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Bâton créateur et protecteur

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Un artefact océanien frappait au plus haut, suivi par des regalias lubas du Congo.

Rarotonga, îles Cook, XVIIIe siècle. «Dieu-bâton» atuarakau, bois de fer, 9,5 x 88,9 x 5,1 cm.... Bâton créateur et protecteur
Rarotonga, îles Cook, XVIIIe siècle. «Dieu-bâton» atuarakau, bois de fer, 9,5 88,9 5,1 cm.
Adjugé : 232 380 

Les îles Cook portent le nom d’un vaillant navigateur qui n’a pourtant jamais visité la plus grande d’entre elles, Rarotonga. C’est de cette terre du Pacifique que provient ce «dieu-bâton», sculpté dans un bois de fer — particulièrement dur et au grain très fin — de quatre groupes de figures miniatures, et terminé par un phallus. Les missionnaires de la London Missionary Society, arrivés dans les années 1820, sont les premiers à documenter les traditions des îliens. Mais ils sont là pour convertir les natifs et non pour les comprendre, et vont brûler la plupart des sculptures idolâtres. Quelques bâtons vont tout de même échapper à la destruction, emportés en Angleterre ou préservés par les habitants, mais ces rares exemplaires ont tous perdu l’écorce de tapa enroulée autour de leur partie médiane. Celle-ci est un élément important commun à toute la Polynésie, où elle représente le pouvoir et l’âme des dieux, d’où la puissance symbolique de ces objets liés au dieu créateur Tangaroa. Doté de toute cette force, ce spécimen collecté en Australie dans les années 1860 frappait 232 380 €. Venait ensuite et à 117 000 € une hache (h. 38 cm) de prestige des Lubas, en bois, fer et laiton. Elle aussi avait une traçabilité qui remontait au XIXe siècle, depuis sa collecte par le commandant Charles Liebrechts (1858-1938) en 1881. Il s’agit d’un ouvrage d’un très grand raffinement, une pièce régulièrement exposée et largement publiée. Pour ce peuple de la République démocratique du Congo, les objets en métal renforcent l’autorité du roi sur les plans économique comme relationnel, et la femme – la tête de cette hache étant féminine – est à la fois réceptacle et lien avec le pouvoir spirituel. L’art luba est d’une vraie délicatesse, tout en courbes et volumes harmonieux, caractéristiques qui se retrouvaient sur un porte-flèches (h. 38 cm) lancé à 39 000 €. Il s’agit là encore d’un objet de haut rang, évoquant en même temps l’accessoire indispensable au chasseur, une pièce royale sortie lors des cérémonies et une métaphore du pouvoir suprême par son rôle de relais de la terre au monde des esprits. Le masque tatanua en bois, plume et coquillage (h. 51 cm) de Nouvelle-Irlande ornant la page 69 de la Gazette n° 44 (voir l'article Collection Sam et Lilette Szafran) ne trouvait pas preneur. De la collection Sam et Lilette Szafran, les deux pièces les plus demandées étaient à 14 950 € un fétiche (h. 22 cm) sundi du Congo, figurant un personnage féminin dont les bras se rejoignent sur le ventre, et une échelle (h. 250 cm) dogon du Mali, dont les six marches étaient gravies à 13 780 €.

vendredi 17 décembre 2021 - 15:00 (CET) - Live
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