Gazette Drouot logo print

Björn Dalhström, directeur du Nouveau Musée national de Monaco

Publié le , par Christophe Averty

Le nouveau directeur des villas Sauber et Paloma à Monaco entend valoriser la place et l’histoire de la Principauté dans la culture méditerranéenne. Une aspiration fondée sur une vision dépolarisée du monde.

Björn Dalhström, directeur du Nouveau Musée national de Monaco
Photo Michael Alesi

Casablanca, Paris, New York, Luxembourg, Cape Town, Marrakech, Médan… l’itinéraire sans frontière de Björn Dahlström tient presque d’un manifeste. Historien de l’art, diplômé de l’École du Louvre, créateur de cinq institutions muséales, le directeur du Nouveau Musée national de Monaco (NMNM) a succédé à Marie-Claude Beaud, en mettant à profit une pratique cosmopolite et une approche transversale de l’histoire et de la création.
De l’ethnographie à la mode, de l’histoire politique à l’art contemporain, vous avez conduit des projets très différents. S’inscrivent-ils dans l’orientation que vous impulsez au Nouveau Musée national de Monaco ?En 2000, tandis que j’achevais à New York l’inventaire de la collection de Bob Wilson au Watermill Center, Marie-Claude Beaud, s’attelant alors à la préfiguration du musée d’Art moderne du Luxembourg, m’a demandé de la rejoindre. Dès lors, j’ai travaillé et me suis formé à son côté, pendant sept ans, en conduisant la programmation contemporaine du Mudam. La 50e Biennale de Venise nous a confortés dans notre engagement, en récompensant d’un Lion d’or la plasticienne luxembourgeoise Su-Mei Tse. En fait, Bob Wilson et Marie-Claude Beaud m’ont insufflé une approche décloisonnée des disciplines qui, depuis, imprime toutes mes missions. C’est ainsi que j’ai rejoint en Afrique un groupe de chercheurs et de curateurs réunis autour de l’équipementier Puma, qui souhaitait développer sa politique de mécénat dans le champ de l’art actuel et renforcer les réseaux permettant de promouvoir la scène africaine. Cette expérience a abouti à la fondation, au Cap, du Zeitz Museum of Contemporary Art Africa. Dans un tout autre registre, à la demande de la fondation Majorelle et de Pierre Bergé, la création du musée des Arts berbères puis la maîtrise d’ouvrage du musée Saint Laurent à Marrakech, la restauration à Médan de la maison d’Émile Zola et la préfiguration du musée Dreyfus, ou encore la mise en œuvre du musée Saint Laurent à Paris, sont autant d’entreprises qui m’ont offert souplesse et adaptabilité pour nourrir aujourd’hui mon projet pour Monaco.

 

Marcel Duchamp (1887-1968), Obligation de cinq cents francs (n° 27), 1924, collage avec photographie de Man Ray sur une lithographie, 31 x
Marcel Duchamp (1887-1968), Obligation de cinq cents francs (n° 27), 1924, collage avec photographie de Man Ray sur une lithographie, 31 19,5 cm (détail), collections de S.A.S. le Prince de Monaco.
© G. Moufflet - Archives du Palais princier de Monaco © Association Marcel Duchamp / Adagp, Paris 2022

