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Álvaro Siza en Bretagne

Le 11 mai 2018, par La Gazette Drouot

Exceptionnelle, une chapelle située près de la ville de Rennes vient d’être réalisée grâce au concours d’Álvaro Siza et d’une agence française : l’Anastasis, première réalisation de l’architecte portuan en France.

Álvaro Siza en Bretagne
En façade, une simple croix en acier signale le caractère religieux de l’édifice.

Né en 1933, Álvaro Siza est toujours actif. Il est notamment le concepteur de réalisations mémorables dans le secteur culturel, comme le musée d’art contemporain de la fondation Serralves à Porto (1991), sa ville natale. Et affiche aussi un beau palmarès : prix Pritzker en 1992 pour l’ensemble de son œuvre, Lion d’or en 2010 à la Biennale d’architecture de Venise. Le 25 mai, il dévoilera son projet pour l’inauguration du pavillon portugais de la Biennale d’architecture de la cité des Doges. En prélude, ce maître de l’école de Porto, œuvrant pour une architecture sensible aux contextes économique et géographique du bâtiment (un ethos perpétué depuis par Eduardo Souto de Moura), vient de s’exprimer pleinement en France. À Saint-Jacques-de-la-Lande, commune limitrophe de Rennes, l’église paroissiale de l’Anastasis est même sa première réalisation notable dans l’Hexagone, faisant suite aux nombreux contacts entretenus avec des architectes français depuis les années 1990. Architecte et professeur à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, Jean-Pierre Pranlas-Descours a travaillé pendant deux ans à la réalisation de cet édifice religieux dessiné par Álvaro Siza. Le bâtiment, d’une envergure inédite à Saint-Jacques-de-la-Lande, est conçu dans la lignée de la mairie de la ville, récemment réalisée par le cabinet parisien LAN architecture. C’est Jean-Pierre Pranlas-Descours aussi qui livra, il y a dix ans, l’entrée du cimetière de la commune et fut chargé d’aménager son nouveau centre-ville. Le projet ? Créer une église dans la continuité de la nouvelle paroisse Saint-Jacques, qui ne soit pas simplement un lieu réservé à la liturgie, mais un espace social ouvert sur la réalité multiculturelle d’une ZAC (Zone d’aménagement concerté). En périphérie de la capitale bretonne, cette dernière comprend également une mosquée. Le nouvel édifice, fidèle au langage vernaculaire, abstrait et poétique du grand architecte portugais, imbrique des volumes géométriques amples. Ils laissent place à la lumière naturelle, symbole chrétien par excellence.

PAGE DE GAUCHE À l’intérieur de l’Anastasis, Notre-Dame de la Tendresse, seule sculpture ornant la chapelle.
PAGE DE GAUCHE
À l’intérieur de l’Anastasis, Notre-Dame de la Tendresse, seule sculpture ornant la chapelle.

Béton armé et marbre immaculé
«L’église de Saint-Jacques-de-la-Lande est le troisième édifice cultuel dessiné par Álvaro Siza après la chapelle privée de Santo Ovidio (1989-1992) et l’imposante église paroissiale de Santa Maria, à Marco de Canaveses, près de Porto (1990-1997)», rappelle son commanditaire Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes, Dol et Saint-Malo, qui a consacré l’Anastasis le 11 février dernier. Cette église du XXIe siècle (650 m2 sur deux niveaux) dut faire face aux contraintes liées à son implantation. Elle est en effet à la croisée de plusieurs quartiers en développement, regroupant des habitants aux origines diverses. Son site, tout aussi particulier, est un terrain exigu de 400 m2, mitoyen d’une chapelle du XVIIIe siècle. Aucun doute quant à la réussite de cette entreprise pour le curé de la paroisse Saint-Jacques, le père Joseph Lecoq, qui a suivi les travaux depuis les débuts. L’édifice s’élève à douze mètres de hauteur, dans un élan a priori chic et austère : béton blanc à l’extérieur et marbre blanc à l’intérieur.

Lumière douce, volumes simples et épurés : l’Anastasis est caractéristique du style d’Álvaro Siza.
Lumière douce, volumes simples et épurés : l’Anastasis est caractéristique du style d’Álvaro Siza.

Régionalisme critique
Une statue de Notre-Dame de la Tendresse représente la figure de la Vierge Marie aimante, étreignant son fils ; elle est nichée à l’extrémité du chœur de la chapelle, dans une abside décentrée. Tout comme l’enclave allouée au baptistère, elle est réduite a minima, «en regard des deux précédentes expériences d’Álvaro Siza pour ce type d’édifice et des modifications de l’espace liturgique induites par le concile Vatican II (1962-1965)», observe Pierre d’Ornellas. Qui poursuit en ces termes : «Ces changements ont été significatifs. Le prêtre, qui était tourné vers l’Orient, se tourne aujourd’hui vers l’assemblée. Son rapport avec le public a dès lors évolué […]. La tendance, à partir de cette période, a été d’organiser les églises comme des amphithéâtres.» À ce titre, la salle de prière de la chapelle de l’Anastasis est à la fois humble et, toutes proportions gardées, spectaculaire. Sa forme  un espace circulaire inspiré des anciennes églises d’Orient, comme le Saint-Sépulcre de Jérusalem  et son emplacement  au premier étage, à l’instar de la «chambre haute» des Évangiles  évoque deux symboles de l’architecture chrétienne et invite à la prière ou au simple recueillement. Concevoir un cercle surplombé par un plafond carré et suspendu est, pour Álvaro Siza, une manière d’obtenir une lumière indirecte et totale. «Comme dans toutes les familles portugaises, j’ai vécu dans une atmosphère spéciale de mystère. C’est pourquoi j’ai souhaité ici une église baignée de lumière», précisait récemment Siza, qui fait honneur à sa réputation d’architecte régionaliste d’une part, et critique d’autre part. En effet, la présence éminemment discrète d’une croix en acier inoxydable en façade et l’absence notable de vitraux achèvent de consacrer le caractère résolument contemporain de ce lieu de culte : une œuvre architecturale au service de l’Église de demain.

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