Alberto Giacometti, une rétrospective. Le réel merveilleux

Le 12 juillet 2021, par Alexandre Crochet
Ernst Scheidegger (1923-2016), Alberto Giacometti dans son atelier de Stampa, 1961, Archives de la fondation Giacometti.
© 2021 Stiftung Ernst Scheidegger-Archiv, Zurich

Conçue clé en mains par la fondation Giacometti, qui a puisé dans son immense fonds provenant de la veuve de l’artiste, la rétrospective monégasque déroule pas moins de 230 sculptures, dessins et peintures dont nombre de pépites. Soit la plus vaste exposition à ce jour. L’idée de la commissaire Émilie Bouvard, directrice des collections de la fondation ? Retrouver le processus de création et les liens de l’artiste avec la peinture. Un peu trop sage sans doute, un brin classique, l’accrochage évite néanmoins une confrontation trop rapide avec les grandes figures emblématiques archiconnues comme L’homme qui marche ou les Femmes, en les plaçant en fin de parcours, pour mieux balayer une production plus protéiforme qu’il n’y paraît. On découvre des plâtres qui sortent rarement de la fondation, et des aquarelles de jeunesse jamais montrées. Car Alberto Giacometti a aussi été peintre, à l’instar de son père Giovanni, et met à nu les montagnes de sa Suisse natale comme il cherche l’âme de ses sujets dans ses sculptures. Outre cette belle section sur l’œuvre peint et la nature, l’exposition s’attarde sur ses saisissants portraits en dégradé de gris inspirés par ceux du Fayoum, qu’on dirait d’outre-tombe. Plus tard, ses figures sur des chariots n’évoquent-elles pas celles de condamnés ? À la fin des années 1920, Alberto Giacometti, avec Femme plate et Tête qui regarde, un bronze et un plâtre, sera brièvement tenté par l’abstraction. Il aurait pu devenir Brancusi, mais préfère le figuratif. Dans une salle évoquant la montagne majestueuse qui a bercé son enfance, certains de ses bustes semblent littéralement en émerger. Copieuse sans être trop dense, rappelant l’héritage antique de l’artiste comme sa vision audacieuse de la sculpture, la rétrospective en souligne le caractère étrangement intemporel.

Grimaldi Forum,
10, avenue Princesse-Grace, Monaco, tél. : +377 99 99 3000.

Jusqu’au 29 août 2021.
www.grimaldiforum.com
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne