Anni et Josef Albers

Le 26 janvier 2021, par Céline Piettre

 

L’ouvrage pourrait paraître superflu, tant ces icones de l’art moderne que sont Anni et Josef Albers ont déjà bénéficié d’innombrables publications, sans parler de celles portant sur les écoles du Bauhaus et du Black Mountain College, que le couple a marqué de son empreinte, et qui évoquent immanquablement leur travail. Pas un recoin de l’œuvre n’a ainsi échappé à l’exégèse, les artistes étant étudiés, comme ici, à la manière de deux entités « interdépendantes » – ce n’est pas la première fois qu’une somme entrecroise leurs créations, malgré ce que voudrait bien nous laisser croire la notice de présentation –, ou séparément l’un de l’autre. Une question s’impose donc : pourquoi ce projet éditorial ? C’est dans la nature même de la relation entre l’auteur, Nicholas Fox Weber, et ses « sujets », qu’il faut chercher la raison d’être du livre. Sorte d’« aide de camp » des Albers à la fin de leur vie, il est promu par la suite directeur de leur fondation. Quarante et un ans ont passé depuis leur rencontre dans la dernière maison aux murs nus où le couple a vécu dans le Connecticut : il fait partie des rares élus qui en ont profané le sanctuaire. En cela, l’ouvrage appartient davantage au registre de la biographie que de la monographie. On y découvre une jeune Anni inconsolable, après que son professeur de dessin lui a interdit d’utiliser le noir par conformité aux principes de l’impressionnisme, et le premier souvenir d’enfant – prémonitoire – de Josef : un motif en damier se répétant sur le sol en marbre de La Poste, matrice de son œuvre future. De par son intimité avec le couple, l’auteur se permet des incursions inattendues du côté de la nourriture ou de la parentalité, eux qui n’ont jamais eu d’enfants. Ailleurs, il tente d’en dénicher les sources d’inspiration ou la portée de l’héritage, dans des démonstrations qui tournent parfois court, tel le parallèle opéré avec Cézanne. Il en résulte un ouvrage hybride, dont les déséquilibres sont compensés par la très grande lisibilité – avec ses pages thématiques en couleur –, la dynamique visuelle, accordée au tempo des tissages d’Anni, et la pertinence de l’iconographie, qui se suffirait presque à elle seule. Quant à la note un peu salée de 120 €, n’est-ce pas le destin tragique des beaux livres 

Nicholas Fox Weber, Anni & Josef Albers : Égaux et Inégaux,
Phaidon, 512 
pages, 120 €.
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