Art Basel Miami Beach version off

Le 04 janvier 2018, par Pierre Naquin

Miami et le «off», c’est comme le ketchup sur les frites, il n’y en a jamais assez. Petit tour et contour des événements commerciaux parallèles à Art Basel Miami Beach.

Studio Drift, Flylight (Miami), 2017, 126 x 400 x 150 cm.

Combien y a-t-il de foires satellites sur Miami ? Répondre à cette simple question semble déjà bien difficile. Dans les faits, plus d’une vingtaine… De Aqua et Art Africa à Red Dot, Scope, Superfine ou Untitled en passant par Cultural Traffic, NADA, Prizm et Pulse, soit vingt-trois foires off exactement, et plus d’un millier de galeries exposant sur tous ces événements ! Un foisonnement qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde.
Design Miami et Nada
À tout seigneur tout honneur. Depuis toujours, Design Miami à Bâle ou en Floride jouit d’un statut particulier. N’empiétant pas sur les plates-bandes d’Art Basel, l’événement se paie le luxe de partager avec la grande foire le Convention Center bâlois. À Miami, c’est sous une tente juste derrière l’événement principal que les trente-quatre galeries étaient installées. La qualité était au rendez-vous, le monde aussi. Les galeries semblent satisfaites comme le confirme Cédric Morisset, directeur général de la Carpenters Workshop Gallery : «La fréquentation était bonne. De plus en plus de gens semblent intéressés par le mobilier de collection. Cela se traduit pour nous par davantage de ventes aujourd’hui et à l’avenir.» Au quatrième jour, la galerie avait notamment vendu trois exemplaires, à 150 000 $ chacun, des luminaires du Studio Drift, le même couple néerlandais qui proposait de magnifiques ballets de drones chaque soir de la semaine. Art Miami et Context déménageaient. Adieu Wynwood, bienvenue à Downtown, au pied du pont MacArthur et à quelques encablures du Pérez Art Museum. De nombreux visiteurs, notamment des familles, se pressaient dans les allées. On pouvait y voir des exposants de bon niveau comme Landau (également sur Art Basel), Omer Tiroche ou Opera Gallery, qui avait emmené quelques Manolo Valdés grand format et quelques Botero, ou d’autres dont l’intérêt était moins évident. Bilan néanmoins positif pour la foire historique (douze ans de plus qu’Art Basel et vingt-six jolies bougies) comme nous le confirme Nick Korniloff, son directeur. À quelques encablures, NADA, la foire organisée sans but lucratif, affichait des ambitions élevées avec une sélection d’une centaine d’exposants de très haute volée aux propositions rafraîchissantes. Néanmoins, une communication moins agressive, un quartier moins central et l’absence de tente (marque de fabrique des «off» à Miami) visible depuis l’extérieur, jouèrent contre la fréquentation de la foire. Mention spéciale pour Superfine, qui pour sa troisième édition, affichait déjà près de 50 exposants. 5 000 personnes sont venues découvrir la jeune avant-garde. Alex Mitow, le directeur de cette petite foire, avoue : «Certains ont vendu plus que d’autres mais toutes les galeries ont réalisé des cessions et dans l’ensemble tous sont satisfaits.»
Pulse, Untitled et Scope
Pulse, au-dessus de Miami Beach, présentait deux tentes : la première, au «nord», affichait une ambition artistique plutôt honnête là où celle du «sud» virait assez vite à la catastrophe. Mais l’ambiance était bonne et détendue et les exposants avaient plutôt le sourire, comme le souligne Charles Davidson, de la galerie new-yorkaise qui porte son nom : «le Pulse Brunch [le vernissage du matin] a été incroyable… comme chaque année. Nous avons vendu aussi bien à de nouveaux collectionneurs qu’à des clients connus. Même avec le mauvais temps du week-end, nous avons continué de bien vendre. Quand je compare Pulse à d’autres foires satellites, je trouve que la qualité est vraiment présente.» Il présentait notamment de très belles productions sur papier de 2017 du Britannique Sam Messenger, qui s’échangeaient autour des 60 000 $  tout de même. Katelijne de Backer, dont c’était la première édition à la tête de la foire, se montrait satisfaite : «C’était un vrai succès autant en termes de fréquentation que de ventes. Lorsque les exposants souhaitent déjà s’engager pour l’année prochaine alors que la foire n’est même pas terminée, c’est plutôt bon signe !» Là où cela se gâtait vraiment, c’était sur les deux grandes foires installées sur la plage de South Beach. Untitled, d’abord, sur la 12e Rue, dont la ligne curatoriale était inexistante. Incompréhensible lorsque l’on sait que sa directrice (toute nouvelle certes) n’est autre que Manuela Mozo, qui est notamment passée par Metro Pictures, Skarstedt ou Simon Lee galerie à laquelle elle était même associée depuis 2013. Souhaitons vraiment qu’elle ait eu le temps de redresser la barre pour le prochain événement à San Francisco en janvier. Malgré tout, la plupart des exposants semblaient ravis, comme nous le confirme Jeffrey Walkowiak, directeur de la communication de la foire : «Nos exposants nous ont fait des retours très positifs sur le nombre et le type de visiteurs présents. Plusieurs ont tout vendu et de nombreux autres ont réussi à placer des pièces dans de très belles collections, privées comme publiques.» Scope, ensuite, au niveau de la 8e Rue, accueillait un nombre invraisemblable de visiteurs, même pendant le week-end. Il était quasiment impossible de circuler. Tout cela pour voir la pire sélection du moment. Comme nous le confirme Peter Falk, de l’Artist Discovery Group, qui avait le malheur d’y exposer, «certaines foires manquaient clairement de clairvoyance quant à leurs choix curatoriaux. Cela donnait des événements sans aucune cohérence qualitative. Scope, en l’occurrence, présentait de “l’art” qui semblait avoir pour seule finalité le divertissement, avec beaucoup de strass et de paillettes». Il aurait pu ajouter : «et de mauvais goût». Quoi qu’il en soit, entre le off, le in et les musées, la semaine complète n’était pas de trop pour vraiment profiter de toute l’offre artistique de la première agglomération de Floride.

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