Art funéraire chez les Mochicas

Le 16 mai 2019, par Anne Foster

Aux premiers siècles de notre ère s’est développée au Pérou une culture pré-inca qui étonne aujourd’hui encore par la grande qualité de ses arts, supports de rites funéraires.

Nord du Pérou, culture Mochica, Intermédiaire ancien, 100-700 apr. J.-C. Masque funéraire en bois avec restes de pigment rouge, 20 26 13,5 cm.
Estimation : 200 000/300 000 

Issue de l’une des rivières qui descendent la cordillère des Andes, creusant d’étroites vallées, la Moche a vu fleurir les premières réalisations des Mochicas. Peuple sans écriture, ils n’ont pas laissé de chronique de leur histoire, juste des temples et des tombes. Ces merveilles dénotent une société hiérarchisée : des seigneurs et des chamans régissant la vie des artisans et serviteurs, soutenus par une large classe d’agriculteurs. Ils s’installent progressivement dans d’autres vallées, reliées par un système routier impressionnant en ces hauteurs. Dans les diverses cités, on retrouve une homogénéité architecturale et esthétique dont on ne cesse de découvrir des artefacts dans de nouveaux lieux de fouilles, en particulier les tombes non dévastées par les pilleurs. Ainsi, en 2008, la mise au jour du tombeau du seigneur d’Ucupe, sur le site archéologique de Huaca el Pueblo, révèle parmi les regalia un superbe masque funéraire en métal, pierres et coquillages. Celui-ci, provenant d’une collection américaine d’art précolombien présentée prochainement, est certes moins somptueux mais d’une qualité artistique incroyable. On se trouve en présence d’un portrait de seigneur ou de prêtre, avec son front bombé, ses joues rondes, son nez surplombant une bouche aux lèvres pulpeuses, bien dessinée, et ses grandes orbites désormais vides. Il faut imaginer l’effet saisissant du regard fixe lorsqu’elles étaient encore habitées par des coquillages et des pierres. Tel qu’il nous est parvenu, ce masque est empreint de sérénité. Nous n’en saurons pas plus car il a été séparé des vases accompagnant la dépouille, et des ossements issus des sacrifices animaux ou humains qui auraient pu nous renseigner au moins sur son statut. On ignore par exemple si c’est un personnage important dépendant des sphères des Mochicas du Nord ou du Sud, chacune ayant ses propres niveaux hiérarchiques liés aux rites religieux, accompagnés d’une iconographie complexe composée d’animaux, de personnages humains et d’êtres hybrides renvoyant à des épisodes mythiques appartenant au groupe politique dominant. Les vases étrier offrent non seulement des portraits réalistes et des scènes érotiques, mais aussi des allusions à des pratiques sacrées ou aux origines de cette culture. Hergé ne s’est pas trompé en choisissant l’un de ces vases-portraits, dans l’aventure de Tintin Le Temple du Soleil, comme emblème des civilisations précolombiennes. La culture mochica est contemporaine des Mayas méso-américains. La pyramide à degrés Huaca del Sol, à Moche, est le plus grand édifice en adobe du Pérou préhispanique. On retrouve sur les fresques de ses parois les personnages parés des ornements trouvés dans les tombes.

jeudi 06 juin 2019 - 16:00 - Live
Salle 7 - Hôtel Drouot - 9, rue Drouot - 75009
Binoche et Giquello
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne