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Au château de Fontainebleau, Napoléon Ier dans sa vraie demeure…

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Les acquisitions sont aussi un moyen d’affirmer que Fontainebleau est l’un des lieux les plus emblématiques de l’épopée impériale. Retour sur quelques enrichissements récents participant à la célébration du bicentenaire.

Au château de Fontainebleau, Napoléon Ier dans sa vraie demeure…
Pierre Achille Poirot (1797-1852), Vue topographique et historique du château de Fontainebleau, 1843, huile sur toile, 66 x 97,5 cm. Drouot, jeudi 8 novembre 2018, Maigret (Thierry de) OVV. M. Croissy
Adjugé : 10 112 €

Dans le but de rassembler dans sa main ce qui appartenait aux Bourbons et ainsi de fonder sa propre lignée, Napoléon Ier crée une maison de l’Empereur réunissant une constellation de châteaux royaux qui, d’un coup de sceptre magique, deviennent autant de palais impériaux. Les Tuileries, Compiègne, l’Élysée… et bien sûr Fontainebleau. Plus qu’ailleurs, il voit dans cette immense demeure, qui a vu défiler tous les rois de France depuis François Ier, un atout incontournable de sa légitimité. À l’automne 1804, le pape Pie VII est en route pour, le croit-il, couronner l’Empereur. Il s’arrête au château – situé sur la route reliant l’Italie et la France – afin de s’y reposer une quinzaine de jours. La grandeur impériale s’y manifeste dans toute sa splendeur. Rien n’est laissé au hasard, l’édifice devant avoir retrouvé tout son lustre pour recevoir le souverain pontife. L’architecte Pierre Fontaine, à qui la mission est confiée, s’exclamera avec fierté : «En dix-neuf jours tout fut remeublé comme par enchantement !» Ou, plus justement, par la volonté de Napoléon. Le 8 novembre 2018, le musée préemptait chez Thierry de Maigret, et pour 10 112 €, une Vue topographique et historique du château de Fontainebleau de Pierre Achille Poirot (voir page 15). Si elle est datée 1843, elle montre un épisode de ce séjour. On peut y voir le pape de retour d’une promenade dans le parc, donnant sa bénédiction à des enfants malades.
L’œil et la main
Aménagé dans l’aile Louis XV, le musée Napoléon Ier a été créé en 1986. Il est le fruit de la donation-dation effectuée par le prince et la princesse Napoléon en 1979 – complétée en 1988 –, puis des enrichissements réalisés par les conservateurs, et enfin de dépôts du Mobilier national et des musées de Sèvres et du Louvre. Son séquençage est net, il signe une mise en valeur d’objets symboliques – l’épée et la tunique du sacre, un exemplaire de son bicorne, son mobilier de campagne ou notamment, le berceau du Roi de Rome – retraçant la trajectoire fulgurante d’un homme qui, en l’espace de quelques années, de Bonaparte s’est transformé en Napoléon, premier du nom. Christophe Beyeler, conservateur en chef du patrimoine et de l’établissement, explique : «Enrichir ce musée n’est pas chose aisée. Déjà, à l’époque, les pièces de prestige étaient très chères. Aujourd’hui, convoitées par des collectionneurs du monde entier, elles sont souvent hors de notre portée, et c’est pourquoi la générosité est essentielle.» À Fontainebleau, le parcours montre la France et l’Europe dans la main et sous l’œil de l’Empereur. C’est un véritable discours idéologique que ce dernier a imposé : «L’Empire, ce sont les Lumières répandues en Europe à la pointe de la baïonnette.» Le conservateur n’hésite pas à aller un peu au culot aussi, à la hussarde plutôt. Par exemple lorsqu’il repère un dessin de Louis Laffite représentant l’Union de l’Empire français et du royaume d’Italie, une pièce forte encodant l’idée que ces deux États distincts sont désormais sous la tutelle d’une seule et même personne. Il la veut, mais elle est hors de budget. Pas d’hésitation, il appelle le galeriste Michel Descours qui la propose et… se la fait offrir. Double joli coup de communication ! Le musée a été reconfiguré en 2018 pour intégrer les entrées les plus récentes — une centaine tout de même — acquises ou offertes et notamment celles reçues grâce à la souscription publique «Des sèvres pour Fontainebleau». Menée avec le soutien de la galerie Aveline à Paris, l’action a permis de réunir 2,9 M€ pour l’acquisition de quarante-six porcelaines de Sèvres issues de la collection de l'industriel new-yorkais Richard Baron Cohen (voir Gazette 2018 n° 14, page 218). C’est ainsi que, entre autres merveilles de porcelaine, le cabaret «des princesses de la famille impériale» — réalisé avec l’intervention des meilleurs peintres et montrant les figures de Marie-Louise, Hortense, Élisa, Catherine de Westphalie et Pauline — a rejoint les collections du musée. La nouvelle impératrice l’avait en son temps offert à Madame Mère, Letizia Bonaparte, un geste hautement symbolique. Il s’agit d’une «œuvre insigne, un panthéon familial de porcelaine qui fait écho aux portraits peints accrochés déjà au musée», insiste Christophe Beyeler. Les services de table et à dessert livrent un résumé d’excellence de l’épopée napoléonienne, un concentré de l’immensité de l’Empire avec ses trois capitales, Paris, Rome et la petite dernière, en 1810, Amsterdam.
«Petites» acquisitions et grande histoire
La manufacture de Sèvres a pour mission de produire des pièces prestigieuses soit pour le service impérial, soit pour de luxueux cadeaux diplomatiques. Le 8 décembre 2020, quatorze éléments du service «fond pourpre, vues d’Italie, de France… » offert par l’Empereur à l’archichancelier Jean-Jacques Régis de Cambacérès en 1807 étaient dispersés à Fontainebleau chez Osenat. Quatre pièces de forme y ont été préemptées, notamment un sucrier navette, terminé par deux têtes d’aigle et sur la panse duquel de délicats papillons voletaient, déposé à 15 625 €. Il n’y a cependant pas de petites acquisitions, et toutes concourent à écrire une page de la grande histoire. Ainsi d’un guéridon, acquis pour la somme modeste de 3 556 €. Cette dernière préemption du musée, inaugurant à sa manière les commémorations du bicentenaire du décès de Napoléon Ier, s’est tenue le 19 mars dernier. Le petit meuble de salon, réalisé sous Louis-Philippe, affiche un plateau orné à la gouache dans des médaillons de six paysages racontant les campagnes du chef de bataillon L. A. Pelissier. Le fidèle soldat, qui a suivi l’Empereur sur tous les champs de bataille, le rejoint désormais au sein du château le plus cher à son cœur. 

à savoir
Musée Napoléon Ier
Château de Fontainebleau,
place du Général-de-Gaulle, 77300 Fontainebleau.
www.chateaufontainebleau.fr
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