Sur quels axes votre action se fonde-t-elle ?
Par une approche transversale et transdisciplinaire, il s’agit de faire dialoguer patrimoines ancien et contemporain. Les collections, extrêmement diverses, du musée monégasque comptent environ 10 000 œuvres et objets datant du XVIIe siècle à nos jours. Nous conservons notamment un dépôt considérable de maquettes de décors et de costumes des Ballets de Monte-Carlo, issu de la Société des bains de mer, ainsi que d’importants ensembles d’automates et de poupées anciennes provenant de la collection Galéa. Ce sont autant de marqueurs de l’identité de la Principauté, que nous mettons en regard de thématiques développées par des artistes d’aujourd’hui, liées à la représentation du corps et à la performance. L’ensemble de 850 œuvres et installations contemporaines réunies depuis 2013 en est l’expression continue. Les artistes que nous suivons dans leur production, tels Saâdane Afif, Mark Dion, Latifa Echakhch, Nick Mauss ou Michel Blazy, en forment le socle. Ouvertes sur les grandes problématiques de notre époque, les œuvres contemporaines entrent en résonance avec les collections plus anciennes. Dans un même jeu de miroir, nous mettons l’accent sur nombre de personnalités artistiques qui marquent ou ont marqué l’histoire et l’aura de Monaco. Ce patrimoine, à l’instar du fonds Kees Van Dongen, enrichi récemment d’une nouvelle acquisition, constitue l’un des axes développés. C’est pourquoi, afin de souligner la diversité et la spécificité des collections nationales, hormis les prêts et la mise en ligne des œuvres, nous travaillons à l’extension et au réaménagement des espaces d’exposition, qui devraient s’achever dans trois ans. Il y a à Monaco une volonté de mettre en place un équipement ambitieux, fondé sur une programmation internationale. L’enjeu, le propos et probablement la marque de fabrique des villas Sauber et Paloma résident dans cette proposition d’explorer le patrimoine, dans une perspective contemporaine et par la valorisation d’un ancrage méditerranéen, qui a modelé l’identité de cet État.
Comment se concrétisent ces aspirations  ?
Les deux expositions présentées actuellement villa Sauber et villa Paloma en sont l’illustration. La première, «Monaco-Alexandrie, le grand détour», explore le mouvement surréaliste en Égypte. Or, en proposant un tour d’horizon émaillé d’œuvres, notamment, de la riche collection May Moein Zeid & Adel Youssry Khed du Caire, conjuguées à celles que nous conservons de Marcel Duchamp à André Lhote, cette exposition porte un regard dépourvu des préjugés occidentaux, décentré de la vision européenne habituellement portée sur le monde arabe. Ce rapprochement inédit de «villes-mondes», Monaco et Alexandrie, orchestré par Morad Montazami et Madeleine de Colnet, s’attache également à montrer un féminisme exprimé avec force au sein du mouvement surréaliste, par des artistes telles que Valentine de Saint-Point, Joyce Mansour ou Anna Boghiguian. Dans le prolongement de cette réflexion, l'exposition «Tremblements», telle une fenêtre ouverte, présente, à l’aune des événements qui agitent la planète, les récentes acquisitions du musée. De l’installation Alien de la Sud-Africaine Candice Breitz au film The White Album de l’Américain Arthur Jafa, acquis en 2021, dix-sept artistes de tous horizons, réunis par Célia Bernasconi, sondent nos sociétés globalisées et fracturées en s’appuyant sur les représentations du corps : une réflexion humaniste et crue soulignant la dépolarisation du monde dans lequel nous vivons.

 

La villa Paloma, Nouveau Musée national de Monaco. © NMNM - Sidney Guillemin 2014
La villa Paloma, Nouveau Musée national de Monaco.
© NMNM - Sidney Guillemin 2014

De quelle manière poursuivrez-vous cette ligne duelle et de complémentarité ?
Une même logique imprime la programmation. En témoignent les prochaines expositions d’été : «Christian Bérard, excentrique Bébé» et «Newton Riviera». Ces deux personnalités, l’une historique et l’autre plus contemporaine, l’une liée aux Ballets russes de Monte-Carlo et au monde du spectacle, l’autre, grand photographe de mode, ont marqué la cité par leur présence et leur production. Mais au-delà, ce qui sous-tend cette politique est la recherche constante d’un point d’équilibre entre les différents patrimoines monégasques, artistique, botanique, historique et contemporain, afin d’offrir une approche désegmentée et ouverte de l’histoire de l’art. Monaco est un lieu idéal pour ce type de propositions alternatives.
Voyez-vous dans votre mission une dimension conservatoire ?
Il y a ici actuellement un frémissement sensible où tous les acteurs, musées, collectionneurs, mécènes, marchands, lieux de production, ont un rôle essentiel à jouer. L’arrivée par exemple à l’École supérieure d’art plastique de Monaco de Thierry Leviez, ancien responsable des expositions aux Beaux-Arts de Paris, en est un indicateur, propice à l’émulation et à l’inscription de la Principauté dans une dynamique de création artistique. L’élargissement des espaces d’exposition s’accompagne d’ailleurs d’un projet de résidences nous permettant d’accueillir artistes de renom et émergents. Ainsi, par ces impulsions, le NMNM affirme une diversité culturelle inhérente à l’identité du territoire et un engagement ouvert, innovant et alternatif dans son approche du monde d'aujourd'hui.

 

à voir
«Monaco-Alexandrie, le grand détour. Villes-mondes et surréalisme cosmopolite»,
villa Sauber, 17, avenue Princesse Grace, tél. : +377 98 98 91 26.
Jusqu’au 2 mai 2022

«Tremblements. Acquisitions récentes du Nouveau Musée national de Monaco»,
villa Paloma, 56, boulevard du Jardin Exotique, tél. : +377 98 98 48 60.
Jusqu’au 15 mai 2022
www.nmnm.mc
Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne