Art Brussels, beau temps dans les allées

Le 06 mai 2019, par Pierre Naquin

Alors qu’elle subissait la concurrence du Gallery Weekend de Berlin et, dans une moindre mesure, d’Art Monte-Carlo, la foire bruxelloise a fermé ses portes sur une édition plutôt réjouissante. Bilan.

Le stand de la galerie Blain - Southern sur l’édition 2019 d’Art Brussels.
PHOTO DAVID PLAS. COURTESY ART BRUSSELS

L’angoisse des participants  surtout pour ceux d’outre-Rhin  tenait dans la concomitance avec le week-end des enseignes berlinoises. «Cela n’a certainement pas aidé à faire venir les collectionneurs allemands», déclare Luca Barbeni, de la galerie Nome. «Cela ferait certainement sens de changer les dates. Mais lesquelles choisir ? Le calendrier est tellement surchargé…», ajoute Parisa Kind, de la galerie du même nom. Il n’empêche : près de cent cinquante exposants donnaient rendez-vous aux collectionneurs pour une édition empreinte de jolis succès. Bien sûr, quelques galeries restent un peu déçues : «Même s’il y avait de l’énergie les deux premiers jours, le reste était très calme. Nous avons conclu avec de nouveaux collectionneurs mais n’en avons pas rencontré beaucoup», précise Jochen Hempel, qui plaçait des œuvres de Johan Tahon et Marcin Cienski entre 2 600 et 7 000 €. «Les ventes étaient moins nombreuses que nous ne l’espérions, mais ce n’est pas la faute des organisateurs, qui font de leur mieux. Je crois que nous sommes trop d’acteurs courant après trop peu de collectionneurs. Il ne reste plus grand chose pour les petits comme moi», estime Parisa Kind. Elle cédait trois œuvres de Hannes Michanek autour de 2 500 € et l’une de 25 000 € juste avant la fermeture. D’autres galeries, même si elles repartaient bredouilles, se montraient néanmoins satisfaites de leur participation. «Les œuvres que nous présentions étaient “difficiles”, notre objectif premier n’était pas nécessairement de vendre, nuance Luca Barbeni. Je suis persuadé que nous concrétiserons quelques cessions dans les prochains mois. Nous avons remporté le Discovery Prize. Je suis confiant.» «C’était notre première participation et nous sommes venus avec une présentation ambitieuse de seulement trois œuvres historiques, à six chiffres. Nous avons rencontré beaucoup d’intérêt. Cela devrait se matérialiser sous peu», abonde Orsolya Hegedus, de la galerie hongroise acb.
Très bon bilan
Même si l’événement faisait la part belle «aux collectionneurs de la région, il y avait davantage d’étrangers que l’année dernière», explique Boris Vervoordt (galerie Axel Vervoordt), qui vendait des pièces sous les 100 000 €. «La foire a une atmosphère très locale, les Belges mettent plus de temps à se décider à acheter», ajoute Sigriour Gunnarsdottir d’Hverfisgalleri, qui ne plaçait que trois œuvres de Jeanine Cohen et Hrafnkell Sigurdsson, entre 4 000 et 8 000 €. «Je les trouve particulièrement ouverts et engagés», affirme Charlotte Fogh. «Il serait en revanche intéressant que des échanges plus organisés puissent avoir lieu avec certains VIPs.» «Ils ont une vraie tradition de la collection et aiment découvrir de jeunes artistes», ajoute Roger Szmulewicz (galerie Fifty One), qui vendait plusieurs œuvres de Dirk Zoete, Harry Gruyaert ainsi qu’une photographie monumentale de Malick Sidibé. Ron Mandos, ravi, cédait plusieurs Natures mortes (2019) de Hans Op de Beeck pour 33 000 € chacune, plusieurs Borrowed Light du collectif anglais Troika (entre 13 500 et 17 000 €) et toutes ses peintures de la Hollandaise Katinka Lampe. «Un bilan cinq étoiles 
De jeunes acheteurs
Les transactions étaient nombreuses chez beaucoup d’exposants, surtout pour les œuvres les plus accessibles. Mario Ferreira da Silva (Lehmann + Silva) ne pouvait pas «être plus heureux. J’ai littéralement tout vendu. Un vrai sold-out !». Il présentait un solo show de toiles de João Gabriel, entre 1 600 et 16 000 € pièce. «C’est notre meilleure édition en sept ans. Nous avons placé une vingtaine d’œuvres de chaque artiste», s’exclame Steve Turner. Les muraux en textiles de Hannah Epstein et les céramiques de Kevin McNamee-Tweed étaient proposés raisonnablement entre 500 et 3 500 €. «Nous avons vendu toutes les petites pièces de Louis Reith [1 000 €] ainsi que plusieurs autres de Rose Eken [5 000 €]», confie Charlotte Fogh. Kristof De Clercq cédait quinze œuvres entre 1 500 et 4 500 € de Mario De Brabandere et une vingtaine de pièces de Johan De Witt, de 1 500 à 6 000 €. Jeanine Hofland, d’Althuis Hofland Fine Arts, avoue «avoir rencontré de nombreux nouveaux collectionneurs et curateurs dont des étrangers, ainsi que beaucoup de jeunes acheteurs.» Elle plaçait des œuvres de 1 000 à 14 000 €. Paid by the artist dont le concept («l’artiste paye le stand») intriguait les collectionneurs et la presse présentait un solo show de Yannick Ganseman, où les pièces trouvaient preneur de 2 400 à 4 840 €. Barbara Seiler était ravie d’avoir placé deux céramiques de Sebastian Stöhrer dans de grandes collections belges. «Nous avons aussi vendu plusieurs petites et grandes peintures du Japonais Tenki Hiramatsu.» Nick Lawrence (Freight+Volume) vendait très bien les toiles de Sam Jablon, dans la section Discovery (de 5 000 à 12 000 €). Ernst Higer cédait de son côté plusieurs œuvres entre 5 000 et 13 000 € et «rencontrait un nouveau collectionneur très important qui va suivre nos artistes africains.» Harlan Levey Projects livrait vingt œuvres entre 2 300 et 85 000 € quand Olivier Vrankenne (OV Project) sortait un Max Ernst, un Martin Kippenberger, quatre Ettore Sottsass importants, un Tribal Fetish, deux Richard Nonas, trois John Stezaker, trois Paul Lee, un Virginia Overton, un Pierre Charpin, six Nathalie Campion, cinq Philadelphia Wireman, un Francis Picabia, deux Gerrit Rietveld, un Max Bucaille… et plusieurs Louise Lawler entre 5 000 et 150 000 €. «Bernard Blistène et Hans-Ulrich Obrist ont adoré mon projet, 1919-2019 : Cut - Copy - Paste !» Cela est de bon augure pour l’année prochaine. «Ce que j’aime avec Art Brussels c’est que la foire analyse véritablement les retours des exposants et des visiteurs puis agit en conséquence ; elle s’améliore d’année en année», conclut Harlan Levey. Vivement 2020 !

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