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À Valois, passent les jours

Le 26 octobre 2018, par Vincent Noce

Le ministère de la Culture est chose si légère, cueillons sans attendre cette fleur passagère. Cinq cent onze jours, c’est le temps qu’a tenu Françoise Nyssen. Même Fleur Pellerin avait fait mieux, avec vingt-quatre jours de plus. Dans son discours de départ, se présentant comme victime de «la violence politico-médiatique»,…

À Valois, passent les jours
 

Le ministère de la Culture est chose si légère, cueillons sans attendre cette fleur passagère. Cinq cent onze jours, c’est le temps qu’a tenu Françoise Nyssen. Même Fleur Pellerin avait fait mieux, avec vingt-quatre jours de plus. Dans son discours de départ, se présentant comme victime de «la violence politico-médiatique», Mme Nyssen a redit son incompréhension de sa mise à l’écart de la politique du livre. Il est vrai que l’État avait mis le temps à lui rappeler les règles éthiques en la matière. Il est non moins vrai, à en croire l’exécutif, que le nombre de sujets que Françoise Nyssen avait du mal à comprendre semblait croître chaque jour. Les seuls ayant eu droit à une décennie de présence furent André Malraux et Jack Lang. On sait l’empreinte qu’ils ont pu laisser. Resté trois ans à ce poste, Jean-Philippe Lecat, défenseur du patrimoine et de l’enseignement artistique, eut le grand tort d’en aggraver la chronophagie en ajoutant la charge exorbitante de la communication et d’entreprendre un feuilletage administratif, qui n’a fait que s’alourdir depuis. Frédéric Mitterrand a tenu la place moins de trois ans, Christine Albanel un peu plus de deux, sous l’égide d’un président qui prêtait davantage d’attention à sa coiffure qu’à son action.

Nommé pour huit années, un président d’établissement public peut désormais voir passer une demi-douzaine de ministres de la Culture.

Même pour ces ministres, qui avaient leur valeur, quelle politique était-il loisible de mettre en œuvre ? C’est la raison pour laquelle le mandat des présidents d’établissement public a été allongé, ce qui fait que, à moins d’accident, un patron du Louvre ou de Versailles peut compter sur huit années devant lui, sinon davantage. Dans ce délai, il peut désormais voir passer une demi-douzaine de ministres. Nous livrant ces calculs dans Le Nouvel Observateur, Bernard Géniès note ainsi que la rotation ne fait que s’accélérer, si bien qu’on pourrait parler de ministres en CDD. Voire en période d’essai ou stage de formation : parmi les cinq malheureux qui se sont succédé à ce poste ces sept dernières années, aucun n’était préparé à exercer ce mandat. Le dernier grand ministre est Jean-Jacques Aillagon, qui a été stoppé net au bout de deux ans, après avoir engagé des réformes aussi fondamentales que l’autonomisation des grands établissements et la loi pour le mécénat. Il avait eu l’inconscience de se montrer favorable à une révision du régime de l’intermittence du spectacle. Quinze ans plus tard, la question de son déficit abyssal n’est toujours pas réglée. Fin connaisseur d’un monde qu’il connaissait de l’intérieur, il partageait avec son directeur de cabinet, Guillaume Cerutti, une réflexion de fond conduite longtemps avant leur arrivée rue de Valois. Aujourd’hui, si le choix s’est porté sur un chef d’entreprise venu du centre, c’est manifestement davantage pour son profil politique et sa capacité à affronter France Télévisions que pour s’occuper de la Culture. Les musées et le patrimoine sont les sacrifiés de l’austérité budgétaire, le programme de la campagne présidentielle brille par sa vacuité («la culture pour tous», «réinventer la politique culturelle», «soutenir les artistes», et on en passe) et son inconséquence (le pass culture jeunes). Arc-bouté sur sa propre survie, ce ministère est un champ de ruines. Et le décompte des jours a commencé.

Les propos publiés dans cette page n’engagent que leur auteur.

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