Amour maternel du nord au sud

Le 03 février 2017, par Caroline Legrand

L’artiste espagnol Francisco de Comontes nous offre une délicate vision de la douceur maternelle, sous influences flamande et italienne. Une synthèse picturale réussie !

Francisco de Comontes (actif à partir de 1524-mort en 1565), Vierge à l’Enfant et saint Jean-Baptiste dans un paysage, panneau de chêne, 48 x 35 cm.
Estimation : 6 000/8 000 €

Une rareté et une opportunité. Cette belle Vierge à l’Enfant et saint Jean-Baptiste vient grandement enrichir le corpus d’œuvres de Francisco de Comontes proposées sur le marché. En effet, seuls deux tableaux attribués à cet artiste espagnol du XVIe siècle sont recensés depuis l’année 1985 (source : Artnet). Malgré cette faible présence, l’artiste est loin d’être un inconnu. La ville de Tolède, où il vécut l’essentiel de son existence, conserve plusieurs témoignages de son talent, notamment au monastère San Juan de los Reyes. On lui doit l’un des chefs-d’œuvre du lieu, le retable de l’église sur le thème de Sainte Hélène et la découverte de la Croix de 1541-1552, à l’origine exécuté pour l’hôpital Santa Cruz, aujourd’hui transformé en musée. Nombre de ses œuvres, parmi lesquelles des retables, ont été malheureusement remplacées ou détruites. Témoignent aujourd’hui encore de son talent, toujours à Tolède, dans la salle capitulaire de la cathédrale, des portraits des cardinaux Tavera et Juan Martinez Siliceo, peints en 1545 et 1547, mais aussi les portes de l’orgue du chœur du Doyen, illustrant les Noces de Cana et la Visitation. Francisco de Comontes n’est d’ailleurs pas le seul membre de sa famille à avoir laissé des traces de son travail dans la cité fortifiée. Son père, Inigo de Comontes, et son oncle Antonio ont eux aussi œuvré dans la cathédrale. Enfant de la balle, Francisco reprit brillamment la relève, ayant été nommé peintre de la cathédrale de 1547 à sa mort. Mais son véritable mentor est à chercher ailleurs. Il se nomme Juan de Borgoña.
Une grande influence
Juan de Borgoña serait un Français d’origine bourguignonne, d’où son nom, arrivé à Tolède dans les dernières années du XVe siècle et qui aurait auparavant été l’élève, à Florence, de Domenico Ghirlandaio. Une certitude, sa peinture imprégnée du Quattrocento italien exerça une grande influence sur les artistes castillans, leur ouvrant de nouveaux horizons. Il eut lui-même de nombreux élèves, parmi lesquels Pedro de Cisneros et Francisco de Comontes. Si c’est au premier que la spécialiste Isabel Mateo Gómez a proposé d’attribuer notre Vierge à l’Enfant, c’est au second que Mauro Natale a donné sa préférence. Le Cabinet Turquin a suivi l’expertise de ce dernier, confortée par l’étude stylistique de la peinture. Celle-ci réussit le mariage délicat de l’Italie et de la Flandre. Au beau visage plein et rond, d’une douceur toute raphaélesque, et au traitement monumental de la figure drapée dans son ample manteau, s’associe en arrière-plan un paysage inspiré de Memling, avec des arbres traités minutieusement, feuille par feuille, et une charmante petite ferme. D’une qualité un peu inférieure, le saint Jean-Baptiste a sans doute quant à lui été ajouté postérieurement, peut-être à la fin du XVIe siècle. Enfin, l’utilisation d’un panneau de chêne, et non de sapin, bois plus rustique et moins cher plus largement utilisé en Espagne à cette époque, plaide en faveur d’une œuvre d’importance. Voici donc une peinture à mettre à l’actif d’un artiste espagnol qui a tout d’une œuvre synthétique de la Renaissance européenne, puisant où cela l’intéresse, selon l’envie et les qualités de chacun. Un opportunisme qui pourrait séduire plus d’un collectionneur !

mercredi 08 février 2017 - 10:30, 14:00
Brest - Hôtel des ventes, 26, rue du Château - 29200
Thierry - Lannon & Associés
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