Art Basel Hong Kong, le phénomène qui monte

Le 13 avril 2018, par Caroline Boudehen

Désormais internationale, la foire d’art contemporain n° 1 en Asie vient de fermer ses portes. Nouvelles galeries, fréquentation en hausse : une sixième édition remarquable.

Vue du stand de la galerie Lelong.
© Art Basel


Forte de deux cent quarante-huit galeries issues de trente-deux pays différents, Art Basel Hong Kong a accueilli cette année vingt-huit nouveaux exposants, dont la moitié provenant d’Europe et des États-Unis. Cette édition confirme l’expansion de la foire, mais aussi une volonté toujours certaine de mettre en lumière l’art asiatique  50 % des enseignes représentées sont implantées en Asie  dans une perspective de plus en plus internationale. Déjà bouillonnante l’an passé, la manifestation a vu sa fréquentation augmenter en 2018 : environ quatre-vingt mille visiteurs, dont la présence massive de représentants de musées et d’institutions de la région Asie-Pacifique (une centaine). Selon Karine Haimo, directrice de Metro Pictures et représentant Cindy Sherman à Art Basel Hong Kong : « La foire est beaucoup plus fréquentée que les années précédentes et a gagné en qualité. Nous avons été approchés par des institutions coréennes, mais aussi et surtout par des institutions chinoises... et ça, cela est la première fois ! L’intérêt est croissant, cela est palpable depuis l’ouverture.» Un ressenti similaire pour la galerie Templon (Bruxelles), dont le duo Chiharu Shiota et George Segal a suscité de sérieuses marques d’intérêt de la part d’institutions asiatiques, ou chez Ink Studio Beijing : « C’est notre meilleure foire d’art depuis la fondation de la galerie il y a cinq ans. Nous avons eu la chance de recevoir la visite de plus de vingt représentants de musées, dont beaucoup ont acquis des œuvres», a déclaré son cofondateur Chris Reynolds.
Une foire représentative du marché de la région
La Chine est désormais le deuxième marché pour l’art, juste derrière les États-Unis, avec une part de 21 % selon le rappel annuel Art Basel et UBS, élevant le rendez-vous au rang des incontournables pour les professionnels du marché de l’art. Comme chaque année, les prix s’envolent pour acquérir certaines œuvres : l’édition s’est ouverte avec la vente d’un tableau de De Konning à 35 M$ par la galerie Lévy Gorvy à un collectionneur privé, faisant de cette transaction la plus élevée de toute l’histoire d’Art Basel Hong Kong. Rendez-vous des plus grands collectionneurs du monde entier, cette foire l’est aussi pour les milliardaires  pour la première fois, plus nombreux en Asie qu’aux États-Unis  et les ventes atteignent en général sept chiffres. Les previews ont été explosives pour beaucoup de grandes enseignes : tandis que Perrotin renouvelait son stand après la première heure, chez David Zwirner, où trônait le monumental BlueBird Planter de Jeff Koons, les ventes avoisinaient un total de 3 M$ au quatrième jour. Larry Gagosian a vendu une quarantaine de tableaux au deuxième jour, «avec une nette préférence pour le second marché, ce qui est différent des autres foires de la région, comme Shanghai, où le premier marché est beaucoup plus prisé», précise un membre de l’équipe. Un marché, comme le souligne Frank Prazan, «qui était assez imprévisible il y a quelques années. Aujourd’hui, Art Basel Hong Kong est installée, et elle est gage de qualité. Les collectionneurs du monde entier sont là». Et notamment des Asiatiques, qui attendent désormais de cet événement un niveau de prestige et de qualité égalant la version suisse ou américaine. Leur intérêt indéniable pour le second marché s’explique, sans doute, par le gage de sérieux dont celui-ci est porteur. Patrice Cotensin, directeur de la galerie Lelong, confirme «le fort intérêt pour un art occidental “ classique ”. Nous avons choisi, entre autres, de présenter, en plus de nos artistes contemporains comme Barthélémy Toguo, des gravures de Dubuffet et des peintures de Tàpies. Miró est également pour nous un point d’attraction très fort. Nous adaptons le stand en fonction de notre histoire, de nos artistes actuels et des attentes des collectionneurs». La galerie Marlborough a quant à elle joué la carte  gagnante  d’un solo de Frank Auerbach. L’équipe est formelle : «Les acheteurs australiens et chinois sont présents chaque année ici et sont très attachés aux “ classiques ” occidentaux.» La plupart des pièces étaient vendues au troisième jour.
De la nécessité d’être à Art Basel Hong Kong
«Sans les foires, personne ne connaîtrait les galeries asiatiques, car nous sommes trop loin du monde occidental», a déclaré Lorenz Helbling, fondateur de ShanghART, implanté à Shanghai et à Singapour. Ainsi, même si les coûts de participation à Art Basel sont colossaux, pouvant s’élever jusqu’à 100 000 $, les galeries moyennes et émergentes en Asie se doivent d’être là. Être sélectionnée pour l’édition hongkongaise est un symbole de prestige, un argument de vente essentiel et une garantie de réputation. Cependant, si cela demeure pour ces galeries un coup marketing onéreux, leur présence offre à l’édition de Hong Kong une certaine spécificité. Devant l’internationalisation des contenus, celles-ci se démarquent en privilégiant des artistes émergents de la région Asie-Pacifique et moyen-orientale : BANK (Shanghai) avec son solo de Xu Bing, Don Gallery (Shanghai) et celui de Zhang Ruyi, The Third Line (Dubai) présentant des œuvres de Monir Shahroudy Farmanfarmaian et la galerie Ora-Ora (Hong Kong), celles des jeunes artistes Halley Cheng ou Peng Jian. C’est une spécificité à «apprendre». Ce verbe est revenu souvent dans les conversations : «Les galeries occidentales «apprennent» ce que recherchent les collectionneurs asiatiques, les galeries asiatiques «apprennent» ce que recherchent les collectionneurs occidentaux, et tout le monde «apprend» à propos des nombreux artistes, asiatiques et non asiatiques, présentés», assure Amy Qin, auteure et critique d’art. C’est bien cet apprentissage et cette «spécificité» qui demeurent au centre de l’édition de Hong Kong, faisant d’elle l’un des événements les plus grisants du monde de l’art.

 

H Queens : le «Chelsea vertical» de Hong Kong
Leo Xu, le nouveau directeur de la galerie David Zwirner à Hong Kong, ne cache pas son enthousiasme pour qualifier ce nouveau temple de l’art contemporain. Inauguré peu avant l’ouverture d’Art Basel, le vertigineux bâtiment situé au cœur de Central accueille les espaces des enseignes internationales : David Zwirner, Hauser & Wirth, PACE Gallery, Pearl Lam Galleries, Whitestone Gallery, Tang Contemporary Art, Galerie Ora-Ora et Seoul Auction. Réalisée par le célèbre architecte hongkongais William Lin, cette infrastructure est inédite dans la ville… et à la hauteur du dynamisme de celle-ci.
http://www.hqueens.com.hk/html/eng/index.shtml
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