Absolute Versailles

Le 17 décembre 2019, par Vincent Bréhat

Avec «Versailles Revival, 1867-1937», Laurent Salomé et Claire Bonnotte évoquent une vision inédite du domaine royal. Exit l’art classique de Louis XIV, vive la modernité au tournant du XXe siècle !

Achille Duchêne (1866-1947), Grandes eaux lumineuses, fusain, 63,5 44,6 cm, Paris, musée des Arts décoratifs.
© MAD, Paris/Akg-images

Depuis la création de son château au XVIIe siècle, Versailles est le lieu où l’on vient du monde entier pour connaître l’expérience du faste, de l’élégance et de la beauté à partir d’un modèle artistique académique. Ça, on le savait depuis longtemps… Mais après la Révolution française, que deviennent la demeure royale et ses jardins dans l’imaginaire des artistes, français et étrangers ? Tel est le propos de cette exposition, exceptionnelle par son ambition, où l’on peut découvrir pas moins de 334 œuvres, qui raviront les amateurs de peinture, de dessin, de sculpture, de mobilier et d’objets d’art, mais aussi de photographie, de cinéma muet et même d’installation holographique en 3D (témoin Diaphane, de la compagnie 14:20 de Clément Debailleul, où l’image d’une Marie-Antoinette fantomatique est interprétée par Pauline Belle sur une chorégraphie d’Aragorn Boulanger, artiste performeur). En treize étapes et sept thèmes majeurs, le parcours fait ainsi apparaître un Versailles redevenu à la mode à l’époque de la modernité et même au temps des avant-gardes, de la réinvention d’un lieu mythique sous le second Empire aux années tragiques et à celles heureuses de la IIIe République (en 1934, le million de visiteurs est franchi). La scénographie d’Hubert Le Gall, assisté de Laurie Cousseau, surprend à chaque détour, après une salle introductive qui donne le ton : étonner, avec des peintres et sculpteurs souvent tombés dans l’oubli (dont deux toiles monumentales de Lucien Jonas et un vase en plomb de Jules Félix Coutan), et des œuvres de qualité provenant de collections publiques et privées du monde entier, ou presque. De salle en salle, la demeure du Roi-Soleil apparaît alors, selon le cas, comme un paradis perdu, un lieu de rêverie, un espace d’utopie ou, pour les plus radicaux, un prétexte aux fantasmes les plus osés. Certains artistes sont clairement mis à l’honneur : les Français Henri Le Sidaner, Gaston La Touche, Maurice Lobre, Paul César Helleu, Lucien Lévy-Dhurmer et Jean-Louis Forain, mais aussi les Danois Gerda et Einar Wegener, ainsi que le Russe Alexandre Benois (avec une sélection de dix-huit toiles et dessins, soit une mini-rétrospective à ne pas rater). Si le Versailles historique et politique est bien expliqué, par des textes et cartels clairs, on s’attardera avec d’autant plus de plaisir sur des chefs-d’œuvre rarement montrés, et qui feront oublier quelques peintures kitsch (de George Roux notamment) : les éblouissantes aquarelles d’Eugène Lami et de Giovanni Boldini, ainsi que les portraits virtuoses signés Louise Breslau et Jacques-Émile Blanche. Avant que l’exposition ne s’achève sur une remarquable collection de photographies à l’ambiance surréaliste, signées de grands maîtres de la spécialité (Daniel Masclet, Adolphe de Meyer, Edward Steichen, André Kertész et Man Ray), d’autres célébrités de la période auront été convoquées. Parmi elles, les étoiles de la Belle Époque (Sarah Bernhardt et Cléo de Mérode), des écrivains qui s’inspirèrent du lieu (Marcel Proust), des conservateurs qui restaurèrent la splendeur du domaine royal (Pierre de Nolhac), ou encore la société mondaine (la comtesse Greffulhe), qui y gravita à l’occasion de soirées ou des Grandes Eaux. En résumé, une exposition renvoyant l’image d’un Versailles à mille facettes, absolument insoupçonné !

«Versailles Revival, 1867-1937»,
château de Versailles, tél. : 01 30 83 78 00.
Jusqu’au 15 mars 2020.

www.chateauversailles.fr
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