Au cœur de l’énergie créatrice

Le 18 octobre 2018, par Anne Doridou-Heim

Une peinture de Wang Yan Cheng bientôt en vente appelle à se souvenir qu’il existe un troisième grand maître de l’abstraction lyrique chinoise.

Wang Yan Cheng (né en 1960) Sans titre 39 (W-5), 2014, huile sur toile, 132 x 231 cm.
Estimation : 250 000/350 000 €

© adagp, paris, 2018

Au début de ce mois, les revues scientifiques annonçaient la découverte d’une planète naine aux confins du cosmos  l’objet céleste est si éloigné du Soleil qu’une année y dure quarante mille ans terrestres. On pourrait très bien l’imaginer perdue dans la nébuleuse colorée de cette importante huile sur toile, peinte en 2014 par Wang Yan Cheng, Sans titre 39 (W-5). De fait, l’artiste, né en Chine en 1960 dans la province du Guangdong, explore dans ses œuvres le dialogue permanent entre l’homme, la nature qui l’abrite et l’univers qui l’enveloppe. Wang Yan Cheng est une étoile neuve dans le ciel de l’art contemporain où, désormais, il tient toute sa place au sein de la constellation longtemps dominée par Zao Wou-ki et Chu Teh-chun. Comme ses aînés, il appartient au grand mouvement de l’abstraction lyrique ; comme eux avant lui, il est venu en France parfaire une formation entamée à l’école des arts du Shandong, sous l’égide de professeurs ouverts aux avancées occidentales. Il a alors 29 ans, il veut améliorer sa technique et se confronter aux tenants de l’art plastique en vogue. Les portes ne s’ouvriront pas si facilement. Bernard Vasseur, dans la monographie parue en 2010 aux éditions Cercle d’art, rapporte les propos de Wang Yan Cheng se remémorant cette période : « C’était la dèche. […] La solitude loin des miens… Je faisais des petits boulots : la calligraphie chinoise. Comme j’étais bon en art figuratif, je faisais des portraits à la commande. J’essayais d’imiter Ingres ! Ça permettait tout juste de vivre. Et de continuer de peindre, de tracer ma voie, d’approfondir mon style, de devenir enfin moi-même.» Les critiques ne seront pas tendres jusqu’à ce que l’un d’eux ne lui donne accès à la fondation Prince-Albert II, à Monaco. Un véritable sésame. 1998 sonne enfin l’heure des clairons de la renommée. D’importantes galeries françaises le programment dans leurs expositions, des collections chinoises publiques lui achètent des œuvres, et en 2002, il est nommé auprès de l’Association internationale des arts plastiques de l’Unesco, fondée pour stimuler la coopération culturelle entre les artistes de tous les pays… La rencontre avec Chu Teh-chun jouera aussi un rôle essentiel. Il saura, avec maîtrise, interpréter l’œuvre aux accents vibrants et fluctuants de son aîné sans la copier, s’en inspirer pour livrer une peinture libre dégageant une force toute personnelle. Du chaos naît la matière, dit-on souvent à propos de l’univers. Chez Wang Yan Cheng, c’est dans la profusion de couleurs et d’énergie que naît l’harmonie.

lundi 22 octobre 2018 - 14:30 - Live
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Aguttes
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