Gazette Drouot logo print

Avec Paris+, la capitale française nouvel épicentre de l’art en Europe 

Publié le , par Annick Colonna-Césari

La FIAC, Foire internationale d’art contemporain, incontournable rendez-vous automnal, a été détrônée par Paris + . Déclinaison française d’Art Basel, cette nouvelle manifestation, enflamme la capitale et renforce le rayonnement de la place parisienne.

Nathanaëlle Herbelin (née en 1989), La Conférence des oiseaux de Paris et de sa banlieue,... Avec Paris+, la capitale française nouvel épicentre de l’art en Europe 
Nathanaëlle Herbelin (née en 1989), La Conférence des oiseaux de Paris et de sa banlieue, 2018, huile sur toile, 160 180 cm. Galerie Jousse Entreprise. 
COURTESY DE L’ARTISTE ET DE LA GALERIE JOUSSE ENTREPRISE, PARIS

Habituellement, vers le 20 octobre, les amateurs d’art ont les yeux rivés sur la FIAC. Mais cet automne, en lieu et place de la Foire internationale d’art contemporain, flotte une nouvelle bannière : « Paris+ par Art Basel ». Ce changement résulte d’un appel d’offres, lancé en décembre 2021 par la Réunion des musées nationaux, gestionnaire du Grand Palais. L’établissement public avait en effet pour la première fois, et à la surprise générale, mis en concurrence le créneau qu’il réservait jusqu’alors à la FIAC. Et c’est ainsi que ce fleuron parisien, propriété de RX France, filiale d’un groupe anglo-néerlandais, a été évincé au profit du suisse MCH, société mère des foires Art Basel de Bâle, Miami et Hong Kong. Selon les termes de l’accord, signé pour sept ans, Paris+ occupe donc d’abord le Grand Palais Éphémère, pendant la durée des travaux du Grand Palais, puis, à partir de 2024, à leur achèvement, investira la nef du prestigieux écrin…
La place parisienne de plus en plus attractive
Du côté des marchands français, l’annonce avait semé la stupéfaction, mêlée à une profonde inquiétude, particulièrement pour les petites et moyennes structures, qui craignaient d’être mises sur la touche. L’excitation a toutefois vite pris le dessus : « Sans doute parce que Paris + est la première foire internationale parisienne post-Covid qui devrait se dérouler dans des conditions normales, sans obligations sanitaires ni restrictions de déplacement», analyse Martin Brémond, directeur senior d’Almine Rech. C’est bien sûr aussi « le début d’une aventure, s’enthousiasme le galeriste Christophe Gaillard, car Art Basel possède une force de frappe formidable ». « Une manifestation d’une telle notoriété ne peut qu’être bénéfique », acquiesce Marion Papillon, présidente du Comité professionnel des galeries d’art (CPGA). « D’ailleurs, en ce moment, les regards sont braqués sur Paris », ajoute-t-elle. Le CPGA avait de toute manière rapidement engagé le dialogue avec Marc Spiegler, patron du géant helvétique, lequel s’était montré rassurant. « On ne veut pas renverser la table et rompre une dynamique qui existait », avait-il déclaré au quotidien Le Monde. Effectivement, alors que Londres, empêtrée dans le Brexit, perdait de sa superbe, la Ville lumière bruissait d’un souffle nouveau. Pour preuve : ces dernières années, son offre culturelle, déjà pléthorique, s’est notamment enrichie d’influents musées privés, de la Fondation Vuitton à la Bourse de Commerce de François Pinault, tandis que la FIAC montait en gamme, sous la houlette de Jennifer Flay. Et au milieu de cette effervescence, plusieurs galeries étrangères majeures ont implanté des antennes, à l’instar de David Zwirner et White Cube, de Mariane Ibrahim et Cécile Fakhoury. Un mouvement qui se poursuit en cette rentrée, avec l’installation de la Berlinoise Esther Schipper, du Zurichois Peter Kilchmann, des Luxembourgeois Nordine Zidoun et Audrey Bossuyt, avant celle du poids lourd helvétique Hauser & Wirth, programmée début 2023. L’arrivée de Paris+ confirme bien cette attractivité. « Nous profitons de ce moment parisien », résume joliment Clément Delépine, son directeur, ancien coresponsable de la foire Paris Internationale. « Paris est en train de devenir le nouveau Londres », se réjouit même Georges-Phillipe Vallois, président d’honneur du CPGA.
Continuité et excellence
