Art Brussels : l’identité belge

Le 26 avril 2018, par Harry Kampianne

Pour son cinquantième anniversaire, Art Brussels a misé sur son fort potentiel de collectionneurs et de marchands belges. Une foire de qualité, solidement installée sur la scène artistique européenne.

Jacques Verduyn (né en 1946), Pat and Veerle, 1974, polyester polychrome, échelle 1, taille humaine. Galerie Antoine Laurentin.
© Galerie Antoine Laurentin


Pour la troisième année consécutive, la halle industrielle de Tour & Taxis a pu accueillir une liste de participants plutôt éclectique, mais dont la forte présence belge a été remarquée. «Nous avons souhaité renforcer nos racines, soulignait Anne Vierstraete, directrice générale d’Art Brussels, nous ne voulions pas pour autant manquer ce rendez-vous annuel avec la scène artistique internationale, mais il était important que cette foire retrouve ses acteurs locaux. » En effet, si la proportion de galeries belges présentées lors de la précédente édition était de 18 %, elle a été de 32% cette année, soit quarante-six galeries belges au total sur les cent quarante-sept exposants, regroupant trente-deux pays. Afin de dynamiser cette «belgitude» plutôt conviviale, Art Brussels s’est tournée vers de nouvelles recrues, telles que le jeune et enjoué Félix Frachon  présentant des artistes originaires de l’Asie du Sud  ou encore la galerie Xavier Hufkens, qui exposait Nicolas Party, un jeune artiste suisse récemment invité au Hirshhorn Museum (Washington). Pour soigner son jubilé, Art Brussels n’a pas hésité à faire appel à d’incontournables têtes d’affiche de la scène artistique belge. Nous avons ainsi noté le retour de Rodolphe Janssen, Zeno X, Tim Van Laere, Meessen De Clerq, mais aussi Albert Baronian, dont la première participation remonte à 1975. «Art Brussels est un miroir de la situation belge. Une foire à taille humaine fréquentée par de nombreux collectionneurs belges mais aussi luxembourgeois, français, hollandais, anglais et parfois allemands», commente ce dernier. Ajoutons à cela que ces collectionneurs ne sont pas dotés de moyens démesurés. La plupart des œuvres oscillaient de 1 000 à 300 000 € en moyenne. Ce qui n’empêchait pas la Belfius Art Collection d’être présente sur la foire avec un énorme focus sur Paul Delvaux, Constant Permeke, Rik Vouters, James Ensor… comme le précise Albert Baronian, «beaucoup des grandes galeries belges reviennent à Art Brussels, conscientes que la plupart de leurs ventes se font dans cette foire.»
Art Brussels : découvrir, redécouvrir
Les sections «Discovery» et «Rediscovery» sont symptomatiques de ce qu’est Art Brussels : une plateforme à la fois dénicheuse de talents émergents et vivier d’artistes historiques, calés entre 1917 et 1987, vivants ou disparus et généralement négligés, voire oubliés. Dans la section «Discovery», très prisée par les collectionneurs européens, on a pu découvrir le travail de l’Américain Tyrrell Winston, à la galerie Stems, et les huiles sur toile de Mequitta Ahuja chez Tiwani Contemporary (Londres). Un prix de 5 000 € est remis chaque année au meilleur stand et artiste présenté. Pour cette édition anniversaire, c’est à la galerie SMAK (Afrique du Sud), avec les travaux de la Mexicaine Georgina Gratix, que fut remise cette dotation. La section «Rediscovery» peut être considérée comme un rétroviseur sur le passé. Néanmoins, peu de galeries y ont été sélectionnées : quatre au total, soit le New-Yorkais Henrique Faria  avec les artistes argentins conceptuels Leandro Katz, Carlos Ginzburg et Osvaldo Romberg , l’Espagnol Luis Adelantado avec Darío Villalba, phare incontournable de la scène madrilène des années 1970, le Belge Antoine Laurentin  qui s’est focalisé sur l’art belge des années 1960-1970 avec Evelyne Axell, rare femme du pop art, Balder et Jacques Verduyn, sculpteur issu du mouvement hyperréaliste des années 1970  ainsi qu’Axel Vervoordt, également belge, qui rendait ici hommage à la peintre italienne Ida Barbarigo.
Solo shows en force, galeries américaines en minorité
«Nous avons décidé de fêter ce cinquantième anniversaire avec vingt-deux solo shows, soulignait Anne Vierstraete, un défi où les galeries et leurs artistes mettent à profit leur imagination pour créer un stand hors du commun.» Certains se sont frottés à l’exercice avec brio : la Patinoire Royale/Valérie Bach avec Alice Anderson, une nouvelle recrue franco-britannique utilisant le fil de cuivre pour ses installations ; la galerie Templon avec la jeune artiste Prune Noury, dont les sculptures sont très imprégnées de l’acupuncture chinoise ; la galerie Choi&Lager avec le sculpteur Daniel Firman ou encore le stand Xavier Hufkens, avec le Suisse Nicolas Party, qui s’est vu récompensé du prix «Solo» d’un montant de 10 000 €. Côté galeries américaines, le nombre était sensiblement à la baisse, ayant passé de douze à sept exposants. Anne Vierstraete pense que cette diminution est «le résultat de la multiplication des foires à travers le monde. Il y a aussi le coût assez élevé des stands, d’où la nécessité pour elles de cibler leurs participations. Celles-ci privilégient généralement les foires de proximité, ayant lieu aux États-Unis, ou les rencontres phares telles que Art Basel, la Fiac ou Freeze»… Bien que Art Brussels n’entre pas dans la catégorie des grandes foires internationales, elle s’impose comme «la plus importante du Benelux, selon Albert Baronian, certains collectionneurs l’appellent même “la petite sœur de la Fiac”, pour la simple raison qu’elle attire beaucoup de Français». Pour preuve les antennes parisiennes de Nathalie Obadia, Almine Rech ou bien Daniel Templon, qui ne sont pas près de partir de leur pied-à-terre et paradis bruxellois.

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