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Bram van Velde, la force de peindre

Publié le , par Anne Foster

Loin d’avoir connu un parcours linéaire, cet artiste néerlandais, installé en France, a poursuivi sa quête de la peinture absolue. Cette toile charnière résume la puissance lyrique de son œuvre.

Bram van Velde (1895-1981), Sans titre, Tardais, 1959, huile sur toile, 130 x 195 cm.... Bram van Velde, la force de peindre
Bram van Velde (1895-1981), Sans titre, Tardais, 1959, huile sur toile, 130 x 195 cm.
Estimation : 300 000/400 000 €

© Adagp, Paris 2016-12-05

Détresse… Ce mot semble définir Bram van Velde (1895-1981) : détresse familiale, financière, picturale. Son chemin fut long, ardu, rythmé par des drames personnels, des années de misère et d’angoisse, avant de rencontrer quelques personnes – non des moindres – qui lui reconnaissent du talent, approuvent sa démarche singulière de s’effacer constamment derrière le tableau en cours. Même reconnu, il ne renonça jamais à sa quête de l’idéal «peinture», la représentation du non-dit, de l’ineffable et de l’invisible, dont il a pressenti la présence. «C’est par la misère que j’ai approché la vie», confie l’artiste à Charles Juliet. «La peinture, c’est un œil, un œil aveuglé, qui continue de voir, qui voit ce qui l’aveugle. N’être rien. Simplement rien.» Il lui a fallu du courage, de l’obstination même, pour poursuivre dans cette voie d’effacement devant l’œuvre en train de naître. Apprenti dans un atelier de décoration intérieure, Bram van Velde intéresse le propriétaire, qui l’envoie en Allemagne parfaire son éducation artistique. À Worpswede, communauté de peintres avant-gardistes, il s’ouvre à la modernité. En 1927, il est admis au Salon des indépendants à Paris, où il s’installe. Il opère alors une dispersion de la forme sur la surface de la toile, reconnaît le rôle de la couleur, grâce à l’étude des œuvres de Matisse. Deux ans plus tard, devant des conditions de vie de plus en plus pénibles, il s’installe avec son épouse, Lilly Klöker, à Majorque. À la mort de Lilly, en 1936, il est rapatrié à Marseille puis s’installe chez son frère Geer, peintre également, à Cachan. Il y rencontre sa nouvelle compagne, Marthe, qui l’introduit auprès de Samuel Beckett, ami et soutien fidèle. L’artiste met alors au point son vocabulaire esthétique et plastique. Pendant la guerre, de 1941 à 1945, Bram cesse de peindre. Lorsqu’il bénéficie de sa première exposition personnelle, à la galerie Mai d’Édouard Loeb, il présente vingt-six œuvres remarquables par l’ordonnance des formes et le rythme coloré ; une puissance plastique reconnue dès ces années-là par Jacques Putman. En 1959, Marthe, renversée par une voiture, meurt le 11 août. Le peintre s’installe à Tardais (Eure-et-Loir) chez Putman. Il y crée cette toile magnifique, considérée comme un maillon important dans son œuvre, exposée et reproduite maintes fois depuis. Charles Juliet fait sa connaissance chez cet ami en 1964 et livre, dans Rencontres avec Bram van Velde (réédité chez P.O.L., 1998), une analyse très fine de sa peinture : «Impatiences/ tensions/ repentirs/ une forme cherche à naître/ hésite s’affirme/ cède au doute/ se reprend/ s’altère/ se structure».

Dimanche 11 décembre 2016, Versailles. Versailles Enchères OVV.
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