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À tout grand auteur, tout honneur parodique !

Le 18 novembre 2021, par Bertrand Galimard Flavigny

Tous les meilleurs auteurs ont été parodiés, des grands classiques grecs aux modernes. Mais l’un de ses derniers remportent incontestablement un prix spécial,Victor Hugo. 

À tout grand auteur, tout honneur parodique !
Jules Baric (1825-1905), Parodie des Misérables de Victor Hugo, Paris, De Vresse, s.d., 1862, in-4°, broché. Mardi 28 septembre 2021, Drouot-Richelieu, Nouvelle Étude OVV, Mme  Petitot.
Adjugé : 428 

La parodie n’est-elle pas le destin éternel de l’homme ?» s’interroge Milan Kundera dans La vie est ailleurs. Serait-ce la raison pour laquelle cette imitation satirique d’un ouvrage est si courante dans la littérature ? Les historiens ne parviennent pas à se mettre d’accord sur l’inventeur du genre. Aristote en attribue l’invention à Hégémon de Thasos, poète de l’ancienne comédie athénienne, dont on jouait la parodie intitulée La Gigantomachie. Euripide a parodié le neuvième chant de L’Odyssée. Matron, ou Matreas, de Pitane (IVe siècle av. J.-C.) a composé dans le plus pur style homérique son Repas attique. Aristophane, de son côté, a parodié Euripide, Eschyle et Socrate. À les entendre, tous les auteurs grecs se sont parodiés mutuellement. Durant la période médiévale, certains clercs transformèrent les poèmes latins et textes liturgiques pour chanter la bonne chère, les bons vins et l’amour physique, voire l’obscénité. Le chanoine Jean Molinet (1474-1506) excella en la matière, notamment avec son sermon sur saint Billouart. Un exemplaire de ses Faictz et dictz [...] (Paris, Jehan Yvernel, 1537, in-12) relié en maroquin bleu, a été vendu 2 130 €, à Drouot, le 7 décembre 2018 par Binoche & Giquello. Pour ne pas être en reste, Rabelais a parodié la scolastique. Un exemplaire de ses Œuvres contenant cinq livres (Anvers, François Nierg, 1573, trois parties en un volume in-16), relié en maroquin rouge, un pastiche moderne, a été adjugé 2 256 €, à Drouot, le 23 octobre 2020, par la même maison de ventes.
3 400 parodies en deux siècles
N’oublions pas Cervantès (1547-1616), qui s’est inspiré des romans de chevalerie. Après avoir corrigé et complété la troisième édition de son El ingenioso hidalgo D. Quixote de la Mancha (Madrid, Juan de la Cuesta, 1605, in-8°), il ne pensait pas écrire une suite des aventures de son héros. Il y fut poussé par la parution, en 1614 d’une Suite du don Quichotte apocryphe. Reprenant la plume, il fit paraître l’année suivante la Segunda parte. Nous n’en sortons jamais : même Corneille a été parodié par Boileau, détournant une scène du Cid afin de moquer le poète Chapelain, qui venait d’obtenir une nouvelle pension du roi : «Ô rage ! ô désespoir ! ô perruque ma mie !» Racine le fut aussi par le malheureux chevalier de Champcenetz (Louis René Quentin de Richebourg, 1760-1794), qui transforma Le Songe d’Athalie. Et combien encore ? Jacques Espagnon et Paul Aron, auteurs du Répertoire des pastiches et parodies littéraires des XIX
e et XXe siècles (Sorbonne Université Presse, 2009) ont compté 3 400 références. Victor Hugo y tient la vedette : il serait bien l’auteur le plus parodié et pastiché de tous. Huit de ces ouvrages irrévérencieux réunis en un seul lot ont été adjugés 428 €, à Drouot, le 28 septembre 2021 par Nouvelle Étude OVV, lors de la dispersion de la bibliothèque Jean et Sheila Gaudon. Les Travailleurs de la mer (Lacroix, Verboeckhoven, 1866, trois volumes in-8°, édition originale, 90 €) plongent dans le burlesque avec Les Travailleurs dans la mer (Paris, Bruxelles, 1866, in-8°). La parodie des Misérables (Paris, De Vresse, s.d, 1862, in-4°) a connu au moins trois éditions par Jules Baric (1825-1905). Celui-ci était un illustrateur et un caricaturiste qui a sévi dans toutes les revues du genre pendant la seconde moitié du XIXe siècle. Il a aussi composé une parodie du dernier roman de Victor Hugo, Quatre-vingt-treize (De Vresse, 1874). Une autre parodie des Misérables sous le titre Les Misérables pour rire, avec une nouvelle photographie de l’écrivain par Pierre Petit (Paris, Dentu, 1862, in-12) dans un cartonnage toilé, a été adjugée 158 €, par Nouvelle Étude. Le roman a été composé et illustré par A. Vemar, pseudonyme de Gustave Marx (1855-1925). Nous retrouvons cet auteur sur la page de titre de L’Homme qui rigole, œuvre en vers comique illustrée en 1870, parue dans L’Almanach illustré. Car c’est sans doute L’Homme qui rit (1869) qui inspira davantage les pastiches hugoliens. Il devint L’Homme qui… rigole, dans une édition anonyme bruxelloise (Duquesne, 1869, in-8°), puis L’Homme qui rigole, sans points de suspension, sous la plume de Le Guillois et [Arsène] Saint-Clair (Paris, Fleury, s.d, in-8°). Marion Delorme est devenue Marionette : parodie en cinq actes et en vers de Marion Delorme (Paris, Barba, 1831, in-8°) sous la plume de Dupeuty et Duvert. Le premier, prénommé Charles-Désiré (1798-1865), participa à la rédaction de livret des opéras d’Offenbach. Hernani, Ruy Blas, Notre-Dame de Paris… combien d’œuvres de Victor Hugo ont-elles été parodiées ?

mardi 28 septembre 2021 - 14:00 - Live
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