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Alexis Pentcheff, lumières de Provence

Le 17 janvier 2019, par Christophe Dorny

La jeune galerie marseillaise spécialisée dans les artistes ayant travaillé dans le sud de la France a su se faire un nom au-delà de la Provence et de nos frontières. Tour d’horizon, à l’occasion de ses dix ans d’existence. Bon anniversaire !

Alexis Pentcheff, lumières de Provence
Alexis Pentcheff dans sa galerie au 131, rue Paradis, dans le 6e arrondissement de Marseille.
© Juliette Guidoni

Lorsque Alexis Pentcheff a ouvert, à 28 ans, sa galerie rue Paradis à Marseille, il était bien conscient que rien n’était gagné. Il a su, avec son épouse Giulia, fidéliser une clientèle, faire évoluer son offre et créer, dans les 400 mètres carrés de son espace, un véritable lieu de rencontre pour les amateurs d’art de la cité phocéenne et d’ailleurs.
Vous êtes, en France et à l’étranger, la galerie de référence de l’école provençale en peinture. Quelle est votre appréciation de ce marché ?
Alexis Pentcheff. Il y a dix ans, quand on a ouvert la galerie, on a démarré avec nos peintres provençaux, les artistes locaux du XIXe siècle. Cela nous a aidés à grandir, mais nous n’avons pas vu venir la baisse de ce marché… Lorsqu’on avait une vue du port de Marseille par Jean-Baptiste Olive entre les mains, un sujet emblématique par excellence, le choix de l’acquéreur était immense ; maintenant, c’est plus dur. Aujourd’hui, cette école provençale représente seulement 5 % de notre chiffre d’affaires, mais on ne lâchera jamais complétement ce marché, parce qu’on a démarré avec lui et que l’on aime ses artistes.
Même punition pour Adolphe Monticelli ?
A. P. Monticelli est un cas très particulier. Si vous me demandez quel est le peintre dont les prix ont dégringolé, le premier que je vous citerai, c’est lui. Je dis toutefois à mes clients qui ont des moyens : «Si vous avez envie de placer dans l’art, achetez des Monticelli !». Ce n’est pas possible qu’il reste à ce niveau de prix, alors que c’est l’un des seuls artistes provençaux ayant un véritable impact dans l’histoire de l’art. Giulia Pentcheff. Oui, aujourd’hui Monticelli n’est plus tout à fait à la mode. Ce que l’on attend des artistes provençaux, c’est surtout l’éclat : la lumière, la chaleur, une certaine légèreté. Il y a beaucoup d’amateurs du monde entier qui viennent chercher dans la peinture cette lumière particulière.
Quels sont, malgré tout, les artistes les plus demandés de cette école ?
A. P. En ce qui concerne le XIXe siècle provençal, les plus recherchés sont Jean-Baptiste Olive, Raphael Ponson, Émile Loubon, Félix Ziem, Paul Guigou… qui ont tous fait des choses très différentes.
Vous exposez aussi les peintres du début du XXe siècle, qui, eux, ont la cote…
G. P. En effet, l’école provençale du début du siècle dernier est très demandée, avec notamment Alfred Lombard, Pierre Girieud, Louis-Mathieu Verdilhan et Auguste Chabaud. Lombard et Girieud sont des peintres ayant peu produit, et leurs œuvres sont rares. Nous les montrons régulièrement. A. P. Nous avons placé des œuvres de Lombard dans des collections extraordinaires, comme celles de Girieud et de Chabaud de la bonne époque. Ce sont des artistes importants, mais ayant fait des choix de carrière qui les ont rendus moins visibles.

 

Cette huile sur toile peinte en 1916 par Albert Marquet (1875-1947), Marseille sous la pluie (73 x 92 cm), sera présentée lors de la prochaine Brafa à
Cette huile sur toile peinte en 1916 par Albert Marquet (1875-1947), Marseille sous la pluie (73 x 92 cm), sera présentée lors de la prochaine Brafa à Bruxelles.


Après le rééquilibrage à la baisse de l’école provençale du XIXe siècle, comment avez-vous modifié votre offre ?
A. P. Désormais, ce sont les artistes ayant travaillé dans le sud de la France que l’on a envie de montrer. Et ils sont peu nombreux à ne pas être venus ici. Notre axe va de Renoir à Picasso… avec par exemple Henri Manguin, un peintre sur lequel on travaille beaucoup, mais aussi César, à qui nous avons consacré une exposition au mois de juin dernier, ou Le Corbusier, autre personnalité atypique à qui l’on doit la Cité radieuse à Marseille. Nous croyons aussi beaucoup aux artistes français qui se sont fixés en Indochine, particulièrement au Vietnam, comme Joseph Inguimberty, parti de Marseille, André Maire et Jos Henri Ponchin…
L’anniversaire de votre galerie, est-ce d’abord l’occasion de regarder le chemin parcouru ?
A. P. Ces dix ans sont très importants pour nous, et nous avons envie de les fêter de la plus belle des manières. Un premier volet a ouvert le 11 janvier à la galerie de Marseille, qui retrace toute l’histoire de la peinture provençale à partir de 1850, quand arrive à l’école des beaux-arts de la ville un nouveau professeur qui se nomme Émile Loubon. On démarre avec lui et ses élèves, pour terminer au milieu du XXe siècle. Il y aura un chef-d’œuvre de chacun des artistes.
Vous continuez à Bruxelles, à la Brafa Art Fair à partir du 26 janvier...
A. P. La Brafa est le deuxième volet d’«Happy Birthday Galerie Pentcheff». On va publier un catalogue dans lequel, en première partie, seront reproduites une vingtaine de pièces parmi les plus belles que l’on a eues entre les mains. Nous allons montrer à la foire beaucoup de toiles inédites, des artistes postimpressionnistes, comme Henri Lebasque et Henri Person, et fauves. Nous avons la chance d’avoir la confiance d’une de nos clientes, qui nous a confié la vente de deux toiles de Picasso.
C’est un salon important pour vous ?
A. P. Ce sera notre cinquième Brafa. On a connu pour l’instant quatre participations merveilleuses, avec des rencontres extraordinaires. Rien ne remplace le passage que peut apporter une foire. Je suis quelqu’un de très critique, mais les compliments, il faut aussi savoir les faire, et l’organisation de la manifestation est parfaite.
Comment définiriez-vous aujourd’hui l’identité de la galerie Pentcheff ?
A. P. Nous essayons de travailler d’une façon différente avec un espace véritablement dédié à l’art. Lors du réaménagement de la galerie, en 2015, nous avons créé un espace librairie, Le Puits aux livres, pour montrer aux clients que lorsque nous présentons un tableau, nous pouvons leur fournir des références. Nous avons également ouvert un espace encadrement et de cadres anciens d’exception. Les trois activités réunies attirent énormément de monde dans la galerie.

 

Pierre Girieud (1876-1948), Les Baigneuses, 1909, huile sur carton, 177 x 115 cm (détail). Exposition «Happy Birthday Galerie Pentcheff» à Marseille.
Pierre Girieud (1876-1948), Les Baigneuses, 1909, huile sur carton, 177 x 115 cm (détail). Exposition «Happy Birthday Galerie Pentcheff» à Marseille.

Vous insistez aussi régulièrement sur vos liens tissés avec les familles d’artistes...
A. P. Nous avons effectivement la chance de travailler avec beaucoup de familles d’artistes. C’est une collaboration et un échange. Par exemple, la fille d’André Maire s’appuie sur notre galerie pour faire la promotion des œuvres de son père auprès des collections importantes et des musées. Nous avons organisé à la Fondation regards de Provence, à Marseille, un musée qui fait un travail remarquable, une rétrospective de ce peintre. Nous avons travaillé aussi sur Inguimberty et Alfred Lombard. C’est une démarche logique, qui profite à tout le monde.
Vous exposez César et Ben ainsi que le travail d’artistes, comme Marc Held et René Gruau, qui n’ont pas d’attaches avec la Provence. Est-ce une stratégie commerciale ?
A. P. Non, ce sont d’abord des rencontres, comme par exemple avec Ben Vautier, dont on a organisé deux expositions. César faisait partie des objectifs de la galerie. Pour l’Italien René Gruau, c’est un heureux hasard. On a eu la chance de faire la connaissance de son héritier, qui cherchait une galerie en laquelle il aurait confiance et qui serait capable d’assurer la promotion de l’œuvre. On a acheté le fonds. G. P. Nous avons commencé très jeunes et c’est bien de pouvoir profiter de l’expérience de nos aînés, c’est très stimulant. Ben et le designer Marc Held sont aussi très actuels…
Être galeriste à Marseille, n’est-ce pas difficile, voire un handicap ?
A. P. J’en ai assez d’entendre dire que rien ne se passe à Marseille, et que lorsque vous souhaitez acheter une belle œuvre d’art, il faut aller à Paris. Marseille est une ville atypique au possible, que je ne quitterais pour rien au monde. Il y a une vraie demande artistique. Nous n’avons jamais eu de tentation d’ouvrir une galerie à Paris. L’Angleterre, en revanche, nous a bien tentés. Nous avons commencé à Marseille et nous resterons à Marseille, même si l’essentiel de notre chiffre d’affaires à la vente n’est pas ici. Par contre, à l’achat, ça se passe très bien ici.
Quel regard portez-vous sur le fonctionnement du marché ?
A. P. On voit beaucoup de marchands qui n’ont pas la même approche des choses. Il faudrait que le marché de l’art soit moins opaque, par exemple sur les prix. Il faut tout dire. Quand j’achète en ventes publiques, je le dis. Avec Internet, on ne peut pas raisonner aujourd’hui autrement, il me semble.

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