Black and White à la galerie Chevalier

Le 22 septembre 2020, par Maïa Roffé
Yentele (née en 1974), Legato, broderie de fils et peinture textile sur toile de lin ancien, pièce unique, 2019, 2,15 1,45 m, détail.
© Galerie Chevalier

« Rejetez le noir, et ce mélange de blanc et de noir qu’on nomme le gris. Rien n’est noir, rien n’est gris. Ce qui semble gris est un composé de nuances claires qu’un œil exercé devine », disait Paul Gauguin, champion de la couleur pure. Pas de gris ici, mais bien des contrastes de noir et de blanc, un ensemble manichéen d’œuvres tissées ou nouées réunies à la galerie Chevalier pour son exposition de rentrée : « Black and White ». Complices, Céline Letessier et sa sœur Amélie-Margot Chevalier font dialoguer avec bonheur des tapisseries modernes, des tapis contemporains et des créations textiles en noir et blanc dans leur espace parisien. Autour d’une Savonnerie dessinée par le créateur Nicolas Aubagnac, nouée à la main en Iran pour la maison d’édition Parsua, ont pris place une tapisserie de lice géométrique créée par la plasticienne Aurélie Mathigot et une tapisserie d’Aubusson composée par l’artiste Mathieu Matégot, pluie de lettres en hommage au poète persan Omar Khayyâm. Il est ici question d’écriture, et même de réécriture, avec la remarquable série Palimpseste de l’artiste Yentele, qui peint au sol des toiles de lin anciennes marquées par la rouille avec une brosse teinte d’un mélange de peinture pour tissu, d’acrylique et d’encre de Chine. L’artiste arabisante et musicienne porte le surnom yiddish de sa grand-mère brodeuse, qui lui a transmis son talent. Elle appose donc ensuite sur ses toiles peintes en noir de vives broderies de fils rouges, jaunes ou bleu canard. Le geste est présent aussi dans la tapisserie d’Aubusson Mélodie en sous-sol de Jean-René Sautour-Gaillard, marquée par une forme d’abstraction lyrique. Abstraction qu’on retrouve dans la tapisserie minimaliste du lissier Bernard Battu, d’après un carton du peintre Jean Fourton. Seule dénote dans ce concert de lignes – qui fait la part belle à deux tapisseries créées d’après des encres sur papier du plasticien Philippe Hiquily – la représentation textile d’un oiseau par l’artiste Mathieu Ducournau.

Galerie Chevalier,
25, rue de Bourgogne, Paris 
VIIe, 01 42 60 72 68.
Jusqu’au 10 octobre 2020.
www.galerie-chevalier.com
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne