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Besançon retrouve ses couleurs

Le 06 décembre 2018, par Claire Papon

Après quatre ans de fermeture, le musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon rouvre ses portes. Cette ancienne halle aux grains, revisitée par un collaborateur de Le Corbusier et tout juste rénovée, accueille une collection aussi riche que variée.

Besançon retrouve ses couleurs
Vue intérieure du musée réaménagé par Adelfo Scaranello.
© Yohan Zerdoun


Impossible de le manquer : le bâtiment de pierre blanche s’impose sur la place de la Révolution, lieu incontournable de la vie bisontine. Sur sa façade, un cadran monumental rappelle la tradition horlogère de la ville et une grande toile, associant détails de tableaux anciens et habitants d’aujourd’hui, donne vie à l’édifice à la nuit tombée  une jolie façon de rappeler les chefs-d’œuvre du musée. Le destin international de Besançon et son rattachement assez tardif à la France (en 1678) expliquent en partie le nombre d’œuvres majeures provenant d’écoles étrangères, signées des plus grands noms du XIVe au XVIIe siècle, en sa possession. Discrètement lovée dans une boucle du Doubs, la capitale de la Franche-Comté abrite également un patrimoine architectural considérable et plus de deux cents monuments historiques. Sans oublier un sous-sol à faire pâlir d’envie les archéologues : plus de deux cents mosaïques romaines ont été mises au jour depuis le XVIIIe siècle ! La ville peut aussi s’enorgueillir de posséder le plus ancien musée de France, ou du moins la plus ancienne collection publique, suite au legs de l’abbé Boisot en 1694. Un siècle avant le Louvre… L’homme d’Église tient l’essentiel de ses œuvres de la puissante famille des Granvelle : Nicolas, fondateur de la dynastie, était le chancelier et l’homme de confiance de Charles Quint, son fils Antoine, le Premier ministre des Pays-Bas espagnols et vice-roi de Naples. Il exige que les œuvres léguées soient montrées au public deux fois par semaine : une première ! En 1819, Pierre Adrien Pâris, architecte de Louis XVI, cède à son tour 183 dessins, 38 peintures, des objets d’art rapportés d’Italie, des vestiges archéologiques étrusques et romains. En 1894, Jean Gigoux, peintre et lithographe originaire de Besançon, donne à sa mort 3 000 dessins et 460 tableaux dont des Bellini, Tintoret, Titien, Cranach, Goya ou Ingres. Puis, en 1963, George Besson  critique d’art, éditeur, membre du parti communiste  et son épouse lèguent les œuvres qu’ils ont acquises ou reçues en cadeau, soit 112 peintures et 220 dessins ou aquarelles. Avec cette condition : qu’ils soient présentés en permanence dans des salles dédiées.
 

Bronzino, Déploration sur le Christ mort, 1543-1545, huile sur bois, musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon (détail).
Bronzino, Déploration sur le Christ mort, 1543-1545, huile sur bois, musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon (détail).© Pierre Guéna


De Marnotte à Miquel
La halle aux grains, construite par Pierre Marnotte en 1843 et reconvertie deux ans plus tard en musée, n’est plus vraiment adaptée pour leur servir d’écrin. Le Corbusier est alors sollicité pour la réaménager, mais il décline l’offre, trop absorbé par ses projets à Chandigarh, en Inde. L’architecte retenu, Louis Miquel (1913-1986), a été son élève et l’un de ses collaborateurs au milieu des années 1930 à Paris. Mais c’est à Alger que se trouvent plusieurs de ses réalisations au début des années 1960, notamment l’Aéro-habitat. S’appuyant sur le concept de musée à croissance illimitée de Le Corbusier, il imagine un lieu avec une rampe rectiligne et non hélicoïdale, lieu de promenade architecturale et d’exposition, et des murs de béton coffré dont l’opacité contredit les larges baies vitrées et les arcs en plein cintre chers à Marnotte  une modernité sans pareil en ces années 1970. Mais, en 2014, le musée ferme ses portes : le bâtiment s’est dégradé, le parcours muséographique est devenu obsolète. Un grand ménage s’impose, qui débute en octobre de l’année suivante. Le musée est vidé de ses collections qui prennent le chemin des réserves. Objets et tableaux sont collationnés, un millier d’œuvres sont restaurées. La rénovation est confiée à Adelfo Scaranello. L’architecte a conçu le musée de l’Abbaye à Saint-Claude et a signé la réalisation du musée Camille-Claudel à Nogent-sur-Seine. À Besançon, il choisit de garder le béton, comme un objet à exposer, avec ses inscriptions, ses trous et ses irrégularités. Il retravaille les plafonds pour permettre à la lumière naturelle d’entrer sans nuire à la conservation des œuvres, il ouvre les fenêtres sur les rues alentour et gagne 1 500 mètres carrés de surface d’exposition pour une superficie accessible au public de 3 600 mètres carrés. Un peu plus de 11 millions d’euros ont été nécessaires pour rénover l’établissement.
Cranach, Vouet, Goya, Bonnard…
Difficile de ne pas être impressionné par l’architecture minimaliste du lieu et, bien sûr, par ses collections. Avec ses 6 000 dessins, le musée des beaux-arts et d’archéologie possède l’une des plus importantes collections d’art graphique en France. 40 % des œuvres présentées, dont une trentaine ont été acquises pendant la fermeture sont, selon le musée, inédites. Le parcours, chronologique, débute avec l’archéologie. Ici, les antiquités sont étrangères  méditerranéennes et égyptiennes  mais aussi régionales. Un double sarcophage et une momie de Séramon de la XXIe dynastie voisinent avec un taureau à trois cornes  véritable chef-d’œuvre du musée , découvert en 1756 à Avrigney (Haute-Saône) par un cultivateur. L’animal, en étain, cuivre et plomb, est daté du Ier siècle apr. J.-C., mais il obéit aux canons de l’art classique gréco-romain. Passé par la collection du cardinal de Choiseul, l’objet de culte est acquis en 1842 par la ville de Besançon pour 20 000 francs or, une fortune à l’époque. L’autre point fort est une mosaïque de la seconde moitié du IIe siècle, mettant en scène Le Triomphe de Neptune. Découverte en 1974 à l’occasion de travaux au collège Louis-Lumière, elle faisait partie d’un vaste ensemble ornant la pièce de réception d’une villa. Du côté des beaux-arts, répartis en une quarantaine de sections, le parcours débute par une galerie de portraits, peints et sculptés, des principaux donateurs. Il se poursuit chronologiquement, du XVIe au début du XXe siècle, les tableaux, présentés par école, foyer ou iconographie (villes en flamme, natures mortes, Vierges à l’Enfant, etc.), dialoguant avec de précieuses terres cuites, des bronzes et des chinoiseries de François Boucher. Parmi les fleurons, citons deux huiles sur bois de Lucas Cranach, Adam et Ève (vers 1510), qui frappent par la pose du couple originel dont les silhouettes se détachent sur un fond noir. Un grand triptyque (vers 1535) de Bernard Van Orley acquiert toute sa force sur les murs de béton, tout comme une composition de Simon Vouet, Les Anges portant les instruments de la Passion (1625), fragment d’une fresque réalisée par l’artiste à Rome pour le pape Urbain VIII. Comment ne pas voir, dans La Déploration sur le Christ mort de Bronzino, un parfait exemple du maniérisme toscan ? Le tableau fut offert à Nicolas de Granvelle en 1545 par Cosme de Médicis. Prêtée au palais Strozzi de Florence (voir Gazette n° 1, page 139 Redécouvrir le cinquecento), l’œuvre vient tout juste de réintégrer son écrin bisontin. Deux petits panneaux exécutés vers 1800 par Goya sont de parfaits exemples de virtuosité macabre. Avec ses Cannibales dépeçant leurs victimes, on ignore si l’artiste a voulu représenter un fait réel ou une variation sur le thème du sauvage… Un Portrait d’homme en Oriental (1817) de Théodore Géricault témoigne de la fascination de l’époque pour l’Orient. Longtemps considéré comme un portrait du domestique turc de l’artiste, il s’agit en réalité de celui d’un Européen costumé à l’orientale, même si le contraste frappe entre le regard mélancolique du modèle et son visage volontaire. Dans le registre des collections d’art moderne enfin, place à la donation George Besson. Deux artistes donnent clairement le ton : Paul Signac et Georges Seurat. Mais on s’arrêtera sans hésiter devant deux grands tableaux de Pierre Bonnard  ami intime des Besson , des paysages d’Albert Marquet et de Jean Puy, des nus de Marcel Gromaire et de Félix Vallotton, dont une Baigneuse assise sur un rocher (1910) illustre l’intérêt de l’artiste pour le Bain turc d’Ingres. Autant de bonnes raisons d’aller à Besançon.


 

Félix Valloton (1865-1925), Baigneuse assise sur un rocher, huile sur toile, musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon.
Félix Valloton (1865-1925), Baigneuse assise sur un rocher, huile sur toile, musée des beaux-arts et d’archéologie de Besançon.© Charles choffet

à voir
«Maîtres carrés. Marnotte et Miquel au pied du mur», musée des beaux-arts et d’archéologie,
1, place de la Révolution, Besançon, tél. : 03 81 87 80 67.
Jusqu’au 14 avril 2019.
www.mbaa.besancon.fr


 


 

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