Au sommet de l’art déco

Le 08 mars 2018, par Caroline Legrand

La diversité des créations d’Albert Cheuret se dévoile au fil des ventes aux enchères. Avec sa silhouette géométrique et son décor stylisé, ce miroir reflétera, à Lyon, le succès de la célèbre exposition de 1925.

Albert Cheuret (1884-1966), Triangles concentriques, vers 1925, miroir double face à poser, base en bronze argenté, fonte d’édition ancienne d’époque art déco, glaces d’origine, signé Albert Cheuret sur la base, h. 47,5, l. 50 cm.
Estimation : 5 000/8 000 €


Véritable œuvre sculpturale, ce miroir double face pointe vers le ciel le sommet de son triangle. Lui répond sa base en bronze argenté, adoptant cette même forme géométrique en vogue à cette époque bénie des arts décoratifs, marquée par la célèbre exposition de 1925. Selon la tradition familiale de son propriétaire, il aurait d’ailleurs été acquis directement auprès d’Albert Cheuret durant cette manifestation. Une copie d’une photographie du stand dressé à cette occasion par l’artiste sera d’ailleurs remise au futur acquéreur. Plus de quinze millions de visiteurs se rendent, du 28 avril au 30 octobre 1925, à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes à Paris. Le gouvernement français et la Ville se sont unis pour organiser cet événement destiné à donner une nouvelle impulsion à l’industrie, mise à mal par des années de guerre et par la concurrence. Vingt et une nations y participent, chacun des pavillons présentant les travaux les plus aboutis des arts décoratifs modernes. Le parcours débute place de la Concorde pour s’étendre jusqu’à l’esplanade des Invalides, en passant par le Grand Palais et le pont Alexandre III. Le règlement, établi en 1902 lors de la première édition en Italie, est clair : «On n’acceptera que les ouvrages originaux qui montreront une tendance bien marquée au renouvellement esthétique de la forme. Les imitations d’anciens styles et les productions industrielles dénuées d’inspiration artistique ne seront pas admises»… Les plus grands créateurs du moment sont de la partie, tels Jacques-Émile Ruhlmann dans son célèbre Pavillon du collectionneur Pierre Chareau et Robert Mallet-Stevens. Albert Cheuret occupe quant à lui le stand 33, installé sur le pont Alexandre III. Il a décoré l’espace comme une boutique et y expose ses plus récentes créations. Il les a voulues plus stylisées et géométriques, dans cet esprit art déco qui prend désormais le dessus sur l’art nouveau. Rien qu’en cela, il a parfaitement senti les demandes des amateurs.
Du funéraire au luminaire
Le créateur a fait bien du chemin depuis ses années de formation parisiennes dans le domaine de la sculpture, auprès de Georges Lemaire et du professeur aux Beaux-Arts de Paris, Jacques Perrin. Avec ce dernier, il œuvre à plusieurs commandes de monuments funéraires ou commémoratifs de la Grande Guerre. Installé à partir de 1907 dans son atelier parisien de l’avenue Franco-Russe, Cheuret est ainsi l’auteur, entre 1922 et 1927, de l’imposant monument aux morts de l’hôtel de ville de Cannes. Mais à côté de ce travail académique, l’artiste va élaborer peu à peu des objets d’ameublement et de décoration, mais aussi de nombreux luminaires dans l’air du temps. Tout d’abord marquées par l’art nouveau, ses œuvres se distinguent par un vocabulaire ornemental très orienté vers la nature, la faune et la flore. Un univers animalier et exotique qu’il saura adapter à ses créations art déco, avec ses célèbres appliques Algues, sa suspension Héron, son lustre Aloès ou sa lampe Serpent. Tout comme son alter ego Pierre Chareau, il orientera son travail à partir de l’Exposition de 1925 vers des formes simplifiées, tournées vers le fonctionnalisme, des décors plus sobres et stylisés, influencés par le cubisme, usant de matériaux plus modernes et raffinés, comme le métal et l’albâtre. Un art pleinement ancré dans son époque et au charme devenu intemporel. 

jeudi 15 mars 2018 - 14:30 - Live
Lyon - Hôtel des ventes, 70, rue Vendôme - 69006
De Baecque et Associés
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne