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Art et assurances, un nouveau mariage

Le 04 octobre 2018, par Sarah Hugounenq

L’arrivée sur le marché du géant de l’assurance Allianz montre que le monde de l’art s’ouvre peu à peu à la question. Seul bémol, les professionnels du marché de l’art sont exclus de l’offre. Explications.

Art et assurances, un nouveau mariage
 


Nouveau coup de boutoir. Le monde de l’art commencerait-il à baisser la garde face aux assurances, à qui il tourne historiquement le dos ? C’est en tout cas le pari d’Allianz, qui développe une nouvelle branche d’activité dédiée à ce secteur spécifique. Jusque-là présent sur la couverture en responsabilité civile des professionnels de l’art, en particulier des maisons de ventes, le preneur de risques généraliste se lance sur la partie dommage matériel accidentel des œuvres d’art, un marché déjà très concurrentiel aux acteurs nombreux (Axa-Art, Hiscox, Albingia…) et aux taux à la baisse. À titre d’exemple, alors que le ratio 1/1000 est souvent médiatisé (c’est-à-dire un calcul de la prime à partir de la valeur de l’œuvre assurée correspondant à 1€ de prime par tranche de 1 000 €), sur une récente consultation entre Hiscox et Lloyd’s, pour le transport en fragile d’un musée, les taux proposés oscillaient entre 0,4/1000 et 0,2/1000, et 0,18/1000 en séjour (sur les cimaises ou en stockage). L’arrivée d’un géant de l’assurance, déjà leader sur la partie Art en Allemagne, signerait-elle une évolution ? «Régulièrement sollicités par notre réseau d’agents généraux et nos courtiers partenaires, nous avons analysé les besoins du marché, et décidé d’apporter dans un premier temps une réponse adaptée à notre clientèle d’entreprises, de musées, de collectivités publiques, souvent déjà assurée pour d’autres risques chez Allianz France», explique Gilles Jacquier, responsable des souscriptions Spécialités et entreprises.

Expertise allemande
Pour ce faire, les Français se sont rapprochés de leurs collègues outre-Rhin pour bénéficier de leur expérience et de leur expertise dans un segment de marché si spécifique. Cette complémentarité leur permet également d’augmenter leur capacité financière d’intervention, limitée depuis que Bercy oblige les preneurs de risques à être solvables sur les montants assurés sur lesquels ils s’engagent. L’arrivée sur le marché français de l’assurance de l’art n’a pourtant rien d’une balade de santé. Le milieu est réputé pour ne recourir que très marginalement à l’assurance Objet d’art. Traditionnellement, celle-ci est la bête noire des musées, adossés à un État qui est son propre assureur et habitués à bénéficier de la garantie d’État pour les expositions temporaires majeures. «En France, le marché de l’assurance des institutions culturelles mérite attention : 80 % des musées dépendent des collectivités territoriales, dont le budget “culture” tend à diminuer au fil des ans. Ces collectivités ont ainsi tendance à opter pour des solutions d’assurance plus limitées en priorisant le critère prix. Elles prévoient certes la couverture systématique pour les expositions temporaires, mais font souvent l’impasse sur leurs collections permanentes. Cela peut poser question quant à la protection adéquate du patrimoine français», analyse Rodolphe Burdy, souscripteur Senior «Fine Art» chez Allianz France, recruté pour développer ce marché après huit années passées chez Axa-Art. Et de poursuivre : «Concernant l’assurance des objets d’art des collectivités locales, la politique d’appels d’offre systématiques peut aujourd’hui poser question. Avec une remise en question du contrat communément appelé “Tous risques exposition objets d’art” tous les trois ou quatre ans, sur un marché très concurrentiel, les collectivités publiques arrivent à bénéficier de cotisations d’assurance plus faibles, mais dans le même temps on observe une dégradation potentielle de la qualité technique des contrats proposés. De plus, certains cahiers des charges ne prévoient pas toujours les solutions les plus adaptées aux musées.»

Fin annoncée de la sous-assurance ?
Côté entreprises, leurs collections sont réputées pour être sous-assurées. «Historiquement, en France, de nombreuses entreprises ont des biens à forte valeur patrimoniale, particulièrement dans les marques anciennes, mais sont assurées de façon inadaptées, voire pas du tout assurées pour lesdits objets, analyse Rodolphe Burdy. Le plus souvent, ces collections sont couvertes par un contrat dommages classique [avec une forte franchise, sans prise en compte de la dépréciation, et avec application de la vétusté, ndlr]. Hormis les entreprises qui acquièrent l’art contemporain et qui sont plus ouvertes à l’assurance, beaucoup reste à faire. Bon nombre de dirigeants craignent de mettre en lumière une collection fortement valorisée [qui pourrait alors être mentionnée sur les bilans comptables de la société, ndlr], ou encore de devoir payer une cotisation d’assurance importante. Les collections d’entreprises demeurent donc un marché à fort potentiel, surtout à une époque où celles-ci font de l’art un vecteur de communication et d’image, notamment avec la création de fondations d’entreprise.» Prêt à prendre son bâton de pèlerin pour défricher le terrain des collections d’entreprise et des musées, l’assureur se refuse toutefois pour l’heure de pénétrer le milieu des professionnels du marché de l’art. «Avec de très fortes valorisations des œuvres d’art, mais également une réglementation toujours plus renforcée en matière de lutte contre le blanchiment et contre le financement du terrorisme, le marché de l’art actuel nous oblige à une grande vigilance, particulièrement en matière de provenance des objets d’art», justifie Gilles Jacquier. Dans un secteur mal cerné par les assureurs, les professionnels de l’art paient une nouvelle fois leur discrétion traditionnelle, et ne sont pas près de voir leurs taux de prime d’assurance baisser à la faveur de la concurrence.

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