Biens terrestres pour accompagner dans l’au-delà

Le 29 septembre 2017, par Anne Foster

Giancarlo Ligabue (1931-2015), paléontologue renommé, va au cours de ses voyages réunir des objets archéologiques. Notamment de l’Égypte des pharaons.

Égypte, Moyen Empire (vers 2033-1786 av. J.-C.). Groupe représentant un magasin animé par le propriétaire ou le superviseur, assis sous une cabine, deux hommes portant sur leur dos des sacs de céréales, un autre face à un tonneau et un scribe assis enregistrant l’entrée des provisions, bois stuqué polychrome, 18 x 43 x 36,5 cm.
Estimation : 20 000/30 000 €

Traversant les terres arides de l’Égypte, le Nil, chaque année, déverse lors de sa crue un fertile limon. Il a permis le développement de l’agriculture, comme l’a remarqué Hérodote : «Quand le fleuve est venu de lui-même arroser leurs champs et, sa tâche faite, s’est retiré, chacun ensemence sa terre et y lâche les porcs : en piétinant, les bêtes enfoncent dans la terre le grain et l’homme n’a plus qu’à attendre la moisson.» (L’Enquête, livre II, 14). Source de vie, il tient une place centrale dans la société, assurant la nourriture de la population, la richesse des dirigeants, les offrandes aux dieux. Le défunt, pour prolonger son existence dans l’au-delà, ne manque donc pas de s’entourer d’objets qui l’approvisionneront au royaume des morts. Comment pourrait-il se passer de pain, de légumes et de fruits, de bière ? Toute sa vie, il a honoré Nepri, incarnation du grain, Renenoutet, déesse des moissons, et fait ses dévotions à Osiris lors des festivités de Khoiak, mois qui correspond au dernier de l’inondation. Il met au point le décor de son tombeau : les peintures murales évoquent les activités des paysans et des commerçants ainsi que les devoirs rituels ; le mobilier funéraire comprend notamment des maquettes de grenier, une caractéristique du Moyen Empire. Grâce à cette croyance d’une vie bien réelle après son décès, de nombreuses réductions de boulangerie, de brasserie, de scènes de labour, nous offrent une immersion dans la vie quotidienne de l’Égypte antique. Le trousseau funéraire nous semble si vivant, avec des armées de serviteurs, les oushebtis, et des petites figurines prenant place dans différentes maquettes. Par exemple, le nombre de participants impliqués dans l’activité d’un lieu peut considérablement varier, associant contremaître, scribe-comptable et porteurs de sacs de céréales. D’autres sont liés aux tâches agricoles comme le labour, et de transformation des produits des récoltes en pains et bière, pour laquelle il faut fabriquer des filtres à boire et des caisses. Leur seul but ? Donner au défunt l’accès à la nourriture divine, en particulier au Champ des Souchets et à celui des Offrandes, situés à proximité de l’horizon oriental du ciel, que Râ franchira entre «les deux sycomores de turquoise» qui le bornent. Selon le chapitre 110 du Livre des morts, chacun d’eux souhaite «rejoindre le Champ des Souchets, séjourner dans le Champ des Offrandes, (…) en disposer, y être glorifié, y labourer, y moissonner, y manger, y boire, y faire l’amour, (bref) faire tout ce que l’on a coutume de faire sur terre».

mercredi 18 octobre 2017 - 14:30 - Live
Salle 4 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Binoche et Giquello
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