Arroyo, entre militantisme et figuration narrative

Le 13 octobre 2017, par Anne Foster

L’artiste aime les masques et les visages, à l’ombre d’une variété de couvre-chefs. Antifranquiste, il brossait des toiles virulentes sous couvert d’espagnolades. Franco disparu, il garde son goût de la mascarade.

Eduardo Arroyo (né en 1937), Parmi les peintres, 1975, papiers de verre découpés sur panneau, 112 x 88 cm.
Estimation : 10 000/12 000 €

Eduardo Arroyo affirme, dans Deux balles de tennis (Flammarion, 2017), son goût des déguisements et des masques, ces derniers figurant dans plusieurs titres de chapitre de ce livre de déambulation parmi ses souvenirs. Dans la collection réunie par un passionné d’art contemporain (voir Événement Gazette n° 34, page 14), cette œuvre d’une série, «Parmi les peintres», débutée en 1975 figure deux hommes portant cravate et coiffés d’un chapeau mou. L’un semble regarder l’autre, mais rien n’est moins sûr. En fait, comme le plus souvent chez Arroyo, les questions restent sans réponse avérée, l’artiste aimant brouiller les pistes. Le titre de la célèbre exposition «Mythologies quotidiennes», en 1964, lui va comme un gant. Le peintre, qui se destinait au départ à une carrière littéraire, s’inscrit résolument dans l’art. «Ce qui me préoccupe, c’est la question de la relation des œuvres d’art avec la réalité historique de l’art ». Exilé politique, il utilise ses pinceaux dans un antifranquisme très personnel, détestant être embrigadé. Lorsque, ayant le statut de réfugié politique en France depuis un an, l’artiste débute cette série, il travaille aussi à un pastiche de La Ronde de nuit de Rembrandt. L’année suivante, il amorce un retour progressif vers l’Espagne, vivant et travaillant désormais entre Madrid et Paris. «Parmi les peintres» met en scène des personnages, isolés, par groupes de deux ou trois, ou dans une foule. Les taches, papiers de verre collés, sur leur visage sans traits protègent leur identité. Quelques années auparavant, avec la série consacrée à «Winston Churchill peintre», Arroyo se servait déjà de quelques symboles pour évoquer le Premier ministre, artiste à ses heures : la silhouette massive, un homburg sur son crâne dégarni, un bout de cigare mâchouillé… Sa palette reste volontairement neutre, des gris et des bleus avec quelques rehauts d’ocre, des noirs terriblement espagnols, des jaunes ou encore, comme ici, des ors agrémentés d’orange et de brun foncé. Son travail est à base de collage : «C’est justement cet aspect sériel, fragmentaire, morcelé, ces différences stylistiques, ces mélanges (…) toute cette incohérence, qui font la cohérence de mon œuvre», explique-t-il. Ces personnages sont peut-être des confrères ou des anonymes, aperçus l’espace d’un instant par un peintre à travers son prisme coloré. Arroyo nous laisse ainsi à travers toute son œuvre des joyaux de peinture, reconnaissant en effet dans l’ouvrage Dans des cimetières sans gloire, paru chez Grasset en 2004 : «L’artiste dépend de lui seul. Il ne promet rien d’autre aux siècles à venir que ses propres œuvres.»

samedi 21 octobre 2017 - 02:30 - Live
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