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Art & Finance 2022 : comment investir dans l’art aujourd’hui

Publié le , par Jeanne Mathas

Le 25 octobre s’est tenue au Vatican la 14e conférence Art & Finance organisée par le cabinet d’audit britannique Deloitte. L’occasion de cerner les liens inédits qui se tissent entre le monde de l’art et celui de l’investissement financier.

Photo Enrico da Prato Art & Finance 2022 : comment investir dans l’art aujourd’hui
Photo Enrico da Prato

La conférence co-organisée par Deloitte Italie et Deloitte Luxembourg a présenté le 25 octobre les conclusions d’« Art & Finance 2021 », septième rapport de Deloitte Private et ArtTactic. Cette nouvelle édition porte un regard aiguisé sur l’évolution du marché au cours des quatorze dernières années. Et note une progression assez édifiante. Adriano Picinati di Torcello, directeur général Art & Finance de Deloitte Luxembourg, souligne en introduction un changement radical. Si, en 2014, 53 % des gestionnaires de fortune voyaient l’art comme un investissement financier valable, en 2016, le pourcentage atteignait 78 %. Un bond considérable qui a franchi les 85 % en 2021. En 2020, la richesse des Ultra-High-Net-Worth Individuals (UHNWI, les personnes les plus fortunées dans le monde) s’élevait à 1 481 milliards de dollars. Une aubaine pour le marché de l’art, qui doit encore s’adapter. Cette journée a permis aux professionnels d’ArtTactic et de Deloitte Private de partager leur expertise. Au menu notamment : nouvelles méthodologies pour mesurer l’impact des projets artistiques, opportunités de revenus offertes par le métavers et mécanismes de financement du marché de l’art. Ce dernier point est une des clés de voûte du rapport 2021. À l’aune d’une ère où les grandes entreprises s’intéressent de plus en plus à leur responsabilité sociale, « investir dans les arts pourrait devenir un modèle d’investissement attractif ». C’est tout du moins ce qui est souligné par 28 % des collectionneurs, et 50 % de ceux de moins de 35 ans. Il semble important pour cette jeune génération d’allier culture et finance en adoptant « d’autres approches ». Les institutions culturelles doivent donc repenser leur stratégie d’acquisition.
La nouvelle catégorie des jeunes collectionneurs
Dans le rapport 2021, cent treize experts (professionnels du monde de l’art, gestionnaires de patrimoine…) se sont attachés à étudier un marché de l’art « toujours secoué par l’épidémie de Covid-19 », comme le souligne Adriano Picinati di Torcello. Cette septième édition s’articule autour de sept sections, dont deux nouvelles qui insistent tout particulièrement sur « la protection des investissements culturels et artistiques » et sur « la philanthropie et les investissements à impact social et durable ». La première section correspond davantage à une introduction en présentant une étude rétrospective du marché de l’art en 2021. Les analyses ont été menées par les experts et data analysts d’ArtTactic à partir des données des maisons de ventes telles que Christie’s et Sotheby’s, sans omettre NFT et autres cryptomonnaies. Une introduction centrée sur l’actualité – les répercussions du Covid-19, du Brexit ou encore les retombées de la frénésie provoquée par les NFT – avant d’entrer dans le vif du sujet : la gestion des collections et l’impact du numérique sur ces dernières, l’investissement durable, les risques d’un marché considéré comme volatile, les problèmes de performance et de sécurité… Toutes les questions qui agitent le monde de l’art sont ainsi passées à la loupe. Pour ce faire, ArtTactic s’est concentré sur un échantillon mixte de banques privées (cinquante-neuf), family offices (vingt et une), collectionneurs d’art (cent quinze), professionnels de l’art (182) et art-secured lenders (onze). Chacun de ses groupes officie principalement entre l’Union européenne (56 %) et les États-Unis (48 %). La nouveauté de cette édition est la division des collectionneurs en fonction de leur classe d’âge : une distinction entre les jeunes, de moins de 35 ans, et leurs aînés. Cette nouvelle génération d’aficionados est un facteur à ne pas négliger, tant dans la gestion de patrimoine que dans le marché de l’art. Elle investit dans un but précis : celui de faire fructifier son argent. 86 % des jeunes collectionneurs le revendiquent, contre 32 % pour les plus âgés. Les jeunes sont attentifs à l’évolution récente des produits et services d’investissement dans l’art, avec un intérêt marqué pour les NFT (64 %) et les fractional ownership (43 %). Les fractional ownership, ou fractions de part en français, permettent à un investisseur d’acheter un pourcentage d’un actif tangible ou intangible tel que des biens immobiliers, des actions, des œuvres d’art ou des NFT.
Internet, un canal de négoce comme un autre
Cet intérêt pour les technologies innovantes explique en partie l’explosion des ventes en ligne soulignée par les experts d’ArtTactic. Internet est devenu un canal de négoce comme un autre. Ce changement de paradigme numérique suscite des passions nouvelles : 33 % des gestionnaires de fortune ont noté une augmentation des demandes concernant les NFT, mais aussi les fractional ownership, les fonds d’investissement en art (25 %), ou les investissements à impact social dans la culture (21 %). Au-delà de la frénésie médiatique, les NFT et la blockchain (technologie de stockage et de transmission d’informations) ont « de véritables conséquences sur le développement des services liés à l’art dans la gestion de patrimoine ». La blockchain permet également la finance décentralisée. Il s’agit d’échanges, de ventes ou d’achats qui ne passent que par un petit nombre d’intermédiaires et évitent ainsi toute déconvenue (fonds bloqués par exemple). Grâce à ce mode de fonctionnement, les gestionnaires de biens peuvent penser de nouveaux services, plus sûrs, qui placeraient l’art au centre de la gestion de patrimoine : tokens, services de prêt garanti contre œuvre… Pour 80 % des gestionnaires de patrimoine, la technologie de la blockchain permet une nette amélioration dans la provenance et la traçabilité des œuvres d’art. Elle « renforce la transparence globale du marché de l’art », essentielle pour les collectionneurs – et pour les gestionnaires patrimoniaux, dont 83 % déclarent que « l’opacité du marché de l’art est leur principal ennemi ». Les nouvelles générations fortunées se montrent de plus en plus enclines à investir dans le marché de l’art et voient la collection d’œuvres et d’objets comme un moyen de faire prospérer leurs biens. Les professionnels de la finance et du marché de l’art doivent travailler main dans la main pour répondre à une demande croissante. Outre les jeunes collectionneurs, les entreprises ont aussi compris l’importance d’investir dans l’art. Ces investissements culturels et artistiques sont pour elles de véritables outils afin d’atteindre plus de durabilité, d’inclusivité. Un bémol est toutefois à signaler : l’absence de réglementation unifiée sur le marché de l’art. Une approche plus proactive devient nécessaire pour améliorer la confiance des investisseurs, et cela se ressent avec un écart qui se creuse entre la création de richesses, toujours plus forte, et les ventes sur le marché de l’art. Mais il semblerait que l’arrivée des nouvelles technologies, blockchain en tête, rassure les collectionneurs et gestionnaires de patrimoine.

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