permet à Bardot d’accéder au cinéma d’auteur, avec Le Mépris ; elle y donne la réplique à Michel Piccoli, tour à tour brune ou blonde flamboyante (et apparaissant comme telle sur une épreuve annotée du bon à tirer, estimée 2 500/5 000 €). Jusqu’à son dernier film de 1973, L’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot trousse-chemise de Nina Companeez (prévoir de 600 à 1 200 € pour son affiche), BB jouera de son statut privilégié de sex-symbol. Avant de le mettre, avec passion, au service de la cause animale… 

mardi 09 juillet 2019 - 14:00 - Live
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