Attention précieux !

Le 04 novembre 2016, par Anne Doridou-Heim

Depuis le XVIIe siècle, le dessin naturaliste appelle à l’éveil des sens. Sa fraîcheur toujours réjouit la vue, parle au toucher souvent, et stimule l’odorat, parfois. Une cure de jouvence qui a tout de même un prix …

Nicolas Robert (1614-1685) ou de son atelier, Cacatoès blanc (Cacatua alba), aquarelle et gouache sur vélin, 42,2 x 29,9 cm. Paris, Drouot, 17 mars 2010. Blanchet & Associés OVV. MM. de Bayser.
Adjugé : 117 720 €

La collection de vélins du Muséum d’histoire naturelle est un trésor national pieusement conservé à l’abri de la lumière destructrice et des regards indiscrets. Son épopée est relatée à travers un ouvrage magistral, une co-édition Citadelles & Mazenod - Muséum national d’Histoire naturelle, et par la révélation au public de près de 150 aquarelles. Créée au XVIIe siècle à l’initiative de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, elle va faire éclore dans tout le royaume de France le goût pour la mise en images de la botanique. Plantes rares, oiseaux exotiques et fleurs exubérantes deviennent des sujets de peinture à part entière. À la mort du prince en 1660, ses cinq grands portefeuilles in-folio emplis de vélins sont légués à Louis XIV et entrent dans l’histoire, le Roi-Soleil  un peu poussé tout de même par Colbert  décidant d’enrichir la collection et d’ouvrir les grilles de ses jardins aux artistes. Royal ! Bien au-delà de leurs qualités picturales, les dessins naturalistes apparaissent comme de véritables «outils» au service de la science, et c’est bien aujourd’hui encore cette spécificité qui les honore et les fait rechercher par une clientèle d’amateurs exigeants. Héritier de deux histoires, celle des recueils de fleurs, principalement destinés à fournir des modèles d’ornement, et celle de l’enluminure médiévale, Nicolas Robert (1614-1685) est aussi un pionnier. L’artiste, repéré par le prince d’Orléans, donne naissance à cette spécialité, branche discrète dans la grande famille du dessin.
 

Julie-Ange Wasset (1802-1842), Vase de roses, lilas et couronne de bleuets sur un entablement, 1836, aquarelle, 75 x 61 cm. Paris, Drouot, 14 octobre
Julie-Ange Wasset (1802-1842), Vase de roses, lilas et couronne de bleuets sur un entablement, 1836, aquarelle, 75 x 61 cm. Paris, Drouot, 14 octobre 2016. Ferri OVV. Cabinet de Bayser.
Adjugé : 1 517 €
Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), Bouquet de roses du papillon, aquarelle, 41 x 32,7 cm. Le Havre, 9 mars 2014. Le Havre Enchères OVV. M. Millet. Adj
Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), Bouquet de roses du papillon, aquarelle, 41 x 32,7 cm. Le Havre, 9 mars 2014. Le Havre Enchères OVV. M. Millet.
Adjugé : 60 000 €
























Pour la grandeur du royaume
On lui attribue plus de 700 vélins, 500 de botanique et 200 d’ornithologie réalisés devant les volières de Versailles. Malgré cette lourde charge, il a encore le temps de travailler pour des commanditaires privés et, pour cela, s’entoure d’un atelier. Il est bien entendu impossible de trouver l’un de ses vélins royaux sur le marché. En revanche, en mars 2010, la maison Blanchet & Associés présentait un superbe Cacatoès blanc perché à 117 220 €, ce qui est, à ce jour encore, son record mondial pour une œuvre dessinée (source Artnet). Dans un camaïeu de blancs grisés d’une délicatesse infinie et d’une subtilité de traits caractéristique de la technique parfaitement maîtrisée de Robert, le volatile gonfle fièrement sa crête. Les vélins du souverain contribuant à la grandeur du royaume de France, leur fabrication se poursuit tout au long du XVIIIe siècle, qui voit l’entrée dans les collections des coquillages, des plantes grasses et des animaux lointains rapportés par les voyageurs. Les oiseaux ne sont donc plus les seuls à avoir la faveur des peintres. Trois noms se distinguent, tous «peintres en miniature», ceux de Jean Joubert (vers 1643-1707), Claude Aubriet (vers 1665-1742) et Madeleine Basseporte (1701-1780)  cette dernière est la première femme à bénéficier de ce titre prestigieux. Leurs aquarelles florales et animalières sont rares en ventes, dix seulement depuis 1993 (source Artnet) pour Madeleine, une de plus pour Aubriet et rien pour Joubert. Aucune n’atteint les prix élevés de celles de leurs confrères  passé et à venir  Nicolas Robert et Jacques Barraband (vers 1767-1809). Elles se situent plus raisonnablement autour de 10 000 €, 8 000 € au marteau pour une Corneille noire albinos de Claude Aubriet de la collection Jeanson (vente Doutrebente, 25 novembre 2005).