L’aura de la « marque » Art Basel s’est d’emblée mesurée à l’afflux des candidatures. 729 dossiers (dont 250 concernant le secteur des galeries émergentes) ont été reçus, soit deux ou trois fois plus qu’habituellement. Conséquence : la sélection a été plus drastique que jamais. En 2021, à son départ du Grand Palais, la FIAC avait perdu un tiers de sa superficie et resserré la liste de ses exposants, passés de 190 à 160. L’édition inaugurale de Paris+ en compte quatre de moins. « Nous avons redessiné le plan de manière à avoir des stands plus homogènes, de 25 à 66 mètres carrés, explique Clément Delépine, et nous avons repositionné le secteur émergent dans le parcours, plutôt que dans l’extension, pour lui apporter de la visibilité. » Au comité de sélection, on s’est arraché les cheveux. « Il a fallu éliminer des galeries, déplore Georges-Philippe Vallois, l’un de ses membres, non du fait de leur qualité mais pour une question d’équilibre. Une foire doit refléter les différentes tendances de la création, art moderne et actuel, art brut ou art contemporain africain… » En tout cas, conformément aux engagements de Marc Spiegler, la manifestation n’a pas subi de bouleversement. Dans l’équipe de direction ont été habilement nommées des figures françaises reconnues. Le quota des enseignes hexagonales (autour de 30 %) a, lui, été respecté, atteignant même un taux plus élevé que d’ordinaire (38 %), si l’on intègre les galeries étrangères disposant d’un espace parisien « Dès le début, commente Clément Delépine, MCH avait la volonté d’ancrer Paris+ dans son contexte géographique, pour développer une identité spécifique. » Autrement dit, les habitués de la FIAC ne seront pas surpris en sillonnant les allées du Grand Palais Éphémère. Ils croiseront les incontournables Perrotin, Templon, Obadia, Mennour, Lelong, Ceysson & Bénétière, Applicat-Prazan ou encore Thaddaeus Ropac et Gagosian. C’est dans le contingent international que s’est opéré le plus important renouvellement : beaucoup de marchands, déjà clients d’événements siglés Art Basel et qui ne participaient pas ou plus à la FIAC, ont cette fois postulé. À commencer par des pointures nord-américaines comme Peter Freeman, Matthew Marks, Acquavella ou Greene Naftali. Les galeristes français redoutaient également une hausse des tarifs, qui ont au final augmenté de seulement 6 %, oscillant de 580 à 730 € le mètre carré. Une hausse légère justifiée par l’introduction de services que n’incluait pas l’ancienne foire, à savoir la plateforme digitale, OVR (Online viewing room) et les prestations d’une trentaine de VIP chargés de battre le rappel des collectionneurs aux quatre coins du monde. Bref, vu sous le prisme hexagonal, « Paris+ représente le changement dans la continuité », plaisante Isabelle Alfonsi, codirectrice de la galerie Marcelle Alix. Avec ce « + » qu’incarne l’excellence suisse. Au bout du compte, malgré le contexte politique mondial, l’optimisme semble régner, d’autant que depuis le début de l’année 2022, le marché résiste plutôt bien. La crise sanitaire et la guerre en Ukraine n’ont jusqu’à présent pas ralenti la demande. Cependant, un coup de pouce est toujours le bienvenu. « Nous espérons tous un retour sur investissement », confirme Isabelle Alfonsi. Et chacun mise sur une reprise significative de la fréquentation internationale, car de nombreux collectionneurs étrangers, y compris américains, ont assuré qu’ils feraient le voyage. « On s’attend à retrouver un public que l'on n’avait pas vu depuis 2019, avant la pandémie, additionné à celui que draine Art Basel », témoigne Martin Brémond. En fait, ce premier Paris+ aura valeur de test. Les marchands sont curieux d’observer la manière dont la méthode Art Basel s’adaptera à la capitale française. Et dans deux ans, la manifestation qui prendra ses quartiers dans le Grand Palais historique, gagnera en superficie et en prestige. Cumulée aux atouts de la place parisienne, ses musées, ses tables étoilées, ses hôtels et boutiques de luxe, elle bousculera sans aucun doute la cartographie des foires.

Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 2 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne