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Biennale de Venise : mais où est passé le yacht d’Abramovitch ?

Publié le , par Vincent Noce

Le 20 avril, Venise accueillera ses premiers invités de la presse internationale en préliminaire de la 52e Biennale. Ces Olympiades des arts attendaient une véritable renaissance après l’éprouvante crise du Covid et une précédente édition plutôt décevante. Des figures de premier plan ont prévu d’importants événements, tels...

Biennale de Venise : mais où est passé le yacht d’Abramovitch ?
© Wikipedia commons

Le 20 avril, Venise accueillera ses premiers invités de la presse internationale en préliminaire de la 52e Biennale. Ces Olympiades des arts attendaient une véritable renaissance après l’éprouvante crise du Covid et une précédente édition plutôt décevante. Des figures de premier plan ont prévu d’importants événements, tels Anish Kapoor, premier Britannique invité à tenir une exposition personnelle aux Gallerie dell’Accademia, ou Anselm Kiefer, chargé d’investir le palais ducal. En invoquant Leonora Carrington comme figure tutélaire, outre l’hommage maintenant rituel rendu aux femmes, les organisateurs ont choisi un témoignage sensible, tant son œuvre s’entrecroise avec une vie de lutte contre l’oppression et les malheurs de la guerre. Incidemment, il pourrait être utile de rappeler que cette poétesse et peintre à l’esprit toujours aiguisé n’aimait guère se faire appeler «femme artiste». Et qu’elle n’a jamais été «oubliée» de l’histoire du surréalisme, pour citer un autre cliché trop facilement repris par les médias. Mais l’esprit n’est pas à la fête. La Biennale s’ouvre sous le signe inattendu d’une guerre en Europe, alourdi par la menace du recours aux armes chimique et nucléaire. Pour ne rien arranger, un journal local, Il Gazzettino, vient annoncer les débuts de «la cinquième vague de l’épidémie en Vénétie», laissant craindre un supercluster d’omicron se répandant parmi la foule pressée dans les pavillons. Le montage de certaines expositions a été singulièrement compliqué par les perturbations dans les transports routiers et aériens en Europe de l’Est et en Asie. L’Arsenal accueille une dizaine d’installations de l’Albanaise Lumturi Blloshmi, décédée en 2020 des suites du Covid. Pour la première fois, les États-Unis seront représentés par une artiste noire, Simone Leigh, et la France par la descendante d’une famille algérienne, Zineb Sedira. Originaire de la Barbade, Alberta Whittle viendra d’Edimbourg avec une œuvre qui entend évoquer les défis de la santé publique, de l’environnement, du racisme et du colonialisme, l’un des signes de l’engouement pour des événements «multimédias et multisensoriels» rendant compte de cette angoisse diffuse. Le pavillon russe est bel et bien fermé.

Les super yachts des grandes fortunes russes avaient fini par faire partie du paysage de la Biennale

Il y a également fort peu de chance qu’un des deux super yachts de Roman Abramovitch ne revienne des eaux du Monténégro pour se garer devant les giardini. Avec leurs gardes armés surveillant le ponton, ces monstres, hauts de huit niveaux, aux vitres blindées, ont fini par faire partie, avec quelques homologues, du paysage de la Biennale. À eux deux, ils valent près d’un milliard et demi d’euros, avec leur mini sous-marin, leur hélicoptère et leur système de défense antimissiles, sans compter bien sûr gymnase, court de tennis, piscine, jacuzzi et night-club, où les journalistes appréciaient bien de se faire inviter pour des fêtes de circonstance, sans se poser alors trop de questions. Champagne, parfois coke, et quelquefois aussi filles : festif ou pathétique, selon le point de vue, cet esprit des Années folles aux quatre coins de la planète a accompagné l’essor fabuleux de l’art contemporain. Assorti de l’affichage indécent de fortunes immenses aux sources parfois obscures, il va avoir du mal à survivre aux nouvelles terrifiantes venues chaque jour d’Ukraine et à la menace que fait planer la Russie sur les démocraties. Un retour de gravitas ne serait pas forcément une mauvaise nouvelle pour l’art vivant, s’il l’allégeait de cette écume grise de superficialité. Et si les artistes parviennent à répondre de cette époque troublée, tout en la transcendant pour nous émouvoir et inscrire leur création dans la postérité.
 

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