Au cœur des abstractions. Marie Raymond et ses amis

Le 06 juillet 2021, par Harry Kampianne
Marie Raymond, Sans titre, vers 1948, huile sur toile, 64,5 81 cm, collection privée.
© Marie Raymond

L’exposition est en soi une heureuse surprise. En 2004, le musée des beaux-arts d’Angers lui avait déjà ouvert ses cimaises en compagnie de son fils Yves Klein, qui se taillait la part du lion. Mais ici, l’angle est tout à son avantage : le musée explore en profondeur les multiples facettes de la vie et l’œuvre de Marie Raymond (1908-1989). La bohème entre Paris et le sud de la France, la rencontre avec le peintre Fred Klein et la naissance d’Yves. Puis viennent les premières œuvres abstraites aux couleurs et aux lignes bien trempées, affranchies de toute hésitation. Elle se lie d’amitié avec Nicolas de Staël, expose d’égal à égal avec Soulages, Poliakoff, Hartung chez Denise René et Colette Allendy, galeristes promptes à défendre l’art abstrait. Couronnée du prix Kandinsky en 1949, sa cote connaît une ascension fulgurante. Le musée évoque également ses fameux lundis où elle organisait dans son appartement-atelier ses réceptions prisées par l’avant-garde parisienne. Son rôle en tant que critique d’art pour la revue néerlandaise Kroniek van kunst en kultuur (Chroniques de l’art et de la culture), entre 1939 et 1958, est moins connu. D’où un nombre conséquent d’artistes, qu’elle a défendus et côtoyés au gré de ses innombrables articles et rencontres, exposés à ses côtés. La partie consacrée aux œuvres sur papier met l’accent sur la spontanéité du geste dans les encres et les gouaches, instants graphiques qu’elle a entretenus tout au long de sa carrière. La dernière salle évoque le soutien sans faille, lors de ses rendez-vous hebdomadaires, aux amis de son fils, futurs membres du groupe des nouveaux réalistes. Son altruisme et son talent firent d’elle l’une des meilleures ambassadrices de la peinture abstraite de son époque. Réjouissons-nous qu’elle soit sortie des oubliettes de l’histoire de l’art.

Musée de Tessé,
2, avenue de Paderborn, Le Mans (72), tél. 
: 02 43 47 38 51. 
Jusqu’au 19 septembre 2021.
www.lemans.fr
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