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A Survey of Global Collecting in 2022 par Art Basel : une année charnière

Publié le , par Diotima Schuck

Le rapport A Survey of Global Collecting in 2022 réalisé par Art Basel est disponible. Entre enjeux politiques, climatiques et crise sanitaire, le marché de l’art reprend pourtant son envol et promet de battre très prochainement de nouveaux records financiers.

L’économiste Clare McAndrew a une nouvelle fois dirigé l’édition du rapport publié... A Survey of Global Collecting in 2022 par Art Basel : une année charnière
L’économiste Clare McAndrew a une nouvelle fois dirigé l’édition du rapport publié par Art Basel et UBS.
© Paul McCarthy. Courtesy Art Basel

Art Basel vient de publier son rapport 2022, vaste enquête auprès de collectionneurs du monde entier. Un bilan mené en collaboration avec UBS et sous la houlette de l’économiste Clare McAndrew, mettant en perspective dynamiques d’achat, comportements des collectionneurs et effets de la globalisation sur le secteur à travers les résultats financiers communiqués par différents acteurs du milieu. Le rapport compile les données collectées cette année auprès de 2 709 collectionneurs, des High Net Worth Individuals (HNWI) (littéralement, « personnes à valeur nette élevée »), au sujet de leurs activités sur les marchés internationaux. Passées au crible, leurs dépenses illustrent l’état d’un secteur relativement peu ébranlé par les crises mondiales successives. Plus encore, il a su s’adapter à de nouveaux enjeux à une vitesse record après la crise sanitaire, entre numérisation de ses modèles et initiatives pour un développement plus durable. Bref, le marché de l’art a fait preuve d’une résilience évidente, dont témoignent les différents acteurs du milieu. Un constat mis en lumière par les chiffres recueillis par le cabinet Arts Economics, analysant année après année ces résultats.

Redémarrage sur les chapeaux de roue
Concentré autour de trois pôles majeurs, Londres, New York et Hong Kong, le marché de l’art a repris sa course après les confinements successifs dus à la crise sanitaire. Au niveau des importations globales, la première partie de l’année témoigne d’une hausse de 19 %. Alors que le commerce international d’œuvres d’art avait chuté de 38 % en 2020, l’année 2021 s’était vue remonter à un total de 26,6 Md$. Pareillement, les exportations étaient descendues de 37,4 à 19,7 Md$ entre 2019 et 2020. En 2022, la valeur des échanges commerciaux se situerait ainsi aux alentours de 40 Md$, un chiffre dépassant les résultats prépandémiques. L’étude souligne l’importance des pôles clés dans les dynamiques commerciales globales, avec cinq pays principaux constituant à eux seuls la majeure partie de la valeur totale des importations. Aux États-Unis notamment, le Royaume-Uni et la France rassemblent presque la moitié de celles-ci. En 2021 déjà, le constat s’y était dessiné, avec 74 % de la valeur de l’art importé provenant de cinq pays et 87 % de dix seulement, sur un total de 199 territoires. De fait, le secteur reste contrôlé par une poignée de hubs malgré sa croissance globale. Et, même si de plus en plus de pays deviennent exportateurs, force est de constater la prégnance des marchés riches, où se concentrent les échanges.

Les effets de la globalisation
Le développement du marché de l’art mondial doit aussi sa fulgurance aux multiples phénomènes de globalisation. Alors que seulement deux décennies auparavant, l’Europe et les États-Unis tenaient une position hégémonique, l’arrivée de l’Asie dans les années 2000 a changé la donne. Encore hésitantes, l’Amérique latine et l’Océanie se concentrent autour de pôles situés au Brésil et en Australie, alors que l’Afrique, hors des radars jusque très récemment, s’élève peu à peu. La montée du marché asiatique, pour sa part, a assuré une pleine transformation des dynamiques de commerce à travers le monde. S’il figurait moins de 10 % des importations globales en 2017, il a dépassé le Royaume-Uni dès 2019. Une impulsion conservée aujourd’hui, due au développement des richesses, et donc des échanges. Aussi représentée par l’augmentation du nombre d’acheteurs fortunés dans cette partie du monde, la Chine continentale recense, en 2022, 20 % du nombre de milliardaires dans le monde. Un chiffre révélateur de son ascension économique fulgurante et, a fortiori, de l’impact du développement économique dans les habitudes d’achat des populations qui se tournent graduellement vers l’art et l’acquisition de biens culturels.


L’effet Covid
Privilégiées pendant la crise sanitaire, la part de ventes en ligne avait ainsi explosé en 2020, établissant un record de 12,4 Md$. Cette année a inversé la tendance. Contre 70 % en 2020, 2022 a vu son taux de ventes en ligne s’échelonner à 48 %. Un net contraste, malgré tout, avec l’année 2019, qui ne représentait que 24 % des quotas. Le bilan entrevoit un futur hybride, déjà engagé dans un partage entre ventes numériques et achats physiques – une des nombreuses conséquences du Covid, qui a accéléré la transition. En 2022, 95 % des collectionneurs interrogés ont déjà acheté une œuvre sans l’avoir vue en vrai, et 51 % le feraient régulièrement, aux États-Unis et au Royaume-Uni surtout. Un fait corrélé à l’âge, aussi, 10 % des boomers (nés entre 1943 et 1960) affirment n’avoir jamais acheté en ligne contre 3 % pour la génération Z (entre 1997 et 2010). À cette transformation, Clare McAndrew oppose : «L’enthousiasme des collectionneurs, marchands, artistes et autres à se reconnecter en personne fut manifestement évident en 2022, avec une forte participation aux foires et autres événements majeurs.» Les rencontres en direct restent ainsi largement favorisées par la plupart des acheteurs, qui préfèrent s’adresser directement à un marchand ou une maison de ventes.

À l’assaut des NFT
Les NFT représentaient déjà la tendance de 2021, achetés sur des plateformes numériques dédiées. De 4,6 M$ en 2019, le marché était passé à 11,1 Md$ en 2021. En 2022, les galeries et marchands d’art s’en sont emparés, et ce sont à eux que les collectionneurs s’adressent désormais. L’intérêt croissant pour l’art numérique se révèle dans les collections, qui en présentent en moyenne une part de 15 %, contre 9 % pour les NFT. Et si la valeur de l’ethereum a chuté de 75 % entre fin 2021 et juin 2022, le marché reste saturé, les collectionneurs étant prêts à dépenser de larges sommes pour en faire l’acquisition. Sur la première partie de l’année, ceux-ci ont ainsi consacré autant d’argent à ce marché que sur la totalité de 2021. Leur attrait se voyant validé par les galeries, la valeur des œuvres sous forme de NFT a rapidement augmenté. Reste à voir quelle forme cette mode prendra dans les prochaines années.

Défis écologiques
L’enjeu incontournable de cette année demeure la durabilité du secteur, dont la globalisation augmente l’empreinte carbone. Un phénomène relevé par le rapport, qui constate l’extrême déséquilibre entre la taille de ce marché dans l’économie mondiale et les émissions qu’il produit. Entre transports d’œuvres pour les expositions et déplacements des différents acteurs pour les rencontres du monde de l’art tout autour du globe, il s’agit de trouver des solutions pour répondre aux questions écologiques d’aujourd’hui. Le rapport révèle d’abord la sensibilisation accrue des collectionneurs face à la crise climatique, et l’importance pour eux de tendre vers un marché durable. De 62 % en 2019, 77 % sont cette année favorables à l’instauration d’options d’achat plus écologiques et à y contribuer financièrement. Ce bilan reste teinté par l’écart entre bonne volonté et habitudes inchangées. Là, seuls 12 % sont prêts à voyager moins. De la même manière, aucune modification de comportement n’est notée quant à la présence dans les foires ou pour les déplacements. Un constat alarmant à l’aune de l’urgence écologique actuelle. Un marché «robuste» : c’est ainsi qu’est présenté en filigrane l’état économique du monde de l’art dans le rapport d’Art Basel, qui dresse le portrait d’un secteur en pleine effervescence, marqué toutefois par une «position inhabituelle», entre sortie d’une pandémie mondiale, guerre en Ukraine, et préoccupations liées au climat. Une année charnière, faite d’incertitudes, promettant des transformations majeures sur les prochaines années.

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