Artgenève, le salon suisse qui monte

Le 08 février 2018, par Alexandre Crochet

Avec l’arrivée du PAD Genève, la manifestation helvète s’étoffe et renforce sa proposition, tout en restant à taille humaine. Un bonus pour la foire d’art contemporain, mais aussi pour la cité de Calvin.

Galerie Alexandre Guillemain, PAD Genève, 2018.
© Francis Amiand


Cette année, Artgenève a un petit air d’Art Basel. Bien sûr, la manifestation créée en 2012 par Thomas Hug sur les bords du lac Léman ne prétend pas rivaliser avec le mastodonte bâlois. Ni par la taille, ni le niveau ou encore la fréquentation. La 7e édition d’Artgenève, qui a fermé ses portes dimanche 4 février, réunissait en effet plus de 80 galeries, en partie régionales, mais aussi parisiennes ou londoniennes. Certaines, plus isolées, faisaient le voyage de plus loin, comme Erti, enseigne géorgienne de Tbilissi, chez laquelle les œuvres ouvragées de Tamara Kvesitadze, autour de 25 000 €, ont fait florès. Mais la principale nouveauté, cette année, est le couplage du PAD au salon d’art contemporain, à l’initiative de ce dernier. Pour éviter l’écueil de la foire Design Miami Basel, où seuls une fraction des visiteurs d’Art Basel se rendent, le salon d’arts décoratifs s’est judicieusement implanté au sein même de l’immense hall 2 de Palexpo, en dur et non sous une tente, dans le même bâtiment qu’Artgenève. Les amateurs d’art n’avaient qu’un pas à faire pour passer de l’une à l’autre… «Nous n’arrivons pas comme ça, sans rien, mais après six ans de salon Artgenève», souligne le responsable et cofondateur du PAD, Patrick Perrin. Plus resserrée qu’à Londres ou Paris, la sélection de vingt-sept exposants du PAD Genève accueille entre autres l’art tribal apporté par Lucas Ratton, la joaillerie de Lorenz Bäumer ou de Walid Akkad, qui a vendu plusieurs pièces dont un sautoir en pierre de lune, les arts déco suédois chez Modernity, de Stockholm… C’était aussi l’occasion de redécouvrir des galeries locales comme Gutknecht, laquelle exposait un bureau moderniste recouvert de miroirs de Jacques Adnet, ayant appartenu à Karl Lagerfeld, comme un meuble à secrets récent, en marqueterie d’ébène, d’Eckhard Beger. «La partie du PAD, très vivante, apporte de la chaleur à Artgenève. L’art contemporain a besoin de décorum. Dans un monde de foires de plus en plus uniformisées, les stands blancs risquent de lasser les visiteurs et il faut une valeur ajoutée», observe la conseillère Laurence Dreyfus. Cette dernière, qui organise à Genève, jusqu’au 28 avril, un superbe accrochage sur Olafur Eliasson à l’Espace Muraille, connaît bien la ville et ses amoureux de l’art. «La plupart des collectionneurs qui gravitent entre Verbier, Gstaad et Crans-Montana sont venus sur la foire, ainsi que le noyau dur des Genevois, note-t-elle. Artgeneve est pour eux un lieu de rencontre. La ville recèle encore beaucoup d’amateurs qui ont fait fortune dans la banque, domaine très fort ici jusqu’à récemment.» Parmi ces banquiers épris d’art déambulaient, dans les allées lors du vernissage, Pierre Darier, Nicolas Tremblay, conservateur de la collection de la banque SYZ à Genève, mais aussi les membres des boards du musée de l’Élysée de Lausanne ou du Musée d’art moderne et contemporain de Genève, des collectionneurs venus de Bâle, Zurich ou encore du Luxembourg, des Français vivant en Suisse…
Esprit «montagne»
Si la plupart peuvent aisément se rendre dans d’autres manifestations en particulier Art Basel , d’aucuns apprécient ce salon de proximité qui ouvre le bal des foires d’art contemporain. Et sa taille humaine : une petite centaine d’exposants, PAD inclus. Spécialisée dans la scène nordique, la galeriste Maria Wettergren a d’abord participé à la manifestation avec d’autres représentants du design, disséminés sur la foire. «Celle-ci a un grand impact local : je viens de rencontrer de nouveaux clients. C’était une excellente idée de Patrick Perrin de le faire dans la foire-même. Avec le PAD, qui a une identité très forte aujourd’hui, Artgenève monte et compte encore plus !» Certains adressaient un clin d’œil à l’esprit «montagne», à l’instar du directeur artistique de la galerie londonienne 18 Davies Street, François Epin, avec un bar en forme de luge de Paul Dupré-Lafon, pour plus de 400 000 €. Pour ce galop d’essai, une partie des marchands n’avaient pas hésité à sortir des pièces onéreuses, tels une tapisserie des années 1979 de l’Américain Romeo Reyna à plus de 100 000 € chez Chahan, ou un bureau de Prouvé chez Jacques Lacoste  à un demi-million d’euros  marié à une «Texturologie» de Dubuffet. Parmi les ventes, Armel Soyer a cédé un ensemble de deux lustres de Christopher Boots en quartz naturel fumé pour 40 000 €, la galerie italienne SIC, des céramiques d’Ettore Sottsass inspirées par Shiva, tandis qu’Hervé van der Straeten remportait un vif succès. Tout pour équiper somptueuses villégiatures au bord de l’eau ou luxueux chalets des cimes…
Un autre rythme qu’à Bâle
Si beaucoup de participants nous ont confié une certaine lenteur des affaires comparativement à Londres, Paris ou New York, cette édition était bénéfique pour la plupart. La Parisienne Nathalie Obadia a ainsi vendu des œuvres de Wang Keping, «pour la première fois montré sérieusement à Genève», selon elle. «Agrandir Artgenève avec le PAD sans toucher au nombre de galeries d’art contemporain est une bonne solution pour renforcer la foire en préservant son équilibre», estime-t-elle. La galerie Templon a rapidement cédé une toile de Georges Mathieu, des œuvres d’Omar Ba et un plâtre de George Segal, majoritairement à des Suisses. Conjuguées aux poids lourds anglo-saxons Gagosian ou Pace qui ouvrira un espace à Genève en mars , les Français constituent l’une des forces du salon, où exposent notamment Georges-Philippe et Nathalie Vallois, Continua, Perrotin ou 1900-2000, sur les stands desquels de nombreux points rouges étaient visibles. «Beaucoup de galeries qui sont aussi à Art Basel ont besoin de retrouver, en Suisse, avec cette foire, un autre rythme et un autre registre de collectionneurs régionaux à des niveaux plus raisonnables», confie un marchand. Placée sous le signe de la nature et de la culture, avec un grand arbre de Penone trônant au centre de la foire, mais aussi le jardin de sculptures abstraites de Max Bill couvert de feuilles mortes, cette édition restera comme un cru renforcé et réussi. Et pour le PAD, un test avant d’envisager de poursuivre l’aventure à Monaco dans le cadre d’Artmontecarlo, émanation d’Artgenève. À suivre…

 

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