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Art Basel Miami Beach : réunir les Amériques ?

Publié le , par Céline Piettre

Avec 268 galeries et un espace d’exposition remanié, la 16e édition de la foire de floride jouit d’une météo idéale pour asseoir sa domination sur l’ensemble du continent Et promouvoir les artistes sud-américains.

Mariela Scafati (née en 1973), «Ppink», acrylique sur toile et pull, 2015. Isla Flotante.... Art Basel  Miami Beach : réunir les Amériques ?
Mariela Scafati (née en 1973), «Ppink», acrylique sur toile et pull, 2015. Isla Flotante.
PHOTO NANI LAMARQUE

Qu’en est-il du pouvoir de séduction d’Art Basel Miami Beach ? En 2016, la foire la plus sexy d’Amérique avait connu une édition plus réservée qu’à l’accoutumée.
Le premier jour enregistrait son lot habituel de grosses ventes (Gagosian cédait une toile de Richter pour 5,8 M$ par exemple) sans pour autant bénéficier de la «frénésie d’achats» emblématique de la floridienne. La ville étant débarrassée de la menace Zika, et le pays ayant digéré les élections présidentielles, Art Basel Miami Beach peut espérer un regain de fréquentation. L’édition 2017 devrait notamment profiter de la réouverture, après deux ans de travaux, du Bass Museum, ainsi que de la relocalisation dans un nouvel écrin du jeune Institute of Contemporary Art. Mais surtout, la foire renouvelait fin septembre le bail qui la liait au Miami Beach Convention Center, s’assurant ainsi de la jouissance des lieux jusqu’en 2023. La municipalité a même consenti à verser 2,8 M$ pour la mise en fonction d’un ascenseur et d’un escalier mécanique «Art Basel rapporte autour de 500 M$ par an à la Floride», justifie le maire de Miami Beach Philip Levine. Quant au design signé Tom Postma, il devrait privilégier encore un peu plus le confort de visite : espaces agrandis, restauration haut de gamme… De quoi satisfaire une clientèle fortunée, mais aussi une audience plus large, ainsi que tient à le rappeler le commissaire indépendant et critique suisse Philipp Kaiser, choisi cette année comme
curator du secteur Public : «Tout comme le secteur réservé aux films, il est accessible gratuitement». Les sculptures monumentales réalisées par onze artistes, parmi lesquels les Français Daniel Buren, Noël Dolla et Cyprien Gaillard, seront installées à travers Collins Park, «prolongeant ainsi dans la ville l’expérience de la foire».
Miami l’hispanophile
Frivole, Art Basel Miami ? Certainement, ses fêtes pharaoniques sont là pour le prouver, mais elle reste «incontestablement la première foire d’Amérique» d’après le codirecteur de la galerie parisienne Mor Charpentier, également habitué de Frieze New York et de l’Armory Show et qui participe pour la sixième fois à la manifestation. Pour ce qu’il sait être «le rendez-vous des comités d’acquisition des grandes institutions américaines», Philippe Charpentier a souhaité consacrer son stand à un «duo show». L’occasion de confronter Teresa Margolles, qui édifie pour pour l’événement un mur de neuf cents briques fabriquées à partir de la boue du rio Grande donc résolument politique et Rosangela Renno avec un «important» travail sur la mémoire. Deux artistes, l’une mexicaine et l’autre brésilienne, qui devraient attirer l’attention des collectionneurs latino-américains, très présents sur la foire et soutiens naturels de leurs scènes nationales. «ABMB a été pensée, dès sa création en 2002, pour créer un pont entre le Sud et le Nord», commente Philipp Kaiser. «C’est l’un de ses grands succès : avoir fait dialoguer les artistes latino-américains et le reste du monde, conversation qui se poursuit avec les Art Basel Cities à Buenos Aires.» Barack Obama avait d’ailleurs érigé Miami en symbole de l’intégration réussie des communautés hispaniques. ABMB démontre ce même désir de mixité, sans pourtant parvenir à résorber le déséquilibre numéraire entre les galeries nord-américaines, au nombre écrasant de 159, et ses voisines du Brésil (19), du Mexique (8), d’Argentine (5), du Pérou, de Cuba et de Colombie (1). Une répartition proportionnelle au degré de maturité de ces différents marchés, lesquels voient encore malgré la crise qui en a impacté le récent développement l’arrivée de nouveaux acteurs. Le Chili par exemple, bien qu’absent de la sélection, amorcerait sa transition d’après Philippe Charpentier (dont 20 % des ventes provient du marché latino-américain). De nombreux exposants jouent d’ailleurs la carte latino, comme la galerie Lelong (Paris) qui présente, dans la section Kabinett, le travail encore confidentiel des Brésiliens Hélio Oiticica et Ivan Serpa, ou la Richard Saltoun Gallery (Londres) avec le solo show de l’Argentin Edgardo Antonio Vigo.
Les collectionneurs prennent le pouvoir
Cette ouverture aux scènes artistiques émergentes doit beaucoup à la ténacité de ses collectionneurs, dont certains vivent à l’année à Miami comme le puissant philanthrope d’origine argentine Jorge M. Pérez , quand d’autres siègent au Art Basel’s Global Patrons Council, participant de fait à l’organisation des différentes foires. On compte, parmi les 154 membres de ce dernier, le couple de Brésiliens Mara et Marcio Fainziliber, lequel préside le conseil du Museu de arte do Rio (Mar) depuis son inauguration en 2013, les Argentins Juan et Patricia Vergez, engagés aux côtés de leurs compatriotes comme Tomás Saraceno, ou le Colombien, résidant à Bogota, Leon Amitai.Celui-ci a orné les bureaux de sa florissante entreprise de textiles avec les 250 œuvres de sa collection. C’est sur les stands de la foire qu’il a découvert Leonor Antunes ou Carlos Motta. «Par sa proximité géographique, et l’importance de ses exposants, Art Basel Miami Beach est la meilleure alternative pour un collectionneur latino-américain. D’autant plus qu’elle connaît depuis deux ans un niveau de qualité élevée», explique-t-il. Selon lui, la manifestation, moins régionale que la colombienne ArtBo et davantage roborative qu’Arco Madrid, tournée naturellement vers l’Amérique du Sud, détiendrait (encore) le monopole en la matière.

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