Anne Gros, une vie au service de l’orfèvrerie

Le 14 septembre 2021, par Sophie Reyssat

Pendant près de trente ans, elle a veillé sur la collection et les archives de la maison Christofle. Elle partageait son savoir avec passion.

Anne Gros.

Anne Gros s’est éteinte trop tôt, le mardi 24 août, à Paris, à l’âge de 56 ans. Pour le monde de l’art, son nom était lié à celui de la maison Christofle, où elle a fait toute sa carrière. Cinq ans seulement après sa maîtrise d’histoire de l’art, obtenue à l’Université d’Aix-Marseille, elle rejoignait en effet cette prestigieuse institution de l’orfèvrerie française en tant que responsable du patrimoine. C’était en 1993, elle avait 28 ans. Durant toutes les années qui ont suivi, elle sut constamment mettre en valeur la richesse de cette entreprise, fondée en 1830 par le bijoutier Charles Christofle, qui sut donner ses lettres de noblesse au métal argenté. Elle était l’âme du musée Bouilhet-Christofle, installé au cœur même du complexe industriel de la maison, construit à Saint-Denis dans les années 1870. Elle aimait la proximité entre l’atelier de haute orfèvrerie, et le bâtiment réservé aux quelque deux mille œuvres, outils et documents d’archives dont elle avait la garde. Une spécificité qui faisait tout l’intérêt et le charme de cette institution muséale, la seule en France à être entièrement consacrée à l’orfèvrerie. Cet atout lui permettait d’être en contact direct avec les artisans d’art auxquels elle faisait appel pour restaurer les pièces de la collection, obtenir des précisions concernant les techniques utilisées, ou disserter sur des modèles anciens, bref, partager l’amour du métier d’orfèvre. C’est donc avec émotion qu’elle avait vécu la fermeture du musée, en 2008, lorsque Christofle avait quitté son site historique. Elle avait néanmoins poursuivi sa mission à Paris, espérant qu’un musée pérenne serait créé au siège de la société, rue Royale, et organisant des expositions et des visites retraçant l’histoire de Christofle dans la capitale. Responsable des archives, elle était la mémoire de Christofle. Chaque semaine, elle se rendait en Normandie pour travailler sur la collection anciennement exposée au public à Saint-Denis, mise en cartons et entreposée sur le nouveau site de production de Yainville. Elle maîtrisait à la perfection les riches archives, patiemment répertoriées et étudiées par ses soins. Aucun poinçon, aucun dessin, aucune forme ni décor n’avait de secret pour elle, au même titre que l’histoire des collections et de leurs créateurs, qu’elle connaissait sur le bout des doigts. Cette passionnée avait à cœur de partager son savoir, auprès du grand public comme des spécialistes du marché de l’art. Ainsi, cette femme discrète a-t-elle vu son nom apparaître sur bien des catalogues de ventes, en remerciement de ses précieuses informations ayant permis d’identifier des pièces d’orfèvrerie. Chacun loue encore son professionnalisme et sa disponibilité. Son tempérament de chercheuse l’a amenée à signer plusieurs publications, et elle a été la responsable scientifique de nombreuses expositions et conférences. Au-delà de la maison Christofle elle-même, dont elle a mis le savoir-faire en exergue, Anne Gros a contribué à faire avancer les connaissances dans son domaine de cœur, l’orfèvrerie du XIXe siècle.

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