Audi, un engagement durable en faveur de la création

Le 28 octobre 2016, par Sarah Hugounenq

Programme spécifiquement français, les Audi Talents Awards fêtent leur première décennie. À cette occasion, la marque s’ancre dans le paysage culturel en ouvrant une galerie éphémère. Rétrospective et perspectives d’un mécénat peu ordinaire.

Isabelle Daëron, Topiques Soleil, dessin.
Courtesy Isabelle Daëron

Les prix en faveur de la création contemporaine sont aujourd’hui légion : du pionnier prix Hugo Boss, en place depuis 1996, au prix Meurice, créé en 2008, sans omettre le prix de la fondation d’entreprise Ricard, instauré en 1999. Aux antipodes du monde artistique, le groupe automobile Audi a toutefois réussi à se frayer une place de choix depuis le lancement de son programme de soutien aux jeunes talents, en 2007. «Les Audi Talents Awards sont aujourd’hui très reconnus, ce qui n’était pas le cas avant, et participent à une reconnaissance globale de mon travail», admet volontiers Benjamin Graindorge, lauréat 2008 dans la section design. La nomination lors de l’édition inaugurale de Cyprien Gaillard (section art contemporain), devenu depuis l’une des mascottes de la création française, semble prémonitoire et inscrit d’emblée le programme dans le caractère visionnaire que la marque souhaite lui insuffler. «À l’époque, nous avions cherché à investir un terrain d’expression comme la culture, qui a une importance toute particulière dans l’Hexagone, et à y transposer les valeurs d’une marque automobile comme Audi», nous confie Sacha Farkas, responsable du programme. Et de poursuivre : «Si le prix a évolué, les valeurs portées à l’époque sont toujours les mêmes : être à l’avant-garde, avoir une longueur d’avance, privilégier la sophistication, la singularité…»
Récompenser une recherche artistique
Ce n’est pas un hasard si le discours prend des allures métaphysiques : contrairement à de nombreuses distinctions, les Audi Talents Awards récompensent non pas une œuvre, mais une démarche. En dix ans, le programme de mécénat a permis d’accompagner pendant un an trente-sept lauréats de quatre disciplines  design, musique à l’image, art contemporain et court-métrage  dans la réalisation de leur projet. «J’ai trouvé courageux qu’une marque s’intéresse à la philosophie d’un objet plus qu’à un produit fini. C’était l’un des rares concours qui ne primaient pas un résultat mais une recherche», nous explique Benjamin Graindorge. En écho, Constance Guisset, lauréate dans la section design en 2010, surenchérit : «M’avait attiré la continuité des échanges que proposait le prix. C’est vraiment un prix d’accompagnement, où les artistes sont suivis, y compris au-delà de la distinction». «On parle de soutien à un artiste. Nous ne faisons pas de mécénat de galerie ou d’exposition qui ne soient pas liés à notre programme», poursuit Sacha Farkas, dont l’ambition est de participer à l’identification de «talents émergents qui méritent un coup de pouce, grâce à un jury qui a carte blanche». L’indépendance du comité artistique est l’une des clés du succès. «Les projets ne répondent à aucune attente préétablie par la marque. C’est beau, non ?», s’enquiert Gaël Charbau, membre de celui-ci. En voilà pour preuve le lauréat dans la catégorie art contemporain 2015, Bertrand Dezoteux, dont le travail en cours tourne autour de marionnettes et de carton, bien loin des activités technologiques du groupe automobile.

 

Vue de l’exposition «Résidence secondaire», présentée au MAMO - Centre d’art de la Cité radieuse à Marseille en 2013, avec au premier plan Grand Opus,
Vue de l’exposition «Résidence secondaire», présentée au MAMO - Centre d’art de la Cité radieuse à Marseille en 2013, avec au premier plan Grand Opus, de Wilfrid Almendra (lauréat art contemporain 2008), et au sol la série « Dégradés », de Pierre-Olivier Arnaud (lauréat art contemporain 2009).
DR

Rectifications et montée en puissance
Cette liberté n’a cependant pas toujours rimé avec succès. Certains premiers lauréats nous ont confié avoir été déçus de ne pas être en contact avec leur milieu. «Notre réflexion a changé deux à trois ans après le lancement», reconnaît Sacha Farkas. Un virage est pris à partir de 2011-2012. L’accompagnement des artistes se fait plus étroitement, grâce à l’arrivée de personnalités marquantes. Ainsi Gaël Charbau, curateur indépendant et directeur éditorial du Salon de Montrouge de 2009 à 2014, entre dans le giron Audi Talents Awards, où il sera tout à la fois membre du jury et commissaire d’événements corollaires, comme l’exposition «Parapanorama», au Palais de Tokyo en 2014. Cette année voyait l’arrivée de figures en vue comme l’acteur et réalisateur Mathieu Kassovitz, à la tête de la section court-métrage, René-Jacques Mayer, directeur de l’école de Camondo et président des D’Days, ou encore de José-Manuel Gonçalves, directeur du Centquatre-Paris, réalisateur des Nuits blanches 2014 et 2015 et codirecteur du projet artistique du Grand Paris. À cette intensification et professionnalisation de l’accompagnement humain s’ajoute une montée en puissance de son pendant financier. Alors que certaines dotations ont pu être plafonnées à 5 000 € lors des premières éditions, comme nous l’a confié un ancien lauréat, l’enveloppe varie de 70 000 € à 100 000 € selon la physionomie des projets aujourd’hui. «Le prix Audi m’a permis de tenter le plus gros projet de ma vie à cette époque», rebondit l’artiste Neil Beloufa, lauréat en 2011 (art contemporain). C’est une opportunité unique, sans laquelle j’aurais certainement mis plusieurs années avant de pouvoir lancer ce type de travaux ambitieux.» «Désormais, l’accent est mis sur l’accompagnement et l’échange avec l’artiste. On fait du sur-mesure pendant un an : conseils logistiques, de médiatisation, de recherche de prestataires, de prêt d’atelier…», se réjouit Sacha Farkas.

«Une marque qui s’intéresse à la philosophie d’un objet plus qu’à un produit fini».

Naissance d’une communauté Audi Talents Awards
L’entrée progressive dans les cercles fermés de l’art contemporain se lit aussi par l’accolement du prix à de grandes institutions, portant haut l’innovation et la pluridisciplinarité. Des expositions ou des projets croisés ont été menés avec la Gaîté lyrique, le Palais de Tokyo, la Philharmonie de Paris, la Cité radieuse à Marseille ou les D’Days. «Ces partenariats prouvent que le programme est légitime, même si les événements sont évidemment sponsorisés. C’est une reconnaissance», salue Gaël Charbau. Non seulement ces événements satellites assoient la notoriété et la légitimité du programme, mais ils permettent de créer une véritable communauté artistique «Audi», composée des artistes, finalistes et curateurs. «L’idée derrière le prix est de constituer une sorte de musée ou une scène artistique idéale», poursuit le responsable de la section art contemporain. Ainsi les lauréats sont-ils amenés à être sollicités par la marque. Constance Guisset a conçu des scénographies pour plusieurs événements de l’entreprise et était, cette année, membre du jury dans la section design. Une autre finaliste a réalisé les trophées pour le réseau de la firme, tandis que les lauréats de la section «musique à l’image» sont invités à composer les bandes son des vidéos officielles Audi.

 

Constance Guisset, table Ankara, présente lors de l’exposition «Résidence secondaire», au Mamo à Marseille en 2013.
Constance Guisset, table Ankara, présente lors de l’exposition «Résidence secondaire», au Mamo à Marseille en 2013.© Constance Guisset

La galerie Audi, matérialisation d’un mécénat
Avec sa quarantaine d’artistes, la communauté manquait encore d’un lieu dédié pour se matérialiser. C’est désormais chose faite depuis le 25 octobre, qui a vu l’ouverture d’une galerie éphémère, dans le Marais à Paris. «Avoir un lieu propre montre que le programme a suffisamment de légitimité pour exister en dehors d’une institution», analyse Gaël Charbau. Pendant huit mois, l’endroit alternera cinq expositions dans les quatre domaines des Audi Talents Awards. Isabelle Daëron, lauréate design 2015, ouvrira le bal. Refusant d’y voir une rétrospective, Sacha Farkas mise sur une plus grande interaction entre les artistes et un approfondissement de la pluridisciplinarité, grâce à l’organisation de conférences, rencontres, workshops et ateliers. Même éphémère, l’inauguration d’une galerie inscrit inévitablement le programme dans une nouvelle dynamique. Doit-on y voir une manière d’inciter la marque à avoir une vitrine pérenne ? Si, pour l’instant, rien n’est confirmé  ni infirmé  au plus haut niveau, Sacha Farkas souffle que la réflexion circonscrite à la France les a «propulsés au rang de benchmark vis-à-vis du siège en Allemagne. Nous sommes pérennes et devenons légitimes dans des cercles d’influence importants pour la marque». Avec un groupe implanté dans cinquante-cinq pays, le mécénat artistique d’Audi a de beaux jours devant lui.

À VOIR
Exposition inaugurale, «Topiques : l’eau, l’air, la lumière et la ville»,
présentant le travail d’Isabelle Daëron, lauréate design 2015 des Audi Talents Awards,
galerie Audi Talents Awards, 23, rue du Roi-de-Sicile, Paris IV
e.
Jusqu’au 30 mai 2017.
www.auditalentsawards.fr
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