Pancrace Bessa (1772-1835), Six coquillages, aquarelle, 21 x 26 cm. Paris, Drouot, 25 juin 2008. Ader OVV. Adjugé : 1 400 €
Pancrace Bessa (1772-1835), Six coquillages, aquarelle, 21 x 26 cm. Paris, Drouot, 25 juin 2008. Ader OVV.
Adjugé : 1 400 €
Nicolas Huet (1770-1828), Deux têtes de moutons, pierre noire, crayons de couleur, 16 x 24 cm. Paris, Drouot, 21 mars 2014 Audap & Mirabaud OVV. Cabin
Nicolas Huet (1770-1828), Deux têtes de moutons, pierre noire, crayons de couleur, 16 x 24 cm. Paris, Drouot, 21 mars 2014 Audap & Mirabaud OVV. Cabinet de Bayser.
Adjugé : 650 €













Une incroyable volière
Les œuvres de Jacques Barraband (1768-1809) méritent une place particulière. Aux côtés de la collection du Muséum, une autre fait figure de rareté par son ampleur et son unicité, celle de Marcel Jeanson. L’industriel était un érudit ; il réunira aussi sur la même vingtaine d’années une impressionnante bibliothèque de livres de chasse et d’histoire naturelle, dont les ventes ont agité le milieu select de la bibliophilie. Idem pour celles des aquarelles dispersées à Londres chez Sotheby’s le 13 décembre 1996 et à Drouot chez Doutrebente le 25 novembre 2005. Dans le cadre de cette dernière, les prix bondissaient, entraînant une spectaculaire envolée de plumes multicolores pour les 17 œuvres de Barraband, atteignant un total de 2 865 000 €. Le Perroquet lori à collier jaune et Le Grand Toucan à ventre rouge, tous deux rehaussés de gomme arabique, affichaient leur bonheur en lettres capitales de 389 200 € et 294 850 €. Cinq de ces belles planches, qui avaient été commandées par Joséphine, occupent toujours les premières ramifications dans son arbre des records mondiaux. Séduite par deux gouaches découvertes  et achetées au Salon , l’Impératrice lui demande de venir peindre les oiseaux peuplant la serre chaude de la Malmaison. L’apport scientifique du peintre est inestimable, en 1820, un zoologiste allemand, Heinrich Kuhl, donne à un perroquet découvert en Amérique du Sud le nom de Psittacus barrabandi, une reconnaissance inappréciable.

 

Jacques de Sève (actif de 1742 à 1788), recueil de 226 dessins originaux pour illustrer l’Histoire naturelle… de Buffon, vers 1754-1789 (l’un reprodui
Jacques de Sève (actif de 1742 à 1788), recueil de 226 dessins originaux pour illustrer l’Histoire naturelle… de Buffon, vers 1754-1789 (l’un reproduit), reliure en maroquin rouge vers 1800. Paris, Drouot, 1er juin 2016.
Binoche & Giquello OVV. Mme Castaing, MM. Castaing, Courvoisier.

Adjugé : 279 400 €
Jacques Barraband (1768-1809), Toucan (Ramphastos tucanus), aquarelle gouachée, 53,2 x 38,2 cm. Paris, Drouot, 17 mars 2010. Blanchet & Associés OVV.
Jacques Barraband (1768-1809), Toucan (Ramphastos tucanus), aquarelle gouachée, 53,2 x 38,2 cm. Paris, Drouot, 17 mars 2010. Blanchet & Associés OVV. MM. de Bayser.
Adjugé : 123 920 €































Les roses de Redouté
Autre temps, mais mêmes mœurs. La Révolution crée le Muséum national d’Histoire naturelle en 1793 et transporte l’ancienne collection royale dans le nouvel établissement en s’engageant à la poursuivre. Parole tenue. La Ménagerie est créée en 1794, renforçant la population en sujets variés et exotiques et permettant à de nombreux artistes d’arpenter ses allées. Puis l’Empire s’installe, les dessins zoologiques deviennent plus que jamais de véritables outils au service de la science. La passion de Joséphine, déjà exprimée pour les volatiles, s’étend aux roses, dont elle fait planter 250 variétés dans sa demeure tant aimée. Pour la perpétuer  la vesprée leur faisant perdre leur fraîcheur , elle donne l’idée d’un ouvrage à Pierre-Joseph Redouté (1759-1840). Les Roses, dont l’édition s’étalera de 1817 à 1824 et comprendra trente livraisons riches de 170 compositions réalisées grandeur nature, feuilles et épines comprises. Redouté en obtiendra son surnom de «Raphaël des roses», son record pour une aquarelle étant détenu par une Rosa bifera officinalis, adjugée 265 250 £ chez Sotheby’s à Londres, le 7 décembre 2010. L’artiste charmera par son talent quelques-unes des plus jolies femmes de son époque. Marie-Louise Hortense de Beauharnais, la duchesse de Berry et Madame Adélaïde le choisiront comme professeur de dessin. Mignonnes, allons voir si la rose… Il ne manque en effet à ces fleurs que le souvenir de leur parfum.

